‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 109 sur 154 · APOLLODORE · texte numérisé non relu

APOLLODORE

Il vous semble donc qu'il faut être un furieux et un insensé pour parler ainsi de moi et de tous tant que vous êtes?

l'ajh d'apollodore.

Une autre fois nous traiterons cette question. Souvenez-vous maintenant de votre promesse, et redites nous les discours qui furent tenus chez Agathon.

apollodore.

Les voici; ou plutôt il \aut mieux vous faire cette narration de la même manière qu'Aristodème me l'a faite:

(( Je rencontrai Socrate, me disoit-il, qui sortoit du bain, et qui étoit chaussé plus proprement qu'à son ordinaire. Je lui demandai où il alloit si propre et si beau: « Je vais souper chez Agathon, me répondit-il. J'évitai de « nie trouver hier à la fête de son sacrifice, parce que je

« craignois la foule; mais je lui |)roniis en récompen.se « que je serais du IcndeiDaiii, qui est aujourd'hui. Voilà Il pourquoi \i)us me voyez si paré. Je me suis l'ail beau « pour aller chez un beau garçon. Mais vous, Aristodènie, « seriez-vous d'humeur à venir aussi, quoique vous ne « soyez point prié?

« Je ferai, lui dis-je, ce que vous voudrez.

« Venez, dit-il, et montrons, quoi qu'en dise le pro- « verbe, qu'un galant homme peut aller souper chez un « galant honnne sans en être prié. J'accuserois volontiers « Homère d'avoir péché contre ce proverbe, lorsque, après « nous avoir représenté Agamemnon comme un grand « honmie de guerre, et Ménélas comme un médiocre « guerrier, il feint que Ménélas vient au festin d'Aga- « memnon sans être invité, c'est-à-dire qu'il fait venir « un homme de peu de valeur chez un brave homme qui <i ne l'attend pas. '

« J'ai bien peur, dis-je à Socrate, que je ne sois le « Ménélas du festin où vous allez. C'est à vous de voir (( comment vous vous défendrez : car, pour moi, je dirai « franchement que c'est vous qui m'avez prié.

» Nous sommes deux, répondit Socrate, et nous étu- « dierons en chemin ce que nous aurons à dire. Allons u seulement. »

« Nous allâmes vers le logis d'Agathon, en nous entretenant de la sorte. Mais à peine eûmes-nous avancé quelques pas, que Socrate devint tout pensif, et demeura à la même place sans bouger. Je m'arrêtois pour l'attendre; mais il me dit d'aller toujours devant, et qu'il me suivroit. Je trouvai la porte ouverte; et il m'arriva même

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