‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 29 sur 154 · Bulle du 2 mars 16i · texte numérisé non relu

Bulle du 2 mars 16i

DE l'ORT-ROYAL. 89

Qui n'i'ùi cru (|u'uut' Cduipaijuic.fiui fait uu vœu particulier d'obéissance et de soumission aveugle au saintsiège, gai'dcroit du moins lo silence sur une doctrine si solonnellement condamiict', et t'eioit désormais enseigner dans ses écoles une morale plus conforme et à l'Évangile, et aux décisions des papes? Mais le faux honneur de la Société l'a emporté encore en cette occasion sur toutes les raisons de religion et de politique, et même sur les constitutions fondamentales de la Société; il ne s'est presque point passé d'années depuis ce temps-là que les jésuites, soit par de nouveaux livres, soit par des thèses publiques, n'aient soutenu les mêmes méchantes maximes. On sait avec combien d'évèques ils se brouillent encore tous les jours sur ce sujet. Peu s'en est fallu enfin qu'ils n'aient déposé leur propre général, pour avoir fait imprimer, avec l'approbation du pape, un livre contre la probabilité, laquelle est regardée à bon droit comme la source de toute cette horrible moiale.

Mais pendant que les jésuites soutenoient avec cette opiniâtreté les erreurs de leurs casuistes, et ne se rendoient, ni sur le fait ni sur le droit, aux censures des papes et des évoques, ils ne poursuivoientpas avec moins d'audace la condamnation de leurs adversaires. Ce ne fut pas assez j)Our le P. Annat d'avoir fait juger dans l'assemblée du Louvre f(uc les propositions étoient dans Jansénius, et d'avoir ensuite fait ordonner, dans l'assemblée des quinze évèques, (pie la constitution et le bref seroient signés par tout le royaume; il entreprit encore d'établir un formulaire ou profession de foi, qui comprit également la créance du fait et du droit, et d'en faire onloiuit^r la souscription sous les peines portées contre les hérétiques. C'est ce fameux fornmlaire qui a tant causé

de troubles dans l'Église, et dont les jésuites ont tiré un si grand usage pour se venger de toutes les personnes qu'ils haïssoient. Tout le monde convint que ce fut M. de Marca qui dressa ce formulaire avec le P. Annat, et qui le fit recevoir dans l'assemblée générale de 1656.

Ce prélat étoit un honinie de beaucoup d'esprit, très habile dans le droit canon, et dans fout ce qui s'appelle la police extérieure de l'Eglise, sur laquelle il avoitmême fait des li\Tes très-savants, et fort opposés aux prétentions (le la cour de Rome; mais il savoil fort peu de théologie ne s'étant destiné que fort tard à l'état ecclésiastique, et ayant passé plus de la moitié de sa vie dans des emplois séculiers, d'abord président au parlement de Pau,, puis intendant en Catalogne, d'où il a\oit été élevé à l'évêché de Couserans', et ensuite à l'archevêché de Toulouse. Sa grande habileté, jointe à l'extrême passion qu'il témoignoit contre les jansénistes, lui donnoit un grand crédit dans les assemblées du clergé : il en dressoit tous les actes, et en fornioit. pour aiiisi dire, toutes les décisions.

M. de Marca et le P. Annat convenoient dans le dessein de faiic déclarer hérétiques les défenseurs de Jansénius; mais ils ne convenoient pas dans la manière de tourner la chose. Le P. Annat prétendoit que les papes étant infaillibles aussi bien sur le fait que sur le droit, on ne pouvoit nier, sans hérésie, un fait que le pape avoit décidé. Alais cela n'acconimodoit pas M. de Toulouse, qui avoit souteim très fortement l'opinion contraire dans ses livres; et cela, fondé sur l'autorité de tout ce qu'il y a des plus habiles écrivains, de ceux mêmes qui sont le plus attachés à la cour de Rome, tels que les cardinaux Baro-

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