A LUY-MESME
SONNET
Prince, l'aise et l'amour des âmes et des yeux Que le Ciel mesme voit avecque révérence , Quoy que facent de grand vos travaux glorieux, Ils ne peuvent jamais passer nostre espérance.
I. Ce vers manque dans l'édition de Coustelier; nous le tirons de celle de 1630, faite du vivant de l'auteur.
10 Chanson de Bergers;
Je sçay que vostre bras, fatal aux factieux, Et par qui cet Estât repose en asseurance, Avant que l'on vous mette au rang des autres dieux, Doit borner l'univers des bornes de la France.
Mais, bien que ce bonheur ne soit promis qu'à vous, Depeschez, brave Roy, d'aller en ces deux bouts, Les armes à la main , vous faire recognoistre ,
De peur que vosbontez, qu'on oit par tout vanter, Luy faisant désirer de vous avoir pour maistre , Ne vous aillent ravir l'honneur de le domter.
CHANSON DE BERGERS (i), A la louange de la Reyne mère du Roy.
Paissez, chères brebis; jouissez de la joye Que le Ciel nous envoyé.
A la fin sa clémence a pitié de nos pleurs. Allez dans la campagne, allez dans la prairie;
N'espargnez point les fleurs:
Il en revient assez sous les pas de Marie.
Par elle renaistra la saison désirée
De Saturne et de Rhée, Oij le bon-heur rendoit tous nos désirs contens. Et par elle on verra reluire en ce rivage
Un éternel printemps.
Tel que nous le voyons parestre en son visage.
I. Nous laissons ici cette pièce parceque Racan l'avoit placée lui-même en tête des Bergeries, et que d'ailleurs elle les annonce assez heureusement.
Chanson de Bergers. i i
Nous ne reverrons plus nos campagnes désertes,
Au lieu d'espics, couvertes De tant de bataillons l'un à l'autre opposez; L'innocence et la paix régneront sur fa terre',
Et les dieux appaisez Oubliront pour jamais l'usage du tonnerre.
Le soin continuel dont son puissant génie
Nos affaires manie Rend tousjours leur succez conforme à son désir. Nostre bonne fortune est par luy gouvernée
Et souffre avec plaisir '
Que de si belles mains la tiennent enchaînée.
Son bon-heur nous rendra la terre aussi féconde
Qu'en l'enfance du monde, A Pheure que le Ciel en estoit amoureux. Et jouyrons d'un âge ourdy d'or et de soye
Où les plus malheureux '
Ne verseront jamais que des larmes de joye.
Desja ce grand soleil , dissipant les nuages
Autheurs de nos orages, Espand de tous costez sa lumière si loin Que celuy qui le soir se va coucher dans'l'onde
Voit bien que sans besoin Il en sort au matin pour éclairer le monde.
En nos tranquillitez aucune violence
N'interrompt le silence; Nos troubles pour jamais sont par elle amortis • Depuis les premiers flots de Garonne et de Loire
Jusqu'à ceux de Thetis, On n'entend autre bruit que celuy de sa gloire.
La Nyniphe de la Seine incessamment révère
Cette grande bergère Oui chasse de ses bords tout suject de soucy Et, pour jouyr long-temps de l'heureuse fortune
12 A Monsieur de Racan.
Que l'on possède icy , Porte plus lentement son tribut à Neptune.
Paissez donc, mes brebis, prenez part aux délices
Dont les destins propices Par un si beau remède ont guery nos douleurs. Allez dans la campagne, allez dans la prairie;
N'espargnez point les fleurs:
Il en revient assez sous les pas de Marie.