I. Mme de Thermes. Voir la Vie de Racan
Ode au Roy. ' 7
Et juge qu'avant son automne Il produira des fruicts tous meurs.
Fit-il pas voir à ces armées, D'injuste colère animées, Que rien ne pouvoit l'empescher De leur faire mordre la poudre, Et qu'il a sceu jetter la foudre Aussi-tost qu'il a sceu marcher ?
Desja la Discorde enragée Sortoit des gouffres de l'enfer, Desja la France ravagée Revoyoit le siècle de fer, Et desja toutes les Furies, Renouvellans leurs barbaries, Rendoient les Vices triomphans Par une impieté si noire, Que la Nuit mesme n'eût peu croire Avoir produit de tels enfans.
Toutesfois, nos rages civiles Ont trompé l'espoir des meschans ; La Paix rend la pompe en nos villes Et l'abondance dans nos champs; Et maintenant qu'en asseurance Il conduit la net de la France, Et que les plaisirs ont leur tour.
Ses yeux , oui pour venger nos larmes S'armoient d'éclairs dans les alarmes, Sont armez d'atraicts pour l'amour.
Cette belle nymphe du Tage(i), Pour qui nous fismes tant de vœux, Tient ce miracle de cet âge
I Anne d'Autriche, fille de Philippe m et mère de Louis XIV, que Louis XIII avoit épousée en 161 j.
Ode au Roy.
Dans les chaînes de ses cheveux.
Les Grâces, dont elle est suivie, La font admirer de l'Envie; Tous les mortels sont ébloùj^s D'y voir tant de flames paroistre.
Aussi les dieux l'avoient faict naistre Pour Jupiter ou pour LOUYS.
Roy dont le pouvoir indomptable Est des loix te terme soustien, Aux meschans aussi redoutable Comme agréable aux gens de bien.
Quel hymne en la bouche des anges Pourra célébrer vos loiianges , Si l'univers dans sa rondeur N'a rien digne de vos mérites.
Et si le Ciel dans ses limites N'en peut limiter la grandeur?
Ce grand Henry, dont la mémoire A triomphé du monument, Est maintenant comblé de gloire Sur les voûtes du firmament.
La nuict pour luy n'a plus de voiles.
Il marche dessus les estoiles, Il boit dans la coupe des dieux, Et voit sous ses pieds les tempestes Venger sur nos. coulpables testes La juste colère des Cieux.
Mais quoy que ce Roy considère De tout ce qu'il voit aux deux bouts De l'un et de l'autre hémisphère, Il ne voit rien d'égal à vous.
Aussi , combien qu'après sa vie Soname, d'honneur assatïvie, Possède ce bon-heur entier Qu'à ses vertus le Ciel octroyé»
Ode au Roy.
Il n'a point de si grande joye Que d'avoir un tel héritier.
II voit dans les choses futures, Qui sont présentes à ses yeux, Les glorieuses advantures De vos exploicts laborieux ; Il voit desja les citadelles Que défendent les infidelles(') Cacher sous l'herbe leur sommet, Et dans Bizance reconquise Les fleurs de lys venger l'Eglise Des blasphèmes de Mahomet.
O que lors, dans ses deux rivages, Le Nil oira nos combatans Faire jour et nuict de ravages Dans les provinces des sultans !
Que Biserte dans ses murailles Verra faire de funérailles, Et que de peuples deconfis Pleureront leurs maisons superbes Quand l'on moissonnera tes gerbes Sur les ruynes de Memphisl