AUTRE CHANSON
Sombre demeure du Silence, Vallons dont les antres secrets Sçavent quelle est la violence De mes pitoyables regrets,
2^0 Epigrammes
Permettez qu'en mourant je soupire un martyre Que je ne sçaurois taire et que jem'ose dire.
Durant les ardeurs insensées
Dont n'aguere j'étois bruslé,
Vous sçavez bien que mes pensées
Ne vous ont jamais rien celé.
Souffrez donc qu'en mourant je soupire un martyre Que je ne sçaurois taire et que je n'ose dire.
Quand, libre de soins et de peine,
Je possedois ma liberté,
Les yeux d'une belle inhumaine
M'ont remis en captivité; Et je suis maintenant affligé d'un martyre Que je ne sçaurois taire et que je n'ose dire.
Du doux poison qu'ils m'ont fait boire
Je languis la nuit et le jour.
Je ne sçay lequel je dois croire,
Ou mon devoir, ou mon amour.
Leurs conseils différents nourrissent mon martyre : L'un m'enjoint de le taire, et l'autre de le dire.
Devant cette belle homicide.
Combien que ta discrétion
Tâche de retenir en bride
L'ardeur de mon affection, L'on voit bien à mes yeux d'où me vient le martyre Que je ne sçaurois taire et que je n'ose dire.
Mon cœur, qui soupire sans cesse
Les ennuis dont il est touché.
Insensiblement Iny confesse
Ce que ma voix luy tient caché.
Tous deux diversement souffrent en ce martyre r L'un ne luy peut celer, l'autre ne luy peut dire.
ET Chansons. 231