En
2, Saint Fr.iiiroii do Sales.
gnage public que lui a rendu un prélat' non moins considérable par sa piété que par sa naissance, « ce savant homme n'avoit pas d'autres sentiments que ceux qu'il avoit puisés dans l'Écriture sainte et dans la tradition de l'Église; sa science n'étoit que celle des saints Pères; il ne parloit point d'autre langage que celui de la parole de Dieu ; et, bien loin de conduire les âmes par des voies particulières et écartées, il ne savoit point d'autre chemin pour les mener à Dieu que celui de la pénitence et de la charité ». Toutes ces filles firent en peu de temps un tel progrès dans la perfection sous sa conduite, que l'évêque de Langres ne cessoit de remercier Dieu du confesseur qu'il lui avoit inspiré de leur donner.
Dans le ravissement où étoit ce prélat, il proposa plusieurs fois à l'abbé de souffrir qu'il travaillât pour le faire nommer son coadjuleur à l'évêché de Langres; et, sur son refus, il le pressa au moins de vouloir être son directeur, ilais l'abbé le pria de l'en dispenser, lui faisant entendre qu'il y auroit plusieurs choses sur lesquelles ils ne seroient point d'accord: et, avec la sincérité qui lui étoit naturelle, il ne put s'empêcher de lui toucher quelque chose de la résidence et de l'obligation où il étoit de ne pas faire de si longs séjours hors de son diocèse. L'évêque étoit de ces gens qui, bien qu'au fond ils aient de la piété, n'entendent pas volontiers des vérités qu'ils ne se sentent pas disposés à pratiquer. Cela commença un peu à le refroidir pour l'abbé de Saint-Cyran. Bientôt après il crut s'apercevoir que les filles du Saint-Sacrement n'avoient j)oint pour ses avis la même déférence qu'elles avoient pour cet abbé ; sa mauvaise humeur étoit encore fomentée par une
i. M. de Laval, évêquo de La Roclicllc.
DE l'OUT-KOVAL. 19
cerlaiiie (laine, sa piMiiltMiic, qu'il avoit fait ciilrer au Saint- Sacreiueut, et (IduI il l'ai.soit lui seul un cas merveilleux'; en un mol. ayaul, comme j'ai (lit, l'esprit fort foible, il entra contie ral)l)e dans une si furieuse jalousie, (|u'il ne le pouvoit plus soullVir. l/ahbt' de Saint-Cyran lit d'abord ce ([u'il put pour le guérir de ses dt'liances; et même, voyant qu'il s'aigrissoit de plus en plus, cessa d'aller au monastère du Saint-Sacrement. Mais celle discrtHion ne servit qu'à irriter cet esprit malade, honteux qu'on se fût aper(;u de sa foiblesse, tellement qu'il vint à se dégoûter même de son institut; et, non content de rompre avec ces filles, il se ligua avec les ennemis de cet abbé, et, ce qu'on aura peine à comprendre, donna même au cardinal de Richelieu des mémoires contre lui.
Ce ne fut pas là la seule querelle que lui attira la jalousie de la direclion. Le fameux père Joseph étoit, comme ou sait, fondateur des religieuses du Calvaire. Quoique plongé fort avant dans les all'aires du siècle, il se piquoit d'être un fort grand maître en la vie spirituelle, et ne vouloit point que ses religieases eussent d'autre directeur que lui. Un jour néanmoins, se voyant sur le point d'eiitrepreudre uu long voyage pour les affaires du roi, il alla trouver l'abbé de Saint-Cyran pom* lui recommander ses chères fdles du Calvaire, et obtint de lui qu'il les confesseroit en son absence. A son refour il fut charnu'' du progrès qu'elles avoient fait dans la perfection; mais il crut s'apercevoir bient(Jt qu'elles avoient senti l'extrême différence qu'il y a d'un directeur partagé entre Dieu et la cour, à un directeur uniquement occupé du salut des âmes. 11 en conçut contre l'ablié un fort