Le 21 août IGCÎ
leur désobéissance, il lira de sa poche et lut tout haut une liste des douze principales religieuses, au nombre desquelles étoit l'abbesse, qu'il avoit résolu de disperser en dilTérentes maisons. Il leur commanda de sortir sur-lechamp de leur monastère, et d'entrer dans les carrosses qui les attendoient pour les mener dans les couvents où elles dévoient être renfermées. Ces douze victimes obéirent sans qu'il leur échappât la moindre plainte, et firent seulement leurs protestations contre la violence qui les arrachoit de leur couvent ; et tout le reste de la communauté fit les mêmes protestations. Il n'y a point de termes qui puissent exprimer l'extrême douleur de celles qui demeuroient : les unes se jetoient aux pieds de l'archevêque, les autres se jetoient au cou de leurs mères, et toutes ensemble citoient ^I. l'archevêque au tribunal du souverain juge, puisque tous les autres tribunaux leur étoient fermés. Elles s'attendrissoient surtout à la vue de la mère Agnès de Saint-l'aul. qu'on enlevoit ainsi à l'âge de soixante-treize ans, accablée d'infirmités et qui avoit eu tout nouvellement trois attaques d'apoplexie'. Tout ce qu'il y avoit là de gens qui étoient venus avec l'archevêque ne pouvoient eux-mêmes retenir leurs larmes. Mais l'objet, à mon avis, le plus digne de compassion, c'étoit l'archevêque lui-même, qui, sans avoir aucun sujet de mécontentement contre ces filles, et seulement pour contenter la passion d'aulrni. faisoit en cette occasion un personnage si peu honorable pour lui, et même si opposé à sa bonté naturelle.
t. Elle mourut !« lil février 1071. Quand elle demanda au lieutenant civil (d'Aubray) ce qui pouvait molivcr des ordres si violents, le magistrat lui répondit par cette ironie froide et cruelle : Tous les saints, ma mère, ont été persécutés: ne vnulez-vous pas bien i'étre aussi comme eux? (Nécrologe de Port-Royal, p, 88.)
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Quelques-uns de ces ecclésiastiques le sentirent, et ne purent même s'en taire à des religieuses qu'ils voyoient fondre en larmes auprès d'eux. Pour lui, il rloil, au milieu de cette troupe de religieuses eu larmes, comme un homme entièrement hors de lui; il ne pouvoit se tenir en place et se promenoit à grands pas, caressant hors de jiropos les unes, rudoyant les autres sans sujet, et de la plus grande tlouceur j)assanl tout d'un coup au plusxioliMit emportemenl. \u milieu de tout ce trouble, il arriva une chose qui fit bien voir l'amour que ces fdles avoient pour la régularité. Klles entendirent sonner noue, et, en un instant, comme si leur maison eût été dans le plus grand calme, elles disparurent toutes du chapitre, et allèrent à l'église, où elles prirent chacune leur place, et chantèrent l'office à leur ordinaire.
Au sortir de noue, elles furent fort surprises de voir entrer dans leur monastère six religieuses de la Visitation, que M. l'archevêque avoit fait venir pour remettre entre leurs mains la conduite de l'ort-Royal. La principale d'entre elles étoit une mère Eugénie', qui, étant une des plus anciennes de son ordre, avoit été témoin d(' l'étroite liaison qu'il y avoit eu entre la mère Angélique et la mère de Chantai. Mais les jésuites, à la direction de qui cette mère Eugénie s'étoit depuis abandomiée, avoient pris grand soin d'efifacer de son esprit toutes ces idées, et lui avoient inspiré, et à tout son couvent, qm étoit celui de la rue Saint-Antoine, autant d'éloignement pour Port- Royal que leur saint fondateur et leur bienheureuse mère avoient eu d'estime pour cette maison. Les religieuses de Port-Royal ne les virent pas plus tôt, qu'elles se crurent
i. Elle se nommait Louise-Eugoiiie de Fontaine.
obligées de recommencer leurs protestations, représentant que c'étoit à elles à se nommer des supérieures, et que ces religieuses, étant étrangères et d'un autre institut que le leur, n'étoient point capables de les gouverner. Mais M. l'archevêque se moqua encore de leurs protestations; ensuite il fit la visite des cloîtres et des jardins, accompagné du chevalier du guet, et de tous les autres officiers de justice qu'il avoit amenés. Comme il étoit sur le point de sortir, les religieuses se jetèrent de nouveau à ses pieds, pour le conjurer de permettre au moins qu'elles cherchassent dans la participation des sacrements la seule consolation qu'elles pouvoient trouver sur la terre; mais il leur fit réponse qu'avant toute choses il l'alluil signer, leur donnant à entendre que, jusqu'à ce qu'elles l'eussent fait, elles étoient exconnnuniées. Cependant, comme si Dieu l'eût voulu démentir par sa propre bouche, en les quiitanl, il se recommanda avec instance à leurs prières. Quoiipie les religieuses ne fussent guère eu étal d'espérer aucune justice de la part des hommes, elles se crurent néanmoins obligées, pour leur propre justification, et pour empêcher, autant qu'elles pourroient, la ruine de leur monastère, d'appeler comme d'abus de toute la procédure de M. l'archevêque. A la vérité, il n'y en eut jamais de moins régulière ni de plus insoutenable : il interdisoit les sacrements à des filles dont il reconnoissoit lui-même que la foi et les mœurs étoient très-pures; il leur enlevoit leur abbesse et leurs principales mères, introduisoit dans leur maison des religieuses étrangères; sans parler du scandale que causoit cette troupe d'archers et d'officiers séculiers doiil il se faisoii arcoiiipagner, comme s'il se fût agi de détruire quelque maison diffamée par les plus grands désordres et |)ar les plus
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énormes excès; tout cela sans aucun examen juridique, sans plainte el sans réquisition de son oflicial, et sans avoir prononcé aucune sentence; et le crime pour lequel il les trailoii si durenicnt cloil de n'axiiir |)as la créance humaine que des propositions étoient dans un livre fpi'clics n'avoient point lu et (|u'elles n'éloienl point capables de lire, et ([u'il H"a\()it \raiseml)lal)lement jamais lu lui-même. Elles dressèrent donc, dés le lendemain de l'enlèvement de leurs mères, un procès-verbal fort exact de tout ce qui s'étoit passé dans cette action; elles en avoient déjà dressé un autre de la visite où .M. l'archevêque leur avoit interdit les sacrements. Elles signèrent ensuite une ])rocurali(>ii pour ohlcnir en leur nom un relief d'appel connue d'abus. Elles l'obtinrent en eiïet, et le firent signifier à M. l'archevêque, qui fut assigné à coniparoître au Parlement. Il ne fut pas difficile à ce prélat, comme on peut penser, d'évoquer toute cette affaire au conseil, où il les fit assigner elles-mêmes. Mais comment auroient-elles pu se défendre? Il y avoit des ordres très-sévères pour leur interdire toute communication avec les personnes du dehors, et on mit jnéme à la Bastille un très-honnête homme, qui, depuis plusieurs années, prenoit soin, par pure charité, de leurs affaires temj)orelles. Ainsi il ne leur restoil d'autre parti que celui de soufi'rir et de prier Dieu, il arii\a néanmoins que, sans leur participation, quelques copies de leurs procès-verbaux tombèrent entre les mains de quelques persomies, et furent bientôt rendues publiques. Ce fut une très-sensible mortification pour M. l'archevêque : en effet, rien ne poux oit lui être plus désagréable que de voir ainsi révéler tout ce qui s'étoit passé en ces occasions. Comme il n'y eut jamais d'hounne moins maître de
lui quand il iMoit une fois en colère, et que d'ailleurs il n'avoit pas cru de\oir être beaucoup sur ses gardes en traitant avec de pauvres religieuses qui étoient à sa merci, et qu'il pouvoit, pour ainsi dire, écraser d'un seul mot, il lui étoit échappé, dans ces deux visites, beaucoup de paroles très-basses et très-peu convenables à la dignité d'un archevêque, et même très-puériles, dont il ne s'étoit pas souvenu une heure après; tellement qu'il fut fort surpris, et en même temps fort honteux de se voii', dans ces procès-verbaux, jouant, pour ainsi dire, le personnage d'une petite femmelette, pendant que les religieuses, toujours maîtresses d'elles-mêmes, lui parloient avec une force et une digiiilé toute édifiante, il lit [)artout des plaintes anières contre ces deux actes, f[u'il iraitoit de libelles pleins de mensonges, et en paria au roi avec un ressentiment qui fit contre ces filles, dans l'esprit de Sa Majesté, une profonde impression qui n'est point encore effacée. Il se flatta néanmoins qu'elles n'auroient jamais la hardiesse de lui soutenir en face les faits avancés dans ces pièces ; et il ne douta même pas qu'il ne leur en fît faire une rétractation authentique. Il les fit venir à la grille, et leur linl tous les discours (pi'il jugea les plus capables de les effrayer. Mais, ])our toute réponse, elles se jetèrent toutes à ses pieds, et, avec une fermeté accompagnée d'une humilité profonde, lui dirent rpi'il iir leur étoit pas possible de reconnoilre pour fausses des choses qu'elles avoient vues de leurs yeux et entendues de leurs oreilles. Cette réponse si peu attendue lui causa une telle émotion, qu'il lui prit un saignement de nez, ou plutôt une espèce d'hémorrhagie si grande, qu'en très-peu de temps il remplit de sang jusqu'à trois serviettes qu'on lui passa l'une sur l'autre. Les religieuses,
de leur côté, étoiciii plus mortes que vives; et même il y en eut une, nommée sœur Jeanne de la Croix, qui mourut presque subitement de l'agitation que cette all'aire lui avoit causée. Elles ne lurent pas longtemps sans recevoir de nouvelles ni;\n|urs du ressentiment de M. l'archevêque; et dès l'après-dînée du jour dont nous parlons, il fit ôter le voile aux novices qui restoient dans la maison, et les fit mettre à la porte. Il destitua toutes les officières f[ui avoieiit été nommées par l'abbesse, et mit, de son autorité, dans les charges toutes celles qui avoient commencé à se laisser gagner par M. Ghaniillard, et fit encore enlever cinq ou six religieuses qu'il croyoit les plus capables de fortifier les autres.
De toutes les adlictions qu'eurent alors les religieuses, il n'y en eut point qui leur causa un plus grand déchirement de cœur que celle de se voir abandonnées par cinq ou six de leurs sœurs, qui commencèrent, comme je viens de dire, à se séparer du reste de la communauté, et à rompre cette heureuse union que Dieu y entretenoit depuis tant d'années. Elles furentsurtout étonnées au dernier point de la défection de la sœur Flavie : cette fille, qui autrefois avoit été religieuse dans un autre couvent, avoit désiré avec une extrême ardeur d'entrer à Port-Royal, et y avoit été reçue avec une fort grande charité. Gomme elle étoit d'un esprit fort insinuant, et qu'elle téinoignoit un fort grand zèle pour la régularité, elle avoit trouvé moyen de se rendre très-considérable dans la maison; il n'y en avoit point qui parut plus op|)osée à la signature, jusque-là qu'elle ne pouvoit souifrir fpi'oii se soumit pour le droit, sans faire quelque restiiction qui marquât qu'on ne vouloit point donner alleiiitc à la grâce efficace : là-dessus elle citoit les écrits que nous avons dit que M. Pascal VI. <0
avoii faits pour combattre le sentiment de M. Arnauld, et elle citoit même de prétendues révélations, où elle assuroit que l'évêque d'Ypres lui étoit apparu. Ce zèle si immodéré, et ces révélations auxquelles on n'ajoutoit pas beaucoup de foi, commencèrent à ouvrir les yeux aux mères, qui, reconnoissant beaucoup de légèreté dans cet esprit, l'éloignèrent peu à peu de leur confiance. Ce fut pour elle une injure qui lui parut insupportable; et, voyant qu'elle n'avoit plus la même considération dans la maison, elle songea à se rendre considérable à M. Ghamillard. ^on-seulement elle prit le parti de signer, mais elle se joignit même à ce docteur et à la mère Eugénie pour leur aider à persécuter ses sœurs, dont elle se rendit l'accusatrice, donnant des mémoires contre elles, et leur reprochant, entre autres, certaines dévotions qui étoient très-innocentes dans le fond, et à la plupart desquelles elle-même avoit donné lieu. >ious verrons dans la suite l'usage que les ennemis des religieuses voului-ent faire de ces mémoires, et la confusion dont ils lurent couverts, aussi bien que la sœur Flavie*.
Revenons maintenant aux religieuses qui avoient été enlevées. Dans le moment de l'enlèvement, M. irAndilly, qui étoit dans l'église, s'approcha de la mère Agnès, qui pouvoit à peine marcher, et lui fit ses adieux. 11 vit aussi ses trois filles, les sœurs Angélique de Saint-Jean, Marie de Sainte-Thérèse, et Marie de Sainte-Claire, qui sortirent l'une après l'autre. Elles se jetèrent à ses pieds, et lui
1. Catlierinc de Sainte-Flavie Passant. Elle avait iti quinze ans maîtresse des novices. L'iiistoire de ses petites intrigues dans le couvent, et de la correspondance qu'elle entretenait avec Desmarûts de Saijit-Sorlin, le plus fougueux ennemi de Port-Royal, se trouve racontée fort au lou^ dans la (juatriéme et la cinquième Yisiunnaire do Nicole.
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(Iciiiandérent sa béiiédiitioii qu"il leur donna avec la tendresse d'un bon père et la conslance d'un chrétien plein de foi. Il les aida à monter en carrosse : l'archevêque \(iulut lui en faire un crime auprès du roi. Taccusant d'avoir \()ulu exciter une sédition; mais la reine-mère assui'a (pie M. d' \ndilly n'en étoit |)as capable. En dispersant ainsi ces religieuses, il espéroit les affoiblir, en les tenant dans une dure ca|)ti\ilé, priv('es de loul conseil et de toute connnunication.
IVndant (pt'on tourmentoit ainsi les religieuses de Pori-Royal de Paris pour la signature, on fut trois mois entiers sans rien dire à celles des Champs, quoicpi'elles eussent déclaré par divers actes qu'elles étoient dans les mêmes sentiments que leurs sœurs, et qu'elles eussent même appelé connue d'abus de tout le traitement qu'on avoit fait à leurs mères. Quelques personnes crurent que i'arciicxêcjue les ménageoit à cause du cardinal de Retz, dont la nièce' étoit sujiérieure de ce monastère; mais il y a plus d'apparence que, comme elles n'avoient point eu de part aux procès-verbaux, ce prélat, à ([ui tout le reste étoit indilTerrut, ne se pressoit pas de Iciq- faire de la peine. A la fin cependant il leur fit signifier une sentence par laquelle il les déclaroit désobéissantes, et, comme telles, les privoit des sacrements, et de toute voix active et passive dans les élections. Sur cette sentence, elles se crurent obligées de lui [)résenter une requête, j)our le
i. Henriette d'Angcniics du Karjis, dite ta mère Marie de Sainte-Madeleine, morte le 3 juin llî'JI. liUe était fille de Charles d'Angennes du Fargis, et de Madeleine de Silly, comtesse de la Rochepot, laquelle était sœur di' Franenise-Marj^uerite de Silly, dame de Commerci, femme de Philippe- Emmanuel de Gondi, et mère du cardinal de Retz. Ainsi, la mère du Fargis, supérieure du monastère des champs en tG04, était cousine germaine, et non pas nièce du cardinal de Retz.
supplier de vouloir leur expliquer en quoi consistoit la désobéissance qu'il leur reprochoit, et qu'il punissoit si sévèrement; car si, en exigeant la signature, il exigeoit la créance intérieure du fait, elles le prioient de se souvenir qu'il leur avoit fait entendre lui-même qu'elles feroient un fort grand crime de signer ce fait sans le croire; et il étoit à souhaiter pour elles que toute l'Église sût que la seule raison pour laquelle on leur interdisoit les sacrements, c'étoit pour avoir obéi à leur archevêque, en ne voulant pas faire un mensonge. Si au contraire, comme il l'avoit déclaré depuis peu à plusieurs personnes, et comme il l'avoit dit même expressément dans sa lettre à l'évêque d'Angers, il ne demandoil, par la signature, que le silence et le respect sur le fait, elles étoient toutes prêtes de signer en ce sens, pourvu qu'il eût la bonté de leur marquer qu'il n' avoit point d'autre intention que celle-là.
Cette requête fut fort embarrassante pour l'archevêque, qui dans le fond ne tenoit [)as toujours un langage fort uniforme sur la signature, disant aux uns qu'il en falloit croire la décision du pape; et aux autres, qu'il savoit bien que l'Eglise n'avoit jamais exigé la décision des faits non révélés. Il y eut même quelques-unes des religieuses de Paris qui ne s'engagèrent à signer que parce qu'il leur déclara qu'il leur permettoit de demeurer dans leur doute, et qu'il ne leur deniandoit leur souscription que comme une marque de la déférence et du respect qu'elles avoient pour l'autorité de leur supérieur. L'archevêque, dans cet embarras, crut devoir prendre le ])arti de ne point répondre à celte requête, et il fit semblant qu'il ne l'avoit point reçue. Mais les religieuses des Chani[)s n'en demeurèrent pas là; et ne pouvant suppor-
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ter, sans une extrême peine, d'èire pri\ées des sacrements, surtout à la fête de Noël, qui éloit proche, elles lui écrivirent Icilre sur lettre, pour le conjurer de les mettre en étal de lui obéir, linlin il leur écrivit; mais au lieu de leur donner l'explication qu'elles lui deniandoient, il se contenta de leur reprocher en termes généraux leur orgueil cl leur opiniâtreté, les traitant de demi-savantes qui avoient l'insolence de demander à leur archevêque des explications sur des choses si faciles à entendre, et qu'elles entendoicnt aussi bien que lui. Mais cette réponse ne le tira point encore d'alTaire : elles lui présentèrent une seconde requête, plus pressante que la première, le conjurant, au nom de Jésus-Christ, de ne les point séparer lies sacrements, sans leur expliquer le crime pour lequel on les en séparoit. Ces requêtes firent grand bruit; et l'archevêque, qui vit que la demande des religieuses paroissoit raisonnable à tout le monde, conçut bien qu'il ne lui étoit pas permis de demeurer plus longtemps dans le silence. Il écrivit donc aux religieuses qu'il étoit juste de les satisfaire sur les didlcultés qu'elles lui proposoient, et qu'il y satisferoit dès f[ue les grandes alTaires de son diocèse lui en donneroient le loisir. Mais cet éclaircissement ne vint point, non plus que les réponses qu'il avoit promis de faire à révéf[ue d'Aleth et à d'autres prélats qui lui avoient écrit sur la même affaire; et cependant les religieuses des Champs demeurèrent séparées des sacrements, aussi bien que leurs sœurs de Paris.
L'archevêque sentoit bien, par toutes les raisons qu'on objectoit tous les jours contre son mandement, et par la nécessité où il étoit de se contredire lui-même en mille rencontres, que sa foi humaine n'étoit pas si claire
liJO ABRÉGÉ DE L'IIISTOIliE
qu'il s'étoit iniagiué, et il eut le déplaisir de la voir en peu de temps aussi décriée que la foi divine de M. de Jlarca, son prédécesseiu'. Pas un évêque en France ne s'avisa de la demander, ou, })our mieux dire, il n'y a\oit guère que le diocèse de Paris où l'on fût inquiété pour le Formulaii'e. Le P. Annat crut enfin que tout le mal venoit de ce qu'on ne vouloit point reconnoître l'autorité des assemblées qui en avoient ordonné la souscription, et jugea qu'il falloit s'adresser au pape pour lui demander qu'il confirmât le Formulaire, ou qu'il en fît un autre qui contînt les mêmes choses.
Le roi fil dune prier le pape, par son ambassadeur, qu'il lui plût d'envoyer un Formulaire qui contint le fait et le droit comme celui de l'assemblée, et d'obliger tous les ecclésiastiques du royaume, tant séculiers que réguliers, même les religieuses et les maîtres d'école, de le signer, sous les peines que les canons ordonnent contre les hérétiques. Nous avons déjà dit que le pape n'avoit jamais approuvé que les évèques s'ingérassent de dresser des formules de foi, ni d'en exiger la souscription, et que dans tous les brefs qu'il avoit écrits aux assemblées du clergé pour les louer du grand zèle qu'elles apportoient à faire exécuter sa constitution et celle de sou jirétlécesseur, il s'étoit bien gardé de leur dire un mot de leur Formulaire. Ce fut chnic pour lui un fort grand sujet de joie que, regardant comme inutile cet ouvrage qui avoit occupé tant d'assemblées, on eiit enfin recours à l'autorité du saint-siége.
La cour de Home ne pouvoit surtout se lasser d'admirer qu'après tout l'éclat qu'on venoit de faire en France contre l'infaillibilité du pape, même dans les choses de foi, après qu'on avoit fait enregistrer dans tous les Parle-
ments et dans loiiles les universités les articles de la Sorlîonne sur celte matière, on en vînt à supplier le pape d'établir cette même iniaillibiliié dans les faits non révélés, el d'obliger lnulc la {"raiice à reconuoîti'e celle doctrine, sous peine d'hérésie. Le pape envoya le Formulaire tel qu'on lui demandoit , c'est-à-dire tout semblable à celui des évoques, excepté que. pour en rendre la signatui'e plus anilienlique. il y ajouta nu seruienl par lequel ceux (pii ^ign()ienI |)reuoieul Dieu à témoin de la sincérité de leiu" souscription; et ce Fornudaire l'ut inséré dans un bref que Sa Sainteté adressoit au roi'.
Mais ce bref étant ari'ivé. on s'aperçut tout à coup qu'on n'en pouvoil faire aucun usage, à cause que le Parlement, où on vouloit le faire enregistrer, ue reconnoissoit d'autre expédition de Home que ce qu'on appelle des constitutions plombées. Il fallut donc renvoyer le bref, et pri(>r le pape de le changer en une bulle. Le roi porta lui-même cette bulle au Parlement, et y joignit une déclaration, la plus foudroyante que l'on put faire, pour obliger tout le monde à la signature. Cette déclaration enchérissoit beaucoup sur la bulle : on y défendoit toutes sortes d'explications et de restrictions, sous les mêmes peines qui étoient portées contre ceux qui refuseroient de souscrire. Tous les ecclésiastiques y étoient obligés ])ar la |)rivalion de leurs béui'lices, les évèques euxmêmes par la saisie de leur temporel; et personne ne pouvoit plus être reçu au sous-diaconat sans avoir signé.
Cependant toutes ces précautions n'empêchèrent pas rpi'il n'y eût be;uicoup de ili\ersilé dans la manière dont les évêques exigeoieul les signatures dans leurs diocèses :
1. .Vlcxaiulre VH, le 15 fùvi'icr IGCj, changea ce bref en une bulle dans laquelle il inséra son Formulaire.
plusieurs d'entre eux reçurent les restrictions et les explications sur le fait; il y en eut un grand nomlire qui déclarèrent de bouche à leurs ecclésiastiques que, l'Église ne demandant sur les faits que le simple respect, on ne s'obligeoit ])oint à autre chose par les souscriptions. 11 y en eut même qui insérèrent cette déclaration dans des procès-verbaux qui demeurèrent dans leurs greffes; et enfin quatre évêques, les plus célèbres qui fussent en France pour leur piété, je veux dire les évêques d'Aleth, de Beauvais, d'Angers et de Pamicrs, firent ces déclarations par des mandements qu'ils firent publier dans leurs diocèses. L'évêque de ^oyon ' fit aussi la même chose. Nous verrons dans la suite l'ellet f[ue proiluisirent ces mandements-. L'arche\êque de Paris ne fut pas peu embarrassé sur la manière dont il tourneroit le sien : il n'avoit garde d'exiger la même créance sur le fait que sur le droit, après avoir accusé d'extravagance ou de malice ceux qui confondoient ces deux choses; il n'osoit point non plus reparler de sa foi humaine, rpi'il voyoit abandonnée de tout le monde. Voici l'expédient qu'il prit pour essayer de se tirer d'affaire : il distingua le fait et le droit dans son ordonnance; mais il se servit pour cela de termes si obscurs, qu'on ne savoil précisément ce qu'il demandoit, disant qu'il falloit une soumission de foi divine pour les dogmes; et, quant au fait, une véritable soumission |)ar hupielle on acquiesce'.
L'obscurité de celle ordonnance, et le serment dont