‹ Œuvres complètes de Racan. Nouv. éd., rev. et annotéeChapitre 74 sur 95 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Cruel tyran de mes désirs , Respect de qui la violence, Au plus fort de mes déplaisirs, Me veut obliger au silence, Permets qu'aux rochers seulement Je conte les ennuis que je souffre en aimant.

Ces bois éternellement sourds Ne sont point suspects à ma plainte; Les échos y dorment toujours, Le repos y suit la contrainte ; Les zephirs peuvent seulement Y souspirer le mal que je souffre en aimant.

Que sous leurs ombrages épais Ma tristesse trouve de charmes!

Que ces lieux amis de la paix

ET Chansons. 229

Reçoivent doucement mes larmes!

C'est-là que je puis seulement Me plaindre des ennuis que je souffre en aimant

Encore que devant Daphné Ma passion soit excessive, Ce qui tient mon cœur enchaisné Tient aussi ma langue captive; Même je n'ose seulement Y souspirer le mal que je souffre en aimant

Tout cède au pouvoir de ses yeux :

Leurs clartez n'ont point de pareilles; L'Auteur de la terre et des cieux N'admire qu'en eux ses merveilles.

Aussi sa beauté seulement Est digne des ennuis que je souffre en aimant

Si la Fortune, quelque jour.

Exauce ma juste requeste Et fait triompher mon amour De cette pénible conqueste, Alors aux rocliers seulement Je diray les douceurs que l'on goûte en aimant

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