‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 131 sur 154 · Racine a écrit en marge : Eusèb · texte numérisé non relu

Racine a écrit en marge : Eusèb

tioii qui' son martyre a terminée. Car il semlile que Diru nous ait voulu i)roposer, dans le martyre de ce saint homme, la manière dont nous devons combattre pour son lîvanirile. 11 a permis qu'il ait été livré aux méchants comme h; Seigneur l'a bien voulu être lui-même, afin que nous fussions ses imitateurs, et que nous n'ayons pas soin seulement de ce qui nous regarde, mais encore de ce qui repardi; notre prochain, vu que c'est un devoir du véritable et parfait amour de ne désirer pas moins le salut de tous ses frères que le sien propre.

Heureux donc et glorieux sont tous les martyres qu'on souffre selon la volonté particulière de Dieu (car la piété chrétienne nous oblige de reconnoître la souveraine puissance de Dieu sur toutes les créatures). Mais qui n'admirera le grand courage, l'invincible patience et l'ardente charité de ces illustres martyrs qui, bien qu'ils fussent tellement déchirés à coups de fouet, que leurs veines mêmes et leurs artères se montroient à découvert, et que l'on pouvoit discerner sans peino toute la disposition intérieure de leur corps, et, enfin, qu'ils fussent réduits en un état qui donnoit di' la compassion cX causoit des larmes aux plus insensibles de leurs spectateurs, étoient néanmoins si constants et si généreux, qu'on n'entendoit jamais aucun d'eux ni gémir ni soupirer ?

En quoi cps martyrs de Jésus-Christ nous faisoient bien voir que, durant toutes ces tortures, ils étoient connue absents de leur corps, ou plutôt que le Seigneur lui-même étoit présent en eux et conversoit avec eux ; et qu'étant tout remplis de sa grâce, ils méprisoient ces peines passagères qui, par un moment de douleur, leur faisoient éviter une éternité de peines.

Les flammes dont leurs bourreaux inhumains lesenvironnoieut leur paroissoient froides, parce qu'ils ne pensoient qu'à se garantir de celles qui ne s'éteignent jamais, et qu'étant déjà moins des hommes que des anges, ils élevoient sans cesse les j'eux de leur àme vers ces biens du ciel qui sont réservés à ceux qui auront persévéré jusques à la fin; ces biens que l'oreille n'a point entendus, que l'œil n'a point vus, et que l'esprit de l'homme n'a jamais compris.

Ils ne soulTroient pas avec moins de générosité la fureur des bêtes au.xquelles on les exposoit, les pointes des pierres aiguës,

4i; LETTRE DE L'ÉGLISE DE SMYRNE.

des écailles de poisson sur lesquelles on les couohoit, et les rigueurs d'une infinité d'autres tortures auxquelles le tyran les

appliquoit afin de leur faire alijurer la foi par ces tourments si

ITLK'ls.

II n'y a point aussi d'artifice dont le diable ne se soit avisé pour les surprendre ; mais grâces à Dieu, ils n'ont pas tous succombé à ses efforts, la constance de l'illustre Germanique ayant servi beaucoup à fortifier la foiblesse de ses compagnons. Car lorsqu'il eut été exposé aux bêtes farouches, il fut si éloigné de s'arrêter aux vains discours du proconsul qui l'exhortoit d'avoir compassion de son jeune âge, qu'il força même la bête de se jeter sur lui, et de le dévorer, tant il souhaitoit de se voir délivré d'une vie qui n'est que corruption et que péché ! Ce fut lors que le peuple, tout étonné du courage inébranlable de ces saints disciples de Jésus-Clirist, commença à crier : Perdez les impies, que l'on cherche Polycarpe !

Mais un Phrygien nommé Quintus, nouvellement venu de Phrygie, ayant vu les liètcs auxquelles on le menaçoit de l'exposer,'se laissa aller à la crainte qu'elles lui donnèrent. Cet homme s'étoit venu présenter de lui-même, et avoit persuadé à quelques autres de le suivre ; mais enfin le proconsul le gagna si bien par ses conseils, qu'il le fit résoudre à jurer par la fortune de César, et à .sacrifier aux idoles. C'est pourquoi, nos très-chers frères, nous ne pouvons approuver que l'on aille ainsi se présenter de soi-même, comme en effet ce n'est point là ce que l'Évangile nous enseigne.

Quanta l'admirable Polycarpe, ayant su tout ce qui se passoit, il en fut si peu troublé qu'il ne vouloit pas même sortir de la ville ; mais, voyant que tout le monde lui conseilloit de .s'en éloigner, il se retira dans une petite maison de campagne qui n'en étoitpas fort éloignée, et il demeura là ipielque temps, sans en sortir ni jour ni nuit, et sans y avoir aucune autre occupation que de prier ])our tout le monde, et pour la paix de toutes les Églises de la terre, selon sa coutume. 11 eut, même en priant, une vision trois jours avant que d'être pris, dans laquelle il lui sembla voir le chevet de son lit tout en feu; et s'étaut tourné à l'heure

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