‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 22 sur 154 · Saint Cvran était né à Bayoanc l'an Iô · texte numérisé non relu

Saint Cvran était né à Bayoanc l'an Iô

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prétend, pour le nièiiie sujet que le père Caussin, confesseur (lu roi, lui disgracié.

Mais ce qui acheva de perdre l'abbé de Saint-Cyran dans l'esprit du cardinal, ce l'ut une oITeuse d'une autre nature que les deux premières, mais (]iii le touciioit beaucoup plus au vif. Ou sait avec quelle chaleur ce premier ministre avoit entrepris de faire casser le mariage du duc d'Orléans avec la princesse de Lorraine, sa seconde femme. Pour s'autoriser dans ce dessein, et pour rassurer la conscience timorée de Louis XIIl, il lit consulter l'assemblée générale du clergé, et tout ce qu'il y avoit de plus célèbres théologiens, tant réguliers que séculiers. L'assemblée, et presque tous ces théologiens, jusqu'au père Condren, général de l'Oratoire, et jusqu'au père Vincent, supérieur des Missionnaires, furent d'avis de la nullité du mariage; mais quand on vint à l'abbé de Saiut-Cyran, il ne cacha point qu'il croyoit que le mariage ne pouvoit être cassé.

Venons maintenant à la querelle (pi'il eut avec les jésuites : elle prit naissance en Angleterre. Les jésuites de ce pays-là, n'ayant pu se résoudre à reconnoître la juridiction de l'évèque que le pape y avoit envoyé, non-seulement obligèrent cet évêque à s'enfuir de ce royaume, mais écrivirent des Viwes fort injurieux contre l'autorité épiscopale et contre la nécessité même du sacrement de la conlirmalion. Le clergé d'Angleterre envoya ces livres en France, et ils y furent aussitôt censurés par l'archevêque de Paris, puis par la Sorbonne, et enfin par une grande assemblée d'archevêques et d'évêques. Les jésuites de France n'abandonnèrent pas leurs confrères dans une cause que leur conduite, dans tous les pays du monde, fait bien voir qu'ils ont résolu de soutenir. Ils publièrent, contre toutes ces censures, des réponses où ils croyoient

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avoir terrassé la Sorbonne et les évêques. Tous les gens (le Lien frémissoient de voir ainsi fouler aux pieds la hiérarchie que Dieu a établie dans son Église, lorsqu'on vit paroître, sous le nom de Peints Aurelhis^ un excellent lin'e qui mettoit en poudre toutes les réponses des jésuites. Ce livre fut reçu avec un applaudissement incroyable : le clergé de France le fit imprimer plusieurs fois à ses dépens, s'efforça de découvrir qui étoit le défenseur de l'épiscopat; et, ne pouvant percer l'obscurité où sa modestie le tenoit caché, fit composer en l'honneur de son livre, par le célèbre M. Godeau, évoque de Grasse', un éloge magnifique qui fut imprimé à la tète du livre même. Les jésuites n'étoient pas moins en peine que les évêques de savoir qui étoit cet inconnu; et comme la vengeance a des yeux plus perçants que la recoimoissance. ils démêlèrent que si l'abbé de Saint-Cyran n'étoit pas l'auteur de cet ouvrage, il y avoit du moins la principale part. On jugera sans peine jusqu'où alla contre lui leur ressentiment, par la colère qu'ils témoignèrent contre M. Godeau, pour avoir fait l'éloge que je viens de dire, lis publièrent contre ce prélat si illustre deux satires en latin, dont l'une avoit pour titre : Gndelliis an poctiû et c'étoit leur père A'avasseur qui étoit auteur de ces satires. L'abbé

\, Et depuis évêque de Vence et l'un des premiers membres de l'Académie française. 11 a laissé un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers, qu'on ne lit plus et depuis bien longtemps. Boilcau écrivait à son ami Maucroix, en t695 : u Je suis persuadé, aussi bien (juc vous, que M. Godeau est un poète fort estimable. Il me semble pourtant qu'on peut dire de lui ce que Longin dit d'Hypéride, qu'il est toujours jeune, et qu'il n'a rien qui remue et qui échauffe: en un mot, qu'il n'a point cette force de style et cette vivacité d'expression qu'on recherche dans les ouvrages, et qui les font durer. Je ne sais point s'il passera à la postérité; mais il faudra pour cola qu'il ressuscite, puisqu'on peut dire qu'il est déjà mort, n'étant presque plus maintenant lu de personne. » (Lettre VI.)

devint à leur égard, non-seulement un hérétique, mais un hérésiarque abominable, qui vouloit faire une nouvelle Église, et renverser la religion de Jésus-Christ. C'est l'idée qu'ils s'elTorcèrent alors de donner d(! lui, et qu'ils en veulent donner encore dans tous leurs livres.

Le cardinal de Richelieu, excité par leurs clameurs et par ses ressentiments particuliers, le lit arrêter et mettre au bois de Yincennes'; il lit aussi saisir tous ses papiers, dont il y avoit plusieurs coll'res pleins. Mais comme on n'y trouva que des extraits des Pères et des Conciles, et des matériaux d'un grand ouvrage qu'il préparoit pour défendre l'Eucharistie contre les ministres huguenots, tous ses papiers lui furent aussitôt renvoyés au bois de Yincennes. On abandonna aussi une procédure fort irréguliére que l'on a\oit connnencée contre lui; mais la liberté ne lui fut rendue que cinq ans après, c'est-à-dire à la mort du cardinal de Richelieu : Dieu ayant permis cette longue prison pour faire mieux connoître la piété extraordinaire de cet abbé, k laquelle le fameux Jean de Verth-, qui, avec d'autres ofllciers étrangers, étoit alors aussi prisonnier au bois de Yincennes, rendit un témoignage trèsparticulier ; car le cardinal de Richelieu ayant voulu qu'il fût spectateur d'un ballet fort magnifique qui étoit de sa cotuposition, et ce général ayant vu à ce ballet un certain évêque qui s'empressoit pour en faire les honneurs, il dit publiquement que le spectacle qui l' avoit le plus surpris en France, c'étoit d'y voir les saints en prison et les évoques à la comédie.

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