François de Clcrmont-Tonnerre
2. L'auteur n'a pas continué cette liistoire assez loin pour que nous voyons ces suites, ou du moins cette continuation serait perdue.
3. Nicole composa une lleciuéle des reliiiieuses Je Vort-lioyiil à M. l'archevêque de Paris, pour lui demander la signification du mot acquiescement.
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j'ai parlé, ronilircnl aux rolif^ieuses fie Port-Royal la signature de ce second Formulaire bien plus diiïicile que celle du premier. Mais avant que de passer plus loin, il est bon de dire ici en quel état étoient ces filles quand la nou\('lle arriva en I"iancc.
Nous avons vu que l'arciievèque en avoit fait enlever jusques au nombre de dix-huit, qu'il avoit dispersées en dilVerents couvents. L'abbesse fut conduite à Meaux par l'évêque de Meaux, son frère, à qui on l'avoit confiée, et qui la mit dans le couvent de la Visitation qui est dans cette ville. La mère Agnès fut renfermée dans le couvent de la Visitation du faubourg Saint-Jacques, avec une de ses nièces ([u'on voulut bien laisser auprès d'elle pour la servir. Les autres furent séparées en différents monastères, tant à Paris qu'à Saint-Denis, et principalement dans les couvents d'L'rsulines, de Célestes ou Filles- Bleues, et de la Visitation. On les avoit voulu loger dans d'autres maisons, entre autres chez les Carmélites; mais connue on savoit l'intention de l'archevêque, qui étoit de tenir ces filles dans une très-dure captivité, on avoit fait de grandes difficultés, dans la plupart de ces maisons, de les recevoir, et de contribuer aux mauvais traitements qu'on leur vouloit faire. Il y eul, entre autres, une abbesse à qui on en voulut donner une; mais elle déclara, en la recevant, qu'elle prétendoit lui donner la même liberté qu'elle auroit pu avoir à Port-Royal, et la traiter comme une de ses filles. Elle tint parole, et fit tant d'honneurs à cette religieuse, que l'archevêque la lui ôta au bout de deux jours. On ne peut aussi s'empêcher de
1. C'était Madeleine do Sainte-Agiios de Ligny-Séguier, sœur de Dominique de Ligny, cvOque de Meaux. Elle mourut à Port-Iîoyal en 1075.
loi ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
rendre justice à la mère de La Fayette', supérieure de Chaillot, qui, ayant été obligée de recevoir une de ces religieuses, la traita avec une charité extraordinaire tout le temps qu'elle fut dans son monastère. Il n'en lut pas de même des autres maisons où ces religieuses furent enfermées : on peut voir, dans la relation de la sœur Angélique \rnavdd-, la manière dont elle fut traitée chez les Filles-Bleues de Paris. La plupart des autres le furent à peu près de la même sorte'.
La signature de ce second Formulaire fut miîme, à quelquesunes qui avoient signé, une occasion de comprendre la faute qu'elles avoient faite, et de la réparer. Ainsi, tout ce que fit l'archevêque pour engager ces saintes filles à signer son nouveau mandement et le Formulaire d'Alexandre VII, fut inutile.
Le très-grand nombre, tant de celles qui furent dispersées, que de celles qui demeurèrent dans leur monastère, se soutint au milieu de cette violence et de cette séduction. La sagesse et le courage que montrèrent ces religieuses est un miracle de la main du Tout-Puissant, qui a peu d'exemples dans l'histoire de l'Église. Elles avoient dressé diverses relations* de ce qui se passa dans cette persécution; on y voit les attaques qu'elles ont eu à soutenir, les situations étranges où se sont trouvées celles qui étoient captives dans différents couvents, les sentiments et les lumières par lesquelles Dieu les soutenoit dans leur aflliction. C'étoit par obéissance à leurs supérieures qu'elles avoient dressé ces relations, qui contiennent un portrait bien naturel de leur esprit et de leur cœur. On y trouve, avec une simplicité et une
1. Louise de La Faj-ettc, qui avait été fille d'iionneur d'Anne d'.\utriche.
2. Angélique de Saint-Jean Arn.iuld, seconde fille d'Arnauld d'.\ndilly, abbessc en 1078, morte en 1084, igce do cinquante-neuf ans.
3. Ici s'arrête le manuscrit de la liililiotlièque nationale. Ce qui suit est donne par l'édition de 1707. On peut douter que Racine en soit l'auteur.
■4. Toutes ces relations ont été réunies et Imprimées en 17-24.
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candeur inimitables, une sublimité de vues, une générosité, une sagesse, une piété, une lumière, qui feroient presque douter que ce fiU l'ouvrage de ces filles, à ceux qui ne connoitroient pas Tesprit de l'ort-Royal, et qui ne feroient pas rétlcxion que Dieu se plait souvt'ut à faire éclater la force de sa grâce dans ce qu'il y a de plus foible.
l ne société d'iionnnes superbes osoit disputer à Dieu s;i toutepuissance sur les cœurs; il étoit digne de Dieu d'en donner une preuve éclatante, en remplissant de simples filles, persuadées de leur néant, et qui attendoient tout de la grâce, d'une sagesse et d'une niagnaniniité (pii fait encore le sujet de l'admiration et de la confusion des hommes les plus forts et les plus éclairés. Ce que nous venons de dire ne paroitra pas exagéré à quiconque lira les relations de Port-Iloyul, ou seulement celle de la mère Angélique de Saint-Jean, fille de M. d'Andilly.
Dieu soutenoit et conduisoit par lui-même ces admirables vierges. Les grands hommes qui auroient pu les éclairer et les encourager étoient eux-mêmes obligés de se cacher pour éviter les violences que l'on vouloit exercer contre eux. Ainsi ils ne pouvoient que rarement, et avec une extrême difficulté, faire parvenir leurs avis jusques à ces religieuses; et ils ne le pouvoient en aucune sorte, à l'égard de celles qui étoient captives en différents couvents. Dans le peu de commerce qu'ils avoient avec les deux monastères de Port-Royal, ils étoient plus occupés i\ modérer leur courage qu'à leur en inspirer. Elles avoient en effet une peine infinie à entrer dans les condescendances et les tenqiérameiils que ces théologiens croyoient permis. On peut voir dans l'apologie de Port-Uoyal quelle peine elles eurent de signer le premier mandement des grands-vicaires du cardinal de Hfttz : tant elles craignoient tout ce qui scmbloit teur faire ])rendre quelque part à l'espèce de conspiration formée contre la vérité.
Quelques-unes cédèrent: on ne doit pointen être surpris. Ce qui est étonnant, c'est qu'il y en ait eu si peu qui aient succombé à une si terrible tentation. Parmi quatre-vingts religieuses de chœur qui étoient dans les deux maisons quand lapersécntion commença, en 1661, il étoit difficile qu'il ne s'en trouvât pas quelqu'une, ou qui n'eût pas une vertu solide, ou qui ne l'eût pas à l'épreuve
d'une telle tempête. Dans la privation totale de tout conseil, quelques-unes des captives se déterminèrent à signer, parce qu'on s'étudia à embrouiller cette affaire par des subtilités qu'elles ne pouvoient démêler, et qui leur cachoient le véritable état des choses : l'archevêque même, pour les porter h la signature, leur déclaroit verbalement qu'il ne demandoit pas d'elles la créance du fait. Mais quelque pardonnable que fut leur faute, elles en conçurent une vive douleur dès qu'elles connurent l'état des choses, et que le trouble où elles s'étoient trouvées se fut dissipé. Il y en eut deux dans la maison de Paris, les sœurs Flavie et Dorothée', dont la chute fut bien plus funeste, parce que l'ambition en fut le principe. Elles signèrent le Formulaire, et contribuèrent à séduire huit ou dix de leurs sœurs qui étoient des esprits foibles, et dont il y en avoit deux imbéciles. Elles agirent ensuite de concert avec M. l'archevêque et les tilles de la Visitation, pour tourmenter celles qui demeuroient fidèles à leurs devoirs et à leur conscience. Cependant la cause de ces saintes religieuses, ou plutôt celle de l'Église, étoit défendue par des écrits lumineux. M. Arnauld, aidé de M. Nicole, entreprit de faire connoître leur innocence : l'Apologie de Port-Royal, les Imaginaires, et tant d'autres ouvrages solides et convaincants, manifestoient à toute la terre l'injustice de cette persécution. Mais, comme on ne pouvoit montrer l'innocence des religieuses sansdévoiler la turpitude de leurs persécuteurs, ces mêmes écrits, qui justifioient les religieuses opprimées, mettoient en fureur leurs ennemis, qui les persécutoient avec encore plus de chaleur. Au reste, M. de Peréfixe lui-même faisoit leur apologie, en avouant qu'il n'avoit rien trouvé que de régulier et d'édifiant dans la visite qu'il avoit faite. 11 publioit souvent, dans le temps même qu'il les traitoit avec la plus grande rigueur, que « ces filles étoient pures comme des anges : » mais il ajoutoit « qu'elles étoient orgueilleuses comme des démons », parce qu'il lui plaisoit
1. Flavie Passart, et Dorothée Perdreau, qui fut ensuite élue abbesse par les rel)f;ieuses signataires restées dans la maison de Paris, n La dispersion des religieuses, dit Voltaire (Siècle de Louis XIV), intéressa tout Paris. Sœur Perdreau et sœur Passart, qui signèrent et en firent signer d'autres, furent l'objet des plaisanteries et des cbansons.
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de traiter d'orgueil insupurtublu le refus d'oljéir à un commandement qu'il n'auroit pas dil leur faire, qui, quand il auroit été juste, n'étoit d'aucune utilité, et auquel elles ne pouvoient se soumettre sans blesser la sincérité. D'ailleurs, il avouoit qu'elles n'étoient attachées à aucune erreur, et se trouvoit quelquefois embarrassé quand elles le pressoient d'expliquer nettement ce qu'il leur deuiandoit : c'est ce que nous avons vu en parlant des requêtes que lui présentèrent les religieuses du monastère des Champs.