Gilbert de Clioiseul, depuis évêque de Tournay
I. La perpétuité de la foi de l'I'jjlise catholique louchant l'eucharistie. 3 vol. iu-i», 1C09, 107-2 et 107t.
l'Église, et qui avoit un très-beau génie pour la iratluction, s'employa aussi à ce travail : c'est à quoi il s'appliquoit clans sa solitude, et non pas à ces occupations basses et serviles que les courtisans lui attrihuoieut faussement, pour tourner en ridicule une vie très-noble et très-chrétienne qu'ils ne se sentoient pas capables d'imiter. Ce fut aussi en ce même temps que l'illustre M. Pascal connut Port-Uoyal et M. Arnauld. Cette connoissance se fit par le moyen de mademoiselle Pascal, sa sœur, religieuse dans ce monastère. Cette vertueuse fdle avoit fait beaucoup d'éclat dans le monde par la beauté de son esprit et par un talent singulier qu'elle avoit pour la poésie; mais elle avoil renoncé de lionne heure aux vains amusements du siècle, et étoit une des plus humbles religieuses de la maison. Lorsqu'elle y entra, elle avoit voulu donner tout son bien au couvent; mais la mère Angélique et les autres mères ne voulurent pas le recevoir et obtinrent d'elle qu'elle n'apporteroit qu'une dot assez médiocre. Un procédé si peu ordinaire à des religieuses excita la curiosité de M. Pascal, et il voulut connoitre plus particulièrement une maison où l'on étoit si fort au-dessus de l'intérêt. Il étoit déjà dans de grands sentiments de piété, et il y avoit même deux ou trois ans que, malgré l'inclination et le génie prodigieux qu'il avoit pour les mathématiques, il s'étoit dégoûté de ses spéculations pour ne plus s'appliquer qu'à l'étude de l'Écriture et des grandes vérités de la religion. La connoissance de Port-Royal et les grands exemples de piélé qu'il y trouva le frappèrent extrêmement : il résolut de ne plus penser uniquement qu'à son salut. 11 r^nqui dès lors tout commerce avec les gens du mondi"; il i-('nou(;a même à un mariage trèsavunlageux qu'il éioil sur le point de conclure, et embrassa
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une vie très-austère et très-mortifiée, qu'il a continiié jus- (lu'ii la iiKiii. Il ('toit l'on ImicliL' du graud mci'ite de M. Aruauld. cl avoit conçu pour lui une estime qu'il trouva bien tôt occasion de signaler.
Le silence que ce docteur s'éloit imposé sur les disputes de la grâce ne fut pas de longue durée, et il fut oblige iiulispcnsablenu'ul de le rompre, par une occasion assez extraordinaire. Lu prêtre' de la conuiiunauté de Saint-Sulpice s'avisa de refuser l'absolution à M. le duc de Liancourt, et lui déclara qu'il lui refuseroit aussi la communion s'il se présentoit à l'autel. Le sujet qu'il allégua d'un refus si injurieux, c'est que ce seigneur retiroit chez lui un ecclésiastique ami de Port-Royal, et que mademoiselle de La Roche-Guyon.sa peiite-lille, étoit pensionnaire dans ce monastère. On n'auroit peut-être pas fait beaucoup d'attention à l'entreprise téméraire de ce confesseur: mais ce qui rendit lalïaire plus considérable, c'est qu'il fut avoué par le curé et par les autres supérieurs de ce séminaire, gens très- dévots, mais fort prévenus contre Port-Royal. M. Arnaud écrivit là-dessus une lettre sans nom d'auteur; elle fit beaucoup de bruit. Il se crut obligé d'en écrire une seconde beaucoup plus ample, où il mit son nom, et où il justilioit à fond la pureté de sa foi et l'innocence des religieuses de Port-Royal.
11 y avoil déjà du temps que ses ennemis attendoient avec impatience quelque ouvrage avoué de lui, où ils pussent, soit à droit, soit à tort, trouver une matière de censure. Cette lettre vint très à propos pour eux, et ils prétendirent qu'il y avoit deux propositions erronées. Dans l'une, qui regardoit le fait de Jansénius, M. Arnauld
i. Il se nomoiaii Picoté. Ce scandale eut lieu en 1655.
(lisoit fin'avaiit lu exactement le livre de cet évèque, il n'y a\()it piiiiit trouvé les ciiuj ])roposition.s, étant prêt du reste de les condamner partout où elles seroienl, et dans le livre même de Jansénius, si elles s'y trouvoient. L'autre, qui regardoit le dogme, ctoit une proposition composée des propres termes de saint Chrysostôme et de saint Augustin, et portoit que les Pères nous montrent en la personne de saint Pierre ini juste à qui la grâce, sans laquelle on ne peut rien, avoit manqué. Ces propositions furent déférées à la Faculté par des docteurs du parti des jésuites; et ceux-ci firent si bien, par leurs intrigues, et en Sorbonne et surtout à la cour, qu'ils vinrent à bout de faire censurer la première de ces propositions connue téméraire, et la seconde comme hérétique.
Il n'y eut jamais de jugement moins juridique, et tous les statuts de la faculté de théologie y furent violés. On donna pour commissaires à il. Arnauld ses ennemis déclarés, et l'on n'eut égard ni à ses récusations, ni à ses défenses; on lui refusa même de venir en personne dire ses raisons. Quoique, par les statuts, les moines ne dussent pas se trouver dans les assemblées au nombre de plus de huit, il s'y en trouva toujours plus de quarante; et, pnur empêcher ceux du }>arii de M. Arnauld de dire tout ce qu'ils avoient préparé pour sa défense, le temps que chaque docteur devoit dire son avis fut limité à une demi-heure. On mit pour cela sur une table une horloge de sable, qui étoit la mesure de ce temps : invention non moins odieuse en de pareils occasions que honteuse dans son origine, et qui, au rapport du cardinal Palavicin, ayant été proposée au concile de Trente par quelques gens, fut rejetée avec détestation pur tout le concile. Eiilin, dans le dessei]i d'ôier euiiérement la liberté des
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suffrages, le clumcelier Séguici'. malgré son grand âgo et ses incommodités, eut ordre d'assister à toutes ces assemblées. Prés de quatre-vingts des plus célèbres docteurs, voyant une procédure si irréguliére, ri'solurent de s'absenter, et aimèrent mieux sortir de la l'aculd' ([ue de souscrire à la ccnsui'c. M. de l.aunoy - même, si fameux par sa grande érudition, quoi(pi'il l'il profession publique d'être sur la grâce d'autre senlinieul (pie saini Augustin, sortit aussi comme les autres, et écrivit contre la censure une lettre où il se plaignoit, avec beaucoui) de force, du renversement de tous les privilèges de la Faculté.
Le jour que cette censure fut signée (en février 1(55(3) parut aux jésuites un grand jour poin- leur compagnie : non-seulement ils s'imaginoient triompher par là de M. Arnauld et de tous les docteurs attachés à la grâce efficace, mais ils croyoient triompher de la Sorbonne même, et s'être vengés de toutes les censures dont elle avoit llélri les Garasse, les Santarel, les Bauni et plusieurs autres de leurs pères, puisqu'ils l'avoient obligée de censurer, en censurant M. Arnauld, deux Pères de l'Église, dont sa seconde proposition étoit tirée, et de se faire à elle-même une plaie incurable, par la nécessité où ils la mirent de retrancher de son corps ses plus illustres mendjres. D'ailleurs ils donnoient aussi par là une grande idée de leur pouvoir et du crédit (|u'ils a\ oient à la cour; ils conlirmoient le roi et la reine mère dans toutes les préventions qu'ils leur avoient inspirées contre leurs adversaires.
Mais ils songèrent à tirer des fruits plus soUdes de
1. Il n'avait alors que soixante-lniit ans, mais il cîtait fort infirme.
2. Jean de Launoy, qu"on appela le Dénicheur de saints. 11 mourut à Paris, tn 1078, âgé de soixante et quatorze ans.
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leur victoire : ils obtinrent un ordre pour casser ces petits établissements que j'iii dit ([u'on avoit faits ponr l'insirnction de la jeunesse, et qu'ils appeloient des écoles de jansénisme. Le lieutenant civil' alla à Port-Royal des champs pour en faire sortir les écoliers et les précepteurs, avec tous les solitaires qui s'y étoient retirés. M. Arnauld fut obligé de se cacher; et il y avoit même déjà un ordre signé pour ôter aux religieuses des deux maisons leurs novices et leurs ijensionnaires. En un mot, le Port-Royal étoit dans la consternation, et les jésuites au comble de leur joie, lorsque le miracle de la sainte épine arriva.
On a donné au public plusieurs relations de ce miracle; entre autres, feu M. l'évéque de Tournay, non moins illustre par sa piété et par sa doctrine que par sa naissance, l'a raconté foit au long dans un li\re- qu'il a composé contre les athées, et s'en est servi comme d'une preuve éclatante de la vérité de la religion; mais on pourroit s'en servir aussi comme d'une preuve étonnante de rindillereuce de la jjlupart des hommes de ce siècle sur 'a religion, puisque une merveille si extraordinaire, et ^ai fit alors tant d'éclat, est presque entièrement efl'acce de leur souvenir. C'est ce qui m'oblige à en rapporter ici
1. D'Aiibray, liinitenant civil. Il n'y avait, point alors do lieutenant île police. Cette e\écution eut lieu le 13 mars 10.jli,
2. Ce livre de M. de Clioiscul a pour titre : Mémoires louclianl lu lietigion, imprimés chez Bilaine an 1080. « L'innocence de l'enfant, la sincérité, la sulVisance et le nombre des témoins, dit cet illustre prélat, page 83, m'assurent tellement de la vérité de ce mir.acle, que non-seulement se seroit en moi une opiniâtreté, mais une extr.ivagance et une espèce de folie d'en douter... J'entendis dire à Dalencé, page 82, en présence d'un grand prince, que cette guérison si prompte ne lui paroissoit pas im moindre miracle que la résurrection d'un mort, parce que les remèdes les plus efficaces du monde n'auroicnt pu rien opérer en si peu de temps, etc.. » {Note atlribuét à Racine.)
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jusqu'aux plus petites circonstances, d'autant plus qu'elles cdiitriliucront à l'aire mieux connoitre tout ensemble, et la grandeur du uiiracle, et l'esprit et 'la sainteté du monastère oit il est arrivé.
Il y avoit à Port-iÎDval de Paris une jeune pensionnaire de dix à onze ans, nommée mademoiselle Perrier, lille de M. Perrier, conseiller à la cour des aides de Clermont, et nièce de M. Pascal. l'Ile étoit allligée depuis trois ans et demi d'une fistule lacrymale au coin de l'ail gauche. Cette fistule, qui étoit fort grosse au dehors, avoit fait un fort grand ravage en dedans : elle avoit entièrement carié l'os du nez, et percé le palais, en telle sorte que la matière qui en sortoit à tout moment lui couloit le long des joues et par les narines, et lui tomboit même dans la gorge. Son œil s'étoit considérablement apetissé; et toutes les parties voisines étoient tellement abreuvées et altérées par la fluxion, qu'on ne ponvoit lui toucher ce côté de la tête sans lui faire beaucoup de douleur. On ne pouvoit la regarder sans une espèce d'horreur; et la matière qui sortoit de cet ulcère étoit d'une puanteur si insupportable que, de l'avis même des chirurgiens, on avoit été obligé de la séparer des autres pensionnaires, et de la mettre dans une chambre avec une de ses compagnes beaucoup plus âgée qu'elle, en qui on trouva assez de charité pour \ouloir bien lui tenir compagnie. On l'avoit fait voira tout ce qu'il y avoit d'oculistes, de chirurgiens, et même d'opérateurs plus fameux; mais les remèdes ne faisant qu'irriter le mal, comme on craignoit que l'ulcère ne s'étendît enfin sur tout le visage, trois des plus habiles chirurgiens de Paris, Cressé, Guillard et Dalencé, furent d'avis d'y appliquer au plus tôt le feu. Leur avis fut envoyé à M. Perrier, qui se mit aussitôt en chemin pour VI 5
être présent à l'opération : et on atlendoit de jour à autre qu'il arrivât.
Cela se passa dans le temps que l'orage dont j"ai parlé étoil tout prêt d'éclater contre le monastère de Port-Royal. Les religieuses y étoient dans de continuelles prières ; et l'abbesse d'alors, qui étoit cette même Marie des Anges qui l'avoil été de Maubuissun ; l'abbesse, dis-je, étoit dans une espèce de retraite, où elle ne faisoit autre chose jour et nuit que lever les mains au ciel, ne lui restant plus aucune espérance de secours de la part des hommes.
Dans ce même temps il y avoit à Paris un ecclésiastique de condition et de piété, nommé M. de la Potterie', qui, entre plusieurs saintes reliques qu'il avoit recueillies avec grand soin, prétendoit avoir une des épines de la couronne de Kotre-Seigneur. Plusieurs couvents avoient eu une sainte curiosité de voir cette relique. Il l'avoit prêtée, entre autres, aux carmélites du faubourg Saint- Jacques, qui l'avoient portée en procession dans leur maison. Les religieuses de Port-Royal, touchées de la même dévotion, avoient aussi demandé à la voir : et elle leur fut portée le vingt-quatrième de mars 1(556, qui se trouvoit alors le vendredi de la troisième semaine de carême, jour auquel l'Eglise chante à l'introït de la messe ces paroles tirées du psaume lxxxv : Far viecum sigiuDii in bonum, clc. u Seigneur, faites éclater un prodige en « ma faveur, afin que mes ennemis le voient et soient u confondus; qu'ils voient, mon Dieu, que vous in'avez « secouru et que vous m'avez consolé! »
1. Pierre Lcroi de la Potterie, mort à Paris en 1C70. Son corps fut porté à Port-Royal des Champs.
DE PORT-UOYAL. 67
Les religieuses iiyaiit donc reni celte sainle éjjiiie, la posèrent an dedan-N de Iruc clRcur snr une espèce de petit autel contie la grille; et la connnunauté fut avertie de se trouver à une procession qu'on devoit faire après vêpres en son honneur. Vêpres finies, on chanta les hynimes et les prières convenables à la sainle couronne d'épines et au mystère douloureux de la Passion; après cjuoi elles allèrent, chacune en leur rang, baiser la relique : les religieuses professes les premières, ensuite les novices, et les pensionnaires après. Quand ce lui le tour di' la petite Perrier, la maîtresse des pensionnaires, qui s'étoit tenue debout auprès de la grille pour voir passer tout ce petit peuple, l'ayant aperçue, ne put la voir défigurée comme elle étoit, sans une espèce de frissonnement mêlé de compassion, et elle lui dit : « Recommandez-vous à Dieu, ma fille, et faites toucher votre œil malade à la sainte épine. 1) La petite fille fit ce qu'on lui dit, et elle a depuis déclaré qu'elle ne douta point, sur la parole de sa maîtresse, que la sainte épine ne la guérit.
Après cette cérémonie, toutes les autres pensionnaires se retirèrent dans leur chambre; elle n'y fut pas plutôt, qu'elle dit à sa compagne : « Ma sœur, je n'ai plus de mal, la sainte épine m'a guérie. « En effet, sa compagne l'ayant regardée avec attention, trouva son œil gauche tout aussi sain que l'autre, sans tumeur, sans matière, et même sans cicatrice. On peut juger combien, clans toute autre maison que Port-P>oyal, une aventure si surprenante feroit de mouvement, et avec quel empressement on iroit en avertir toute la communauté. Cependant parce que c'étoit l'heure du silence, et que ce silence s'observe encore plus exactement le carême que dans les autres temps ; que d'ailleurs toute la maison étoit dans un plus grand recueil-
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lement qu'à l'ordinaire, ces deux jeunes filles se tinrent dans leur chambre, et se couchèrent sans dire un seul mot à personne. Le lendemain matin, une des religieuses, employées auprès des pensionnaires, vint pour peigner la petite Perrier; et, comme elle appréhendoit de lui faire du mal, elle évitoit, comme à son ordinaire, d'appuyer sur le côté gauche de la tête; mais la jeune fille lui dit : « Ma sœur, la sainte épine m'a guérie. — Comment, ma (1 sœur, vous êtes guérie! — Regardez, et voyez », lui répondit-elle. En effet, la religieuse regarda, et vit qu'elle étoit entièrement guérie. Elle alla en donner avis à la mère abbesse, qui vint, et qui remercia Dieu de ce merveilleux effet de sa puissance; mais elle jugea à propos de ne le point divulguer au dehors, persuadée que, dans la mauvaise disposition où les esprits étoient alors contre leur maison, elles dévoient éviter sur toutes choses de faire parler le monde. En effet, le silence est si grand dans ce monastère, que, plus de six jours après ce miracle, il y avoit des sœurs qui n'en avoient point entendu parler. Mais Dieu, qui ne vouloit pas qu'il demeurât caché, permit qu'au bout de trois ou quatre jours, Dalencé, l'un des trois chirurgiens qui avoient fait la consultation que j'ai dite, vînt dans la maison pour une autre malade. Après sa visite il demanda aussi à voir la petite fille «pii avoit la fistule. On la lui amena; mais ne la reconnoissant point, il répéta encore une fois qu'il demandoit la petite fille qui avoit une fistule. On lui dit tout simplement que c'étoit celle qu'il voyoit devant lui. Dalencé fut étonné, regarda la religieuse qui lui parloit, et s'alla imaginer qu'on avoit fait venir quelque charlatan qui. avec un palliatif, avoit suspendu le mal. Il exanfina donc sa malade avec une attention extraordinaire, lui pressa plusieurs
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fois l'œil pour en faire sortir de la iiialière, lui regarda dans le nez et dans le palais, et enfin, tout hors de lui, demanda ce que cela vouloit dire. On lui avoua ingénument comme la chose s'étoit passée; et lui, courut aussitôt, tout transporté, chez ses deux confrères, Guiilard et Cressé. Les ayant ramenés avec lui, ils furent tous trois saisis d'un égal étonneinent ; et après avoir confessé que Dieu seul avoit pu faire une guérison si subite et si parfaite, ils allèrent remplir tout Paris de la réputation de ce miracle. Bienlôt M. de la Potterie, à qui on avoit rendu sa relique, se vit accablé d'une foule de gens qui venoient lui demander à la voir. Mais il en fit présent aux religieuses de Port-Royal, croyant qu'elle ne pouvoit pas être mieux révérée que dans la même église où Dieu avoit fait par elle un si grand miracle. Ce fut donc pendant plusieurs jours un Ilot continuel de peuple qui abordoit dans cette église, et qui venoit pour y adorer et pour y baiser la sainte épine : et on ne parloit d'autre chose dans Paris. Le bruit de ce miracle étant venu à Gompiègne, où étoit alors la cour, la reine-mère se trouva fort embarrassée : elle avoit peine à croire que Dieu eût si particulièrement favorisé une maison qu'on lui dépeignoit depuis si longtemps comme infectée d'hérésie, et que ce miracle, dont on faisoil tant de récit, eût même été opéré en la personne d'une des pensionnaires de cette maison, comme si Dieu eût voulu approuver par là l'éducation que l'on y donnoit à la jeunesse. Elle ne s'en fia ni aux lettres que plusieurs personnes de piété lui en écrivoient, ni au bruit public, ni même aux attestations des chirurgiens de Paris : elle y envoya M. Félix, premier chirurgien du roi', estime
1. Charles-François Félix, seigneur de Stains, père de celui qui fit à Louis XIV l'opération de la fistule, en 1C8G.
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généralement pour sa grande habileté dans son art, et pour sa probité singulière; et le chargea de lui rendre un compte fidèle de tout ce qui lui paroUroit de ce miracle. M. Félix s'acquitta de sa commission avec une fort grande exactitude : il interrogea les religieuses et les chirurgiens, se fit raconter la naissance, le progrès et la fin de la maladie, examina attentivement la pensionnaire, et enfin déclara que la nature ni les remèdes n'avoient eu aucune part à cette guérison, et qu'elle ne pouvoit être que l'ouvrage de Dieu seul.
Les grands-\icaires de Paris, excités par la \oi\ publique, furent obligés d'en faire aussi une exacte information. Après avoir rassemblé les certificats d'un grand nombre des plus habiles chirurgiens et de i)lusieurs médecins, du nombre desquels éloit Al. Bouvard, premier médecin du roi', et pris l'avis des plus considérables docteurs de Sorbonne, ils donnèrent une sentence qu'ils firent publier, par laquelle ils certifioient la vérité du miracle, exhortoient les peuples à en rendre à Dieu des actions de grâces, et ordoinioient qu'à l'avenir tous les vendredis la relique de la sainte épine seroit exposée dans l'église de Port-Royal à la vénération des fidèles. En exécution de cette sentence, M. de Ilodenck, grand-vicaire, célébra la messe dans l'église avec beaucoup de solennité, et donna à baiser la sainte relique à toute la foule (jui y l'ioit accourue.
Pendant que l'Eglise rendoit à Dieu ses actions de grâces, et se réjouissoit du grand avantage que ce miracle lui donnoil sur les athi'cs et sur les lu'rétiques, les ennemis de Port-Royal, bien loin de partici[)er à cette joie,
1. Cliarli's-Miclifl Bouvard, seigneur de Fourtiueux, i qui l'on doit l'établissement du Jardin des l'iantes.
demeuroient tristes et confondus, selon l'expression du psaume. Il n'y eut point d'efforts qu'ils ne fissent pour détruire dans le public la créance de ce miracle. Tantôt ilsaccusoient les reli;};ieuses de fourberie, prétendant qu'au lieu de la pelile Pcrricr elles moniroicnl une sœur qu'elle avoit, et (pii étoit aussi pensionnaire dans cette maison; tantôt ils assuroient que ce n'avoit été qu'une guérison imparfaite, et que le mal étoit revenu plus violent que jamais; tantôt f[ue la fiiixiou étoit tombée sur les parties nobles, et que la petite fdle en étoit à l'extrémité. Je ne sais point positivement si M. Félix eut ordre de la cour de s'informer de ce qui en étoit; mais il paroît, par une seconde attestation signée de sa main, (ju'il retourna encore à Port-Royal, et qu'il certifia de nouveau et la vérité du miracle, et la parfaite sant('' où il avoit trouvé cette jeune demoiselle.
Enfin il parut un écrit, et personne ne douta que ce ne fût du ])ère Amiat, avec ce titre ridicule : Le Rabatjoie des jansénistes, ou Observatiaiis snr le miracle qu'on dit être arrieé à Porl-lloyal, composé par un docteur de l'Église catholique. L'auteur faisoit judicieusement d'avertir qu'il étoit catholique, n'y ayant personne à qui, à la seule inspection de ce titre, et plus encore à la lecture du livre, ne l'eût pris pour un protestant très envenimé contre l'Église. Il avoit assez de peine à convenir de la vérité du miracle ; mais enfin, voulant bien le supposer vrai, ilen tiroit la conséquence du monde la plus étrange, savoir, que Dieu voyant les religieuses infectées de l'hérésie des cinq propositions, il avoit opéré ce miracle dans leur maison pour leur prouver que Jésus-Christ étoit mort pour tous les hommes; il faisoit là-dessus un grand nombre de raisonnements, tous plus extravagants les uns que les autres,
par où il ôtoit à la véritable religion l'une de ses plus grandes preuves, qui est celle des mii'acles. Pour conclusion, il exhorloit les fidèles à se bien donner de garde d'aller invoquer Dieu dans l'église de Port-Royal, de peur qu'en y cherchant la santé du corps, ils n'y trouvassent la perte de leurs âmes.
Mais il ne parut pas que ces exhortations eussent fait une grande impression sur le public. La foule croissoit de jour en jour à Port-Royal; et Dieu même sembloit prendre plaisir à autoriser la dévotion des peuples, par la quantité de nouveaux miracles qui se firent en cette église. Nonseulement tout Paris avoit recours à la sainte épine et aux prières des religieuses, mais de tous les endroits du royaume on leur demandoit des linges qui eussent touché à cette relique; et ces linges, à ce qu'on raconte, opéroient plusieurs guérisons miraculeuses.
Vraisemblablement la piété de la reine-mère fut touchée de la protection visible de Dieu sur ces religieuses. Cette sage princesse commença à juger plus favorablement de leur innocence. On ne parla plus de leur ôter leurs novices ni leurs pensionnaires, et on leur laissa la liberté d'en recevoir tout autant qu'elles voudroient. M. Arnauld même recommença à se montrer, ou, pour mieux dire, s'alla replonger dans son désert avec M. d'Andilly son frère, ses deux neveux', et M. Nicole, qui depuis deux ans ne le quittoit plus, et qui étoit devenu le compagnon inséparable de ses travaux. Les autres solitaires y revinrent aussi j)ou à peu, et y recommencèrent leurs mêmes exercices de pénitence.
On songeoit si peu alors à inquiéter les religieuses de
i. Antoine Le Jluistre et Le Maistre de Sacy.
Port-Royal, que le cartliiial di' Retz leur ayant accorde un autre supérieur eu la place de M. du Saussay, qu'il avoit destitué de tout emploi dans le diocèse de Paris, on ne leur (it aucune peine là-dessus, ([uoique M. Singlin', qui étoitce nouveau supi'rieur, ne lût pas fort au goût de la cour, où les jésuites avoient pris un fort grand soin de le décrier. Il y avoit déjà plusieurs années qu'il étoit confesseur de la maison de Paris; et ses sermons y attiroient quantité de monde, bien moins par la politesse de langage que par les grandes et solides vérités qu'il préchoit. On les a depuis donnés au public sous le nom d'inslntrlions chrctienncs • et ce n'est pas un des livres les moins édifiants qui soient sortis de Port-Royal. Mais le talent où il excelloit le plus, c'étoil dans la conduite des âmes : son bon sens, joint à une piété et à une charité extraordinaires, imprimoient un tel respect, que, bien qu'il n'eût pas la même étendue de génie et de science que M. Arnauld, non-seulement les religieuses, mais M. Arnauld lui-même, M. Pascal, M. Le Maistre, et tous ces autres esprits si sublimes, avoient pour lui une docilité d'enfant, et se conduisoient en toutes choses par ses avis.
Dieu s'étoit servi de lui povn' convertir et attirer à la piété plusieurs personnes de la première qualité, et comme il les conduisoit par des voies très-opposées à celles du siècle, il ne tarda guère à être accusé de maximes outrées sur la pénitence. A[. de Gundy. (pii s'éîoit d'abord laissé surprendre à ses ennemis, lui avoit interdit la chaire (en 16/i9); mais, ayant bientôt recomui son innocence, il le
1. Antoine Singlin, fils d'un marcliand de vin de Paris. Il savait peu de latin et de tlicoloiiic, n'ayant commencé ses études qu'à vingt-deux ans. La piété et le grand sens dont il était doué lui tinrent heu de savoir. Il fut très-persécuté et mourut en 1664, caché dans la maison de madame Vitart, tante de Racine, où il s'était retiré pour se soustraire à la Bastille.
74 ABRÉGÉ DE L'HISTOIHt:
rétablit trois mois après, et vint lui-même grossir la foule de ses auditeurs. Il vécut toujours dans une pauvreté évangélique, jusque-là qu'après sa mort on ne lui trouva pas de quoi faire les frais pour l'enterrer, et qu'il fallut que les religieuses assistassent de leurs charités quelquesuns de ses plus proches parents qui étoient aussi pau\Tes que lui. Les jésuites néanmoins passèrent jusqu'à cet excès de fureur, que de lui reprocher dans plusieurs libelles de s'être enrichi aux dépens de ses pénitents, et de s'être approprié plus de huit cent mille francs sur les grandes restitutions qu"il avoit fait faire à quelquesuns d'entre eux; et il n'y a pas eu plus de réparation des outrages faits au confesseur, que des faussetés avancées contre les religieuses. Le cardinal de Retz ne pouvoit (loue faire à ces filles un meilleur présent que de leur donner un supérieur de ce mérite, ni mieux marquer qu'il avoit hérité de toute la bonne volonté de sou pnVlécesseur'.
Comme c'est cette bonne volonté dont on a fait le plus grand crime aux prétendus jansénistes, il est bon de dire ici jusqu'à quel point a été leur liaison avec ce cardinal. On ne prétend point le justifier de tous les défauts qu'une violente ambition entraîne d'ordinaire avec elle ; mais tout le monde convient qu'il avoit de très-excellentes qualités, entre autres une considération singulière pour les gens de mérite, et un fort grand désir de les avoir pom- amis : il regardoit M. Arnauld comme un des premiers théologiens de son siècle, étant lui-inème un théologien fort habile; il lui a conservé jusqu'à la mort cette estime qu'il avoit conçue pour lui dès qu'ils étoient en-
l. Le cardinal de Retz avait succédé à son oncle Jean-François de Gondy, premier arclievOque de Paris, mort en 1054.
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semble sur les bancs; jusque-là (juaprùs son retour eu France, il a mieux aimé se laisser rayer du nombre des (loclriu's (le la Faculle, que (le souscrire à la censure dont nous venons de parler, el (|ui lui [)arut toujours l'ouvrage d'une cabale.
La vi-rité est poimanl (pie, tandis ([u'il fut coadjuteur, c'est-à-dire dans le temps qu'il éioit à la tête de la Fronde, messieurs de Port-Royal eurent très-peu de commerce avec lui, et qu'il ne s'amusoit gu(n'e alors à leur conmiuniquer ni les secrets de sa conscience, ni les ressorts desapolitique. Ft connnent les leur auroit-il pu communiquer? Il n'ignoroit pas, et personne dès lors ne l'ignoroil, que c'étoit la doctrine de Port-Royal, qu'un sujet, pour quelque occasion que ce soit, ne peut se révolter en conscience contre son légitime prince; cjue, quand même il en seroit injustement opprimé, il doit souffrir l'oppression, et n'en demander justice qu'à Dieu, qui seul a droit de faire rendre compte aux rois de leurs actions. C'est ce qui a toujours été enseigné à Port-Royal, et c'est ce que M. Arnauld a fortement maintenu dans ses livres, et |)articulièreinent dans son Apohxjic pour les catholiques^ où il a traité la (juestion à fond. Mais nonseulement messieurs de Port-Royal ont soutenu cette doctrine, ils l'ont pratiquée à la rigueur. C'est une chose connue d'une inlinité de gens, (jue, pendant les guerres de Paris, lorsque les plus fameux directeurs de conscience donuoient indifférennnent l'absolution à tous les gens en-
1. Cet ouvrage est un de ceux qui font le plus d'honneur au talent d' Arnauld, mais il en fait surtout à son inie. Tout esprit de parti y cède au besoin de vcn,i;er l'innocence. Huit jésuites avaient péri sur l'échafaud, comme complices de la conspiration papiste en Angleterre ; les autres jésuites étaient persécutés : Arnauld prend la plume pour les défendre, et jamais il n'avait déployé plus d'énergie et d'éloquence.
gagés dans les deux partis, les ecclésiastiques de Port- Royal tinrent toujours ferme à la refuser à ceux qui étoient dans le parti contraire à celui du roi. On sait les rudes pénitences qu'ils ont imposées et au prince de Conti et à la duchesse de Longueville, pour avoir eu part aux troubles dont nous parlons, et les sommes immenses qu'il en a coûté à ce prince pour réparer, autant qu'il étoit possible, les désordres dont il avoit pu être cause pendant ces malheureux temps. Les jésuites ont eu peutêtre plus d'une occasion de procurer à l'Église de pareils exemples; mais, ou ils n'étoient pas persuadés des mêmes maximes qu'on suivoit là-dessus à Port-Royal, ou ils n'ont pas eu la même vigueur pour les faire pratiquer.
Quelle apparence donc que le cardinal de Retz ait pu faire entrer dans une faction contre le roi des gens remplis de ces maximes, et prévenus de ce grand principe de saint Paul et de saint Augustin, qu'il n'est pas permis de faire même un petit mal, afin qu'il en arrive un grand bien? On veut pourtant bien avouer que lorsqu'il lui archevêque, api-ès la mort de son oncle, les religieuses de Port-Royal le reconnurent pour leur légitime pasteur, et firent des prières pour sa délivTance. Elles s'adressèrent aussi à lui pour les afl'aires spirituelles de leur monastère, du moment qu'elles surent qu'il étoit en liberté. On ne nie pas même qu'ayant su l'extrême nécessité où il étoit après qu'il eut disparu de Rome, elles et leurs amis ne lui aient prêté quelque argent pour subsister, ne s'imaginant pas qu'il fût défendu, ni à des ecclésiastiques, ni à des religieuses, d'empêcher leur archevêque de mourir de faim. C'est de là aussi que leurs ennemis prirent occasion de les noircir dans l'esprit du fanlin;il Maz.uin, en per-
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suadant ;i ce ministre qu'il n'a\()it point de plus grands ennemis que les jansénistes; (jue le cardinal de Retz n'étoit parti de Rome que pour se venir jeter entre leurs bras; qu'il étoit même caché à Port-Royal; que c'étoit là que se faisoient ions les manifestes ([u'on puhlioil pour sa défense; qu'ils lui avoient déjà fait trouver tout l'argent nécessaire pour une guerre ci\ile, et qu'il ne désespéroit pas, par leur moyen, de se rétablir à force ouverte dans son siège. On a bien vu dans la suite l'impertinence de ces calomnies; mais pour en faire mieux voir le ridicule, il est bon d'expliquer ici ce que c'étoit que M. Arnauld, qu'on faisoit l'auteur et le chef de toute la cabale.
Tout le monde sait que c'étoit un génie admirable pour les lettres, et sans bornes dans l'étendue de ses connoissances; mais tout le monde ne sait pas (ce qui est pourtant très-véritable) que cet homme si merveilleux étoit aussi l'homme le plus simple, le plus incapable de finesse et de dissimulation , et le moins propre, en un mot, à former ni à conduire un parti; qu'il n'avoit en vue que la vérité, et qu'il ne gardoit sur cela aucunes mesures, prêt à contredire ses amis lorsqu'ils avoient tort, et à défendre ses ennemis, s'il lui paroissoit qu'ils eussent raison ; qu'au reste, jamais théologien n'eut des opinions si saines et si pures sur la soumission qu'on doit aux rois et aux puissances; que non-seulement il étoit persuadé, comme nous l'avons déjà dit, rpTun sujet, pour quelque occasion que ce soit, ne peut point s'élever contre son prince, mais qu'il ne croyoit pas même que dans la persécution il pût murmurer.
Toute la conduite de sa vie a bien fait voir qu'il étoit dans ces sentiments. En effet, pendant plus de quarante ans qu'on a abusé, pour le perdre, du nom et de l'auto-
rité du roi, a-t-il manqué une occasion de faire éclater et son amour pour sa personne, et son admiration pour les grandes qualités qu'il reconnoissoit en lui? Obligé de se retirer dans les pays étrangers pour se soustraire à la haine implacable de ses ennemis, à peine y fut-il arrivé, qu'il publia son Apologie pour les eatholiqiies: et l'on sait qu'une partie de ce livre est employée à justifier la conduite du roi à l'égard des huguenots, et à justifier les jésuites mémos. M. le marquis de Grana, ayant su qu'il étoit caché dans Bruxelles, le fit assurer de sa protection; mais il témoigna en même temps un fort grand désir de voir ce docteur, dont la réputation avoit rempli toute l'Europe. .M. Arnauld ne refusa point sa protection; mais il le fit prier de le laisser dans son obscurité, et de ne pas l'obliger à voir un gouverneur des Pays-IJas espagnols, pendant que l'Espagne étoit en guerre avec la France : et M. de Grana fut assez galant homme pour approuver la délicatcs-se de son scrupule.
Lorsque le prince d'Orange se fut rendu maître de l'Angleterre, les jésuites, qu'on regardoit partout comme les principales causes des malheurs du roi Jacques, ne furent pas, à ce qu'on prétend, les derniers à vouloir se rendre favorable le nouveau roi. Mais M. Arnauld, qui avoit tant d'intérêt à ne pas s'attirer son indignation, ne put retenir son zèle : il prit la plume, et écrivit avec tant de force' pour défendre les droits du roi Jacques, et pour exhorter tous les princes catholiques à imiter la générosité avec laquelle le roi l'avoit recueilli en France, que le prince d'Orange exigea de tous ses alliés, et surtout des
1. D»n« tin 6crit avïnt pour titre : Le rentable portrait de Guillaume JIrnTi de S'attau, nourel Abtalon, nouvel llerode, nouveau Cromwell, nouveau Afrc./]. l«t<9.
DE rORÏ-ROYAL. 79
Espagnols, de chasser ce docteur de toutes les terres de leur domination. Ce fut alors qu'il se trouva dans la plus grande extrémité où il se fût trouvé de sa vie, la France lui étant fermée par les jésuites, et tous les autres pays par les ennemis de la France.
On a su de quelques amis, qui ne le quittèrent point dans cette extrémité, qu'un de leurs plus grands embarras étoit d'empêcher que. dans lous les lieux où il cherchoit à se cacher, son trop grand zèle pour le roi ne le fît découvrir : il étoit si persuadé que ce prince ne pouvoit manquer dans la conduite de ses entreprises, que sur cela il entreprenoit tout le monde: jusque-là que, sur la fin de ses jours, étant sujet à tomber dans un assoupissement que l'on cro\ oit dangereux pour sa vie, ces mêmes amis ne savoient point de meilleur moyen pour l'en tirer que de lui crier, ou que les François avoient été battus, ou que le roi avoit levé le siège de quelque place: et il reprenoit toute sa vivacité naturelle pour disputer contre eux, et leur soutenir que la nouvelle ne pouvoit pas être vraie. Il n'y a qu'à Ih'e son testament, où il déclare à Dieu le fond de son cœur : on y verra avec quelle tendresse, bien loin d'imputer au roi toutes les traverses que lui ou ses amis ont essuyées, il plaide, pour ainsi dire, devant Dieu, la cause de ce prince, et justifie la pureté de ses intentions.
Oserai-je parler ici des épreuves extraordinaires où l'on a mis son amour inébranlable pour la vérité? De grands cardinaux, très-instruits des intentions de la cour de Rome, n'ont point caché qu'il n'a tenu qu'à lui d'être revêtu de la pompre de cardinal, et que,' pour parvenir à une dignité qui auroit si glorieusement lavé tous les reproches d'hérésie que ses ennemis lui ont osé faire, il ne
lui en auroil coûté que d'écrire contre les propositions du clergé de France' touchant l'autorité du pape. Bien loin d'accepter ces oITres, il écrivit nu'nie contre un docteur flamand qui avoit traité d'hérétiques ces propositions. Un des ministres du roi, qui lut cet écrit, charmé de la force de ses raisonnements, proposa de le faire imprimer au Louvre; mais la jalousie des ennemis de M. Arnauld l'emporta et sur la fidélité du ministre et sur l'intérêt du roi même. Voilà quel étoit cet homme qu'on a toujours dépeint comme si dangereux pour l'Etat, et contre lequel les jésuites, peu de temps avant sa mort, firent imprimer un livre avec cet infâme titre : Antoine Arnauld, ftKjitif pour se dérober à la justice du roi.
Je ne saurois mieux finir cette longue digression que par les propres paroles que le cardinal de Retz dit à quelques-uns de ses plus intimes amis, qui, en lui parlant de ses aventures passées, lui demandoient si en eflet, en ces temps-là, il avoit reçu quelques secours de la cabale des jansénistes. «Je me connois, leur répondit-il, en cabale, et, pour jnon malheur, je ne m'en suis que trop mêlé. J'avois autrefois quelque habitude avec les gens dont vous parlez, et je voulus les sonder potu' voir si je les pourrois mettre à quelque usage; mais, vous pouvez vous en fier à ma parole, je ne \is jamais de gens qui, par inclination et par incapacité, fussent plus éloignés de tout ce qui s'appelle cabale. » Ce même cardinal leur. avoua aussi qu'il avoit auprès de lui, pendant sa disgrâce, deux théologiens réputés jansénistes, qui ne purent jaipais souffrir que, dans l'extrême besoin oii il étoit, il prît de l'argent que les Espagnols lui faisoient offrir, et qu'il se vit par là obligé
1. Les quatre articles de 1682, bases des libert(!s de l'Église gallicane.
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à en emprunter de ses amis. Quelques-uns de ceux ;i qui il tint ce discours \iv('u( encore, et ils sont dans un telle réputation de probité, que je suis bien sûr qu'on ne récuseroit pas leur témoignage.
Mais pour reprendre le fil de notre narration, le miracle de la sainte épine ne fut pas la seule mortification qu'eurent alors les jésuites; car ce fut dans ce temps-là même que parurent les fameuses Leltres provinciales^ , c'est-à-dire l'ouvrage qui a le plus contribué à les décrier. M. Pascal, auteur de ces Letti-es, avoit fait les trois premières pendant qu'on examinoit en Sorbonne la lettre de AI. Arnauld. Il y avoit expliqué les questions sur la grâce avec tant d'art et de netteté, qu'il les avoit rendues non-seulement intelligibles, mais agréables à tout le monde. M. Arnauld y étoit pleinement justifié de l'erreur dont on l'accusoit; et les ennemis même de Port- Royal avouoient que jamais ouvrage n'avoil été composé avec plus d'esprit et de justesse. M. Pascal se crut donc obligé d'employer ce même esprit à combattre un des plus grands abus qui se soient jamais glissés dans l'Église, c'est à savoir la morale relâchée de quantité de casuistes, et dont les jésuites faisoient le plus grand nombre, qui, sous prétexte d'éclaircir les cas de conscience, avoient avancé dans leurs livres une multitude infinie de maximes abominables qui tendoient à ruiner toute la morale de Jésus-Christ.
On avoit déjà fait plusieurs écrits contre ces maximes, et l'Université avoit présenté plusieurs requêtes au Parlement, pour intéresser la puissance séculière à réprimer l'audace de ces nouveaux docteurs. Cela n'avoit pas
1. Les premières parurent en 1656, par feuilles détachées in-4''. VI. 6
néanmoins produit un fort grand eiïet : car ces écrits, quoique irès-solides, étant fort secs, n'avoient été lus que par très-peu de personnes. On les avoit regardés comme des traités de scolastique, dont il falloit laisser la connoissance aux théologiens; et les jésuites, par leur crédit, avoient empêché toutes les requêtes d'être répondues. Mais M. Pascal venant à traiter cette matière avec sa vivacité merveilleuse, cet heureux agrément que Dieu lui avoit donné fit un éclat prodigieux, et rendit bientôt ces misérables casuistes l'horreur et la risée de tous les honnêtes gens.
On peut juger de la consternation où ces lettres jetèrent les jésuites, par l'aveu sincère qu'ils en font eux-mêmes : ils confessent, dans une de leurs réponses, que les exils, les emprisonnements, et tous les plus affreux supplices, n'approchent point de la douleur qu'ils eurent de se voir moqués et abandonnés de tout le monde ; en quoi ils font connoître tout ensemble, et combien ils craignent d'être méprisés des hommes, et combien ils sont attachés à soutenir leurs méchants auteurs. En effet, pour regagner cette estime du public, à laquelle ils sont si sensibles, ils n'avoient qu'à désavouer de bonne foi ces mêmes auteurs, et à remercier l'auteur des Lettres de l'ignominie salutaire qu'il leur avoit procurée. Bien loin de cela, il n'y a point d'invectives à quoi ils ne s'emportassent contre sa personne quoiqu'elle leur fût alors entièrement inconnue. Le P. Annat disoit que, pour toute réponse à ses quinze premières lettres, il n'y avoit qu'à lui dire quinze fois qu'il étoit un janséniste; et l'on sait ce que veut dire un janséniste au langage des jésuites. Ils voulurent même l'accuser de mauvaise foi dans la citation des passages de leurs casuistes; mais il
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les réduisit au silem^e par ses réponses. D'ailleurs il n'y avoit qu'à lire leurs livres pour être convaincu de son exacte fidélité ; et, malheureusement pour eux, beaucoup de gens eurent alors la curiosité de les lire : jusijue-là que, pour satisfaire l'empressement du ])ublic, il se fit une nouvelle édition de la Théologie morale d'Escobar, laquelle est conuue le précis de toutes les abominations des casuistes; et cette édition l'ut débitée avec une rapidité étonnante.
Dans ce temps-là même il arriva une chose qui acheva de mettre la vérité dans tout son jour. Un des principaux curés de Rouen, qui avoit lu les Petites Lettres, fit, en présence de son archevêque, en un synode de plus de huit cents curés, un discovu's fort pathéti(|ue sur la corruption qui s'éloit depuis peu introduite dans la morale. Quoique les jésuites n'eussent point été nommés dans ce discours, le P. Brisacier, qui étoit alors recteur du collège des jésuites à Piouen, n'en eut pas plutôt avis, que sa bile se réchaufîa. Il prit la plume et fit un libelle en forme de requête, où il déchiroit ce vertueux ecclésiastique avec la même fureur qu'il avoit déchiré les religieuses de Port-Royal.
Les autres curés, touchés du traitement indigne qu'on faisoit à leur confrère, curent soin, avant toutes choses, de s'instruire à fond du sujet de leur querelle. Ils prirent, d'un côté, les Lettres provinciales, et, de l'autre, les livres des casuistes; résolus de poursuivre, ou la condamnation de ces Lettres si les casuistes y étoient cités à faux, ou la condamnation des casuistes si ces citations étoient véritables. Ils y trouvèrent non-seulement tous les passages qui étoient rapportés, mais encore un grand nombre de beaucoup plus horribles, que M. Pascal avoit
fait scrupule de citer. Ils dressèrent un extrait de tous ces passages, et le présentèrent avec une requête à M. de Ilarlay, alors leur archevêque, qui a été depuis archevêque de Paris. Mais lui, jugeant que cette affaire regardoit toute l'Église, les renvoya à l'assemblée générale du clergé, et y députa même un de ses grandsvicaires, avec ordre d'y présenter et l'extrait et la requête.
Les curés de Rouen écrivirent aussitôt à ceux de Paris, pour les prier de les aider de leurs lumières et de leur crédit, et même de se joindre à eux dans une cause qui étoit, disoient-ils, la cause de l'Evangile. Les curés de Paris n'avoient pas attendu celte lettre pour s'élever contre la morale des nouveaux casuistes. Ils s'étoient déjà assemblés plusieurs fois sur ce sujet, tellement qu'ils n'eurent pas de peine à se joindre avec leurs confrères. Ils dressèrent aussi de leur côté un extrait de plus de quarante propositions de ces casuistes, et le présentèrent à l'assemblée du clergé pour en demander la condanmation, en même temps que la requête des curés de Rouen y fut présentée.
Comme c'est principalement aux évêques k maintenir dans l'Église la saine doctrine, tout le monde s'attendoit (jue le zèle des prélats éclateroit encore plus fortement que celui de tous ces curés. Et en effet, quelle apparence que ces mêmes évêques, qui se donnoient alors tant de mouvement pour faire condamner dans Jansénius cinq propositions équivoques qu'on doutoit qui s'y trouvassent, pussent hésiter à condamner dans les livres des casuistes un si grand nombre de propositions, toutes plus abominables les unes que les autres, qui y étoient énoncées en propres termes, et qui tendoient au renversement
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entier de la morale de Jésus-Christ? A la vérité, il paroît, par les témoignages publics de quelques prélats députés à l'assemblée dont nous parlons, qu'ils ne purent entendre sans horreur la lecture de ces propositions des casuistes, et qu'ils furent sur le point de se boucher les oreilles, comme firent les Pères du concile de Nicée, lorsqu'ils entendirent les propositions d'Arius. Mais les égards qu'on avoit pour les jésuites prévalurent sur cette horreur : l'assemblée se contenta de faire dire aux curés, par les commissaires qu'elle avoit nonunés pour exannner leur requête, qu'étant sur le point de se séparer, et l'aiïaire qu'ils lui proposoient étant d'une grande discussion, elle n'avoit plus assez de temps pour y travailler. Du reste elle ordonna aux agents du clergé de faire imprimer les instructions de saint Charles sur la Pénitence, et de les envoyer dans tous les diocèses, « afin que cet excellent ouvrage servît comme de barrière pour arrêter le cours des nouvelles opinions sur la morale. »
Quoique les jésuites n'eussent pas lieu de se plaindre de la sévérité des prélats, ils furent néanmoins très-mortifiés de la publication de ce livre, sur lequel ils n'ignoroient pas que toute la doctrine du livre de la Frcquente Conmmnion étoit fondée; mais ils se plaignirent surtout de l'abbé de Ciron', qu'ils accusèrent d'avoir composé la lettre circulaire des évêques qui accompagnoit ce même livre. Kt plût à Dieu que leur animosité contre cet abbé se fût arrêtée à sa personne, et ne se fût pas étendue sur un saint établissement de filles (les filles de l'Enfance) dont il avoit dressé les constitutions, et qu'ils ont eu le crédit de faire détruire, au grand regret de la province
1. Gabriel de Ciron, chancelier de l'Église et de l'Université de Toulouse.
de Languedoc et de foute l'Eglise même, qui en recevoit auKiiit d'utilité que d'édification M
Gomme tous ces extraits des curés avoient achevé de convaincre tout le monde de la fidélité des citations de M. Pascal, les jésuites prirent un parti tout contraire à celui qu'ils avoient pris jusqu'alors. Ils entreprirent de défendre ouvertement la doctrine de leurs auteurs : c'est ce qui leur fit publier le livre de l'Apologie des casuistes, composé par le P. Pirot, ami du P. Annat, et qui enseignoit la théologie au collège de Clermont-. Comme ils n' avoient pu obtenir de privilège pour l'imprimer, on n'y voyoit ni nom d'auteur ni nom d'imprimeur; mais ils le déiiitèrent publiquement dans leur collège; ils en distribuèrent eux-mêmes plusieurs exemplaires aux amis de la Société, tant à Paris cpie dans les jjrovinces. Le P. Brisacier le fit lire en plein réfectoire dans le collège de Rouen : il avoit plus de raison qu' un autre de soutenir ce bel ouvrage, puisqu'on y renouveloit contre les religieuses de Port-Royal, et contre Iciu-s directeurs, les mêmes impostures dont il pouvoit se dire l'inventeur.
Mais sa Compagnie n'eut pas longtemps sujet de s'applaudir de la publication de ce livre: jamais ouvrage n'a excité un si grand soulévenn'nt dans l'Église de Paris. Les curés dressèrent d'abord deux requêtes, pour les présenter, l'une au Parlement, l'autre aux grands-vicaires. Le P.
1. La vérit il>le liistoiro de cette congrégation parut en 1087. Elle est intitulée : Innocence opprimée par ta calomnie; mais celle que Simon lieboulet publia en n:îiestun libelle difTamatoirc dont l'abbé de Jnliard, neveu do madame de Mondonville, fondatrice de cette congrégation, obtint du parlement de Toulouse la suppression.
2. Ce scandaleux livre parut en 1657. Les différents factums publiés en 1058, au nom des curés do Paris, contre cette Apoloijie des casuistes, sont attribués à Pascal, Arnauld et Nicole.
DE l'OKT-UOVAL. £7
Aiiiial. |iimr parer ce r(iii|). ohiiiii qu'ils l'iisseiit mandés au Liui\i>', pour rendre raiseu de leur (■(induite. Mais cela ne fit que liàlei' la enndanuialion (\o cei e\;i'(ral)l(> livre. En effet, le cardinal Mazarin ayant denuuuK' an\ curt's, en pn'sence du roi et des principaux ministres de son conseil, pourquoi ils vouloient s'adresser an Parlement au sujet d'un livre de théologie, ils i-i'pondireni avec une femieté respectueuse, qu'il ne s'agissoit point dans ce livre de simples questions de théologie , mais que la doctrine qu'il contenoit ne tendoit pas moins ([u'à autoriser les jjlus grands ciinies, tels que le vol, l'usure, le duel, l'adultère et rhomicide; et que la sûreté des sujets du roi, et celle de sa Majesté même, étant intéressée à sa condamnation, ils s'étoient crus en droit de porter leurs plaintes aux mêmes tribunaux qui avoient autrefois condamné les Santarel, les Mariana, et les autres dangereux auteurs de cette même société. On n'eut pas la moindre réponse à leur faire. Le chancelier, qui étoit présent, déclara qu'il avoit refusé le privilège de ce livre. Enrni le roi, après avoir exigé des curés qu'ils se contenteroient de s'adresser aux juges ecclésiastiques, leur jiromit d'envoyer ses ordres en Sorlionne, pour y examiner l'Apologie. Le roi tint parole, et toutes les brigues des jésuites et des docteurs de leur parti ne purent empêcher que la Faculté ne fit une censure, et que cette censure ne fût publiée. Les grandsvicaires de Paris en publièrent aussi une de leur côté; et, presque en même temps, plus de trente archevêques et évêques, quelques-uns même de ceux (|ue les jésuites croyoient le plus dans leur dé|)endance, foudroyèrent à l'envi et l'Apologie et la méchante morale des casuistes. Les jésuites perdoient patience pendant ce soulèvement si universel: mais ils ne purent jamais se résoudre
88 ABKÉGI' DE L'HlSTOIhE
à désavouer l'Apologie. Le P. Annat fit plusieurs écrits contre les curés, et il les traita avec la même hauteur que les jésuites traitent ordinairement leurs adversaires. Mais ceux-ci le réfutèrent courageusement, et le couvrirent de confusion sur tous les points dont on les vouloit accuser. D'autres jésuites s'attaifuèrent aux évêques mêmes, et écrivirent contre leurs censures ; ils publioient hautement que ce n'étoit point aux évêques à prononcer sur de telles matières, et que c'étoient des causes majeures qui dévoient être renvoyées à Rome, comme on y avoit renvoyé les cinq propositions. Ils furent fort mortifiés, lorsqu'au bout de six mois ils virent leur livre condamné par un décret de l'inquisition; ils trouvoient néanmoins encore des raisons de se flatter, disant que l'inquisition n'avoit supprimé l'Apologie f|ue pour des considérations de police. Enfin le pape Alexandre VII, auprès duijuel ils avoient toujours été en si grande faveur, frappa d'anathème quarante-cinq propositions de leurs casuites; quelques années après il condamna encore le livre d'un P. Moya, jésuite espagnol, qui, sous le nom d'Amadfeus Guimeneus, enseignoit la même doctrine ([ue l'Apologie, et censura de même le fameux Caramuel, grand défenseur de toutes les méchantes maximes des casuistes.' Pour achever de purger l'Église de cette pernicieuse doctrine, le pape Innocent XI, en l'année 1679, fit un décret- où il condamnoit à la fois soixante-cinq propositions aussi tirées des casuistes, avec excommunication encourue ipso facto par ceux qui, directement ou indirectement, auront la hardiesse de les soutenir.
1. Jean Caramuel, évéque de Vigevano, auteur du livre iutituli' r/ieo/oj/ia {wulamentalis, imprimé en 1652, où est exposée la doctrine du iirubabiUsme.