‹ Œuvres complètes de Racan. Nouv. éd., rev. et annotéeChapitre 16 sur 95 · PROLOGUE DE LA NYMPHE DE LA SEIKE · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE LA NYMPHE DE LA SEIKE

Au Roy.

u profond de ces flots, dont je règle le cours Depuis que le soleil règle celuy des jours, Je sors pour adorer sur le bord de mon onde La merveille du Ciel et la gloire du monde. ^ Grand prince , dont l'exemple autant que

Fait demeurer le vice aux bornes du devoir , [le pouvoir Miroir de la vertu, support de l'innocence,

I . La Harpe a dit que Racan, le premier, avoit saisi le vrai ton de la pastorale, qu'il cnoit étudiée dans Virgile. « U formoit , ajoute-t-ii ailleurs , son goût sur celui des anciens ; mais, s'il imite leur naturel, il n'égaie pas leur précision. » L'on

24 Les Bergeries

Qui de sa courtoisie égalle sa puissance, Recevez à vos pieds d'un favorable accueil Ces bergers que la Muse a tirez du cercueil. Ils n'ont repassé l'onde où l'on perd la mémoire Que pour le seul désir d'honorer vostre gloire, Que jusques aux enfers on entend publier. Et que dans l'Oubly mesme on ne peut oublier ; Mais, de quelques discours fertiles en merveilles Dont vostre renommée ait charmé leurs oreilles, Ne confessent-ils pas que ce qu'on en sçavoit Est beaucoup au-dessous de ce que l'on y voit? Pour moi , quand le pouvoir qui de tout est le maistre Dessous vos justes loix ne m'auroit point faitnaistre Vous eussiez tousjours eu de mon affection Ce que vous en avez par obligation ; Et certes, ni l'éclat de vostre auguste race, Qui dans le rang des dieux assigne vostre place, Ny le sceptre éternel qu'ils vous ont mis es mains Pour disposer comme eux du destin des humains, Ny tant d'autres honneurs sans fin et sans limites. Ne m'obligent pas tant que vos propres mérites. Par vos utiles soings je possède sous vous L'heur de vivre en un siècle aussi juste que doux.

ne s'explique pas cette double assertion relative à Virgile, et généralement aux anciens , en présence de ce qu'assurent de leur côté tous les biographes : car, lorsqu'il a dit que Racan formoit son goût sur celui des anciens, La Harpe n'a probablement pas voulu parler simplement des traductions de leurs ouvrages. Or, il résulte de tous les documents qui se rapportent à notre poète , et plus particulièrement peut-être des lettres que nous avons puisées dans les manuscrits de Conrart , que Racan ne savoit pas un mot de latin. Nous n'oserions en dire tout à fait autant de la langue italienne , que Marie de Médicis avoit alors mise un peu à la mode dans sa cour; mais, dans tous les cas, c'est bien uniquement chez les Italiens qu'il a pris la forme et beaucoup du fond de sa pastorale, qui, surtout dans certaines parties du drame, est une imitation marquée du Pastor fido.

DE M. DE RaCAN. 25

L'honneur de vous servir ég^le ma fortune A celny de régir l'empire de Neptune.

Vos exploicts généreux, miracles de nos jours. Ont espandu ma gloire aussi k>in que son cours. Depuis qu'ils ont dompté l'orgueil de l'heresie, * L'astre qui nous éclaire a de la jalousie, Quand il voit mon renom , sous vostre illustre appuy. Faire le tour du monde aussi bien comme luy. Puissiez-vous, brave Roy, porter à main arniée('> Vos exploits aussi loing que vostre renommée , Et puisse Fe destin, pour me combler de biens. Faire durer vos jours aussi longs que les miens.

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