‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 17 sur 154 · Le 5 avril de l'année 1G · texte numérisé non relu

Le 5 avril de l'année 1G

3. Jeanne-Françoise Frémiot, veuve, en ICOO, du baron de Chantai, institua en IGlO Perdre de la Visitation. Elle mourut en lOU, et fut canonisée en 1707. .Madame de Sùvigné était sa petite-fille.

df: I'O ut -royal. 7

voit dans les lettres de l'un cl dv rmitrc la grande idée qu'ils avoient de cette merveilleuse lille. De son côté, la mère Angéli([iie procura aussi à M. Arnaud, son père', et à toute sa l'anullc, la coiinoissance de ce saint prélat. 11 fit un voyage à Port-Hoyal pour y voir la mère Agnès de Saint-Paul, sœin- de cette abbesse; il alloit voir très-souvent M. Arnauld, son père, et M. d'Andilly', son frère, et à Paris et <à une maison ([n'ils avoient ;ï la campagne, charmé de se trouver dans une famille si pleine de vertu et de piété. La dernière fois qu'il les vit, il donna sa bénédiction à tou.s leurs enfants, et entre autres au célèbre M. Arnauld, docteur de Sorbonne, qui n'avoit alors que six ans. La bienheureuse mère de Chantai vécut encore vingt ans depuis qu'elle eut connu la mère Angélique ; elle ne faisoit point de voyage à Paris qu'elle ne vînt passer plusieurs jours de suite avec elle, versant dans .son sein ses plus secrètes pensées, et désirant avec ardeur que les filles de la Visitation et celles de Pont- Royal fussent unies du même lien d'amitié qui avoit si étroitement uni leurs deux mères.

Après cinq ans de travail à Maubuisson (en 1(523), la mère Angélique, se trouvant déchargée du soin de cette abbaye par la nomination que le roi avoit faite d'une autre abbesse^ en la place de M d'Estrées, elle se résolut d'aller trouver sa chère connnunaulé de Port-Royal,

1. Avocat célèbre qui avait plaidé en l.V.ll pour l'Université contre les jésuites. Il était fils d'un autre Antoine Arnauld, avocat g(înéral de la reine Catherine de Médicis, et mourut e» 1619. Sa veuve, Catherine Marion, mourut en lf)4I à Port-Royal, où elle s'était faite religieuse. Il était né vingtdeux enfants de leur mari.ige.

2. Robert Arnauld d'Andilly, né en 1588, était l'aîné des fils d'Antoine Arnauld et de Catherine Marion.

3. Charlotte de Boiirhon-Soissons, lille naturelle de Charles de Bourbon, comte de Boissons et de Dreux, et de la marquise de Ranchcr.

8 ABRÉGÉ DE L'HISTOlRt;

Elle ne l'avoit pas laissée néanmoins orpheline, l'ayant mise, en partant, sous la conduite de la mère Agnès dont j'ai parlé : elle étoit plus jeune de deux ans que la mère Angélique, et avoit été faite abbesse aussi jeune qu'elle ; mais Dieu l'ayant aussi éclairée de fort bonne heure, elle avoit remis au roi l'abbaye de Saint-Cyr, dont elle étoit pourvue, pour venir vi\Te simple religieuse dans le couvent de sa sœur. Mais la mère Angélique, pleine d'admiration de sa vertu, avoit obtenu qu'on la fit sa coadjutrice. C'est cette mère Agnès qui a depuis dressé les constitutions de Port-Royal , c[ui furent approuvées par M. de Gondy, archevêque de Paris. On a aussi d'elle plusieurs traités très-édifiants', et qui font connaître tout ensemble l'élévation et la solidité de son esprit.

Lorsque la mère Angélique se préparoit à partir de Maubuisson, trente religieuses, qui y avoient fait profession entre ses mains, se jetèrent à ses pieds et la conjurèrent de les emmener avec elle. L'abbaye de Port-Royal étoit fort pauvre, n'ayant été fondée, comme j'ai dit, que pour douze religieuses. Le nombre en étoit alors considérablement augmenté; et ces trente filles de Maubuisson n'avoient à elles toutes que cinq cents livres de pension viagère. Cependant la mère Angélique ne balança pas un moment à leur accorder leur demande. Elle se contenta d'en écrire à la mère Agnès; et, sur sa réponse, elle les fit même partir quelques jours avant elle. Ces pauvres filles n'abordoient qu'en tremblant une maison qu'elles venoient, pour ainsi dire, affamer; mais elles y furent reçues (le 3 mars 1(323) avec une joie qui leur fit bien

1. L'Image de la Religieuse parfaite et imparfaite. 1 vol. in-12; le Chapelet secret du Saint Sacrement, 1 vol. in-l'J. Ce dernier ouvrage fu supprimé, par le pape, mais sans Ctre censuré. (G.)

Dlî l'Oin-UOVAL. 9

voir que la cliarito de la iiièrc s'étoit aussi communiquée à toute la connnuuauté.

Il etoit resté à Mauhuisson quelques esprits f[ui n'avoieni pu l'utièrement s'assujettir à la reforme. D'ailleurs madame de Soissons, qui a\oit succédé à madame d'Estrées, n'avoit pas pris un fort grand soin d'y d'entretenir la régularité que la mère Angélique y avoit établie ; si bien que cette saiiiir lille ne cessoit de demander à Dieu qu'il regardât cette maison avec des yeux de miséricorde. Sa prière fut exaucée.

Cette abbaye étant venue encore à vaquer, au bout de quatre ans, par la mort de madame de Soissons (octobre 1626), le roi Louis MM fit demander à la mère Angélique une de ses religieuses pour l'en faire abbesse. Elle lui en proposa une (en 1627) qu'on appeloit sœur Marie des Anges', à qui le roi donna aussitôt son brevet.

La plupart des personnes qui connoissoient cette fille lui trouvoient, à la vérité, une grande douceur et une profonde humilité; mais elles doutoicnt qu'elle eût toute la fermeté nécessaire pour remplir une place de cette importance. Le succès fit voir combien la mère Angélique avait de discernement : car cette fille si humble et si douce sut réduire en très-peu de temps les esprits qui étoient demeurés les plus rebelles, rangea les anciennes sous le même joug que les jeunes, ne s'étonna point des persécutions de certains moines et même de certains visiteurs de l'ordre, accoutumés au faste et à la dépense, et qui ne pouvoient souffrir le saint usage qu'elle faisoit des revenus de cette abbaye.

Ce fut de son temps que deux fameuses religieuses de

1. Marie des Anges Suireau. Elle avoit établi la réforme dans l'abbaye du Lis, près 51ehin, où elle avoit été envoyée, l'année précédente, en qualité

Montdidier furent introduites à Maubuisson par un de ces visiteurs, pour y enseigner, disoit-il, les secrets de la plus sublime oraison. La mère des Anges et lanière Angélique n'étoient point assez intérieures, au gré de ces pères, et ils leur repi'ochoient souvent de ne connoitre d'autre perfection que celle qui s'acquiert par la mortification des sens et par la pratique des bonnes œuvres. La mère des Anges, qui avoit appris à Port-Royal à se délier de toute nouveauté, fit observer de près ces deux filles : et il se trouva que, sous un jargon de pur amour, d'anéantissement et de parfaite nudité', elles cachoient toutes les illusions et toutes les horreurs que l'Église a condamnées de nos jours dans Molinos (en 1687). Elles étoient en eflet de la secte de ces illuminés de Roye, qu'on nommoit les Guérincts'-^ dont le cardinal de Richelieu fit faire une si exacte perquisition.

La mère des Anges ayant donné avis du péril où étoit son monastère, ces deux religieuses furent renfermées très-étroitement par ordre de la cour; et le visiteur qui les protégeoit eut lui-même bien de la peine à se tirer d'affaire. En un 7not, la mère des Anges, malgré toutes les traverses qu'on lui susciloit, rétablit entièrement dans Maubuisson le véritable esprit de saint Bernard, qui s'y maintient encore aujourd'hui par les soins de l'illustre princesse' que la Providence en a fait abbesse; et, après avoir gouverné pendant vingt-deux ans ce célèbre monastère avec une sainteté dont la mémoire s'y conservera

de maîtresse des novices, par la mère Angtilique. En 1054, elle fut élue abbesse de Port-Royal, et mourut en décembre 1058.

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