‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 39 sur 154 · Voyez l'Histoire de Port-Royal, seconde partie · texte numérisé non relu

Voyez l'Histoire de Port-Royal, seconde partie

bonnes qualités. Elle avoit plus de goût pour la mère du Fargis, qui savoit beaucoup mieux vivre.

Deux partis dans la maison : l'un, la mère Angélique, la sœur Briquet, et M. de Sacy ; l'autre, la mère du Fargis, M. de Sainte- Marthe, et M. Nicole, Ces derniers avoient toujours raison; mais, pour l'union, M. de Sainte-Marthe cédoit toujours.

M. Nicole dit que c'est le plus saint homme qu'il ail vu à Port-Royal. 11 sautoit par-dessus les murs, pour aller porter la communion aux religieuses malades, et cela de l'avis de M. d'Aleth : en sorte qu'il n'en est pas mort une sans sacrements. Cependant la mère Angélique de Saint-Jean n'avoit nul goiU pour lui ; et, quoiqu'il le sùl, il n'en étoit pas moins prêt à se sacrifier pour la maison.

M. Arnauld, le plus souvent, n'avoit nulle voix en chapitre. On le croyoit trop bon : et c'étoit assez qu'il dît du bien d'une religieuse, pour que l'on n'en fît plus de cas. Ainsi il prônoit fort la sœur Gertrude; et la mère Angélique de Saint-Jean se retiroit d'elle.

Cette mère Angélique, à force de se confier à la sœur Christine, et de la vouloir former aux grandes choses, comme une abbesse future, lui inspira un peu trop de mépris pour les autres mères : en telle sorte qu'elle étoit en grande froideur pour la mère du Fargis, et mourut sans lui en demander pardon. Madame de Fontpertuis contribuoit un peu à tout cela : bonne femme, bonne amie, mais un peu portée ;'i l'intrigue, et ne haïssant pas à se faire de fête, surtout avec les grands seigneurs.

M. de Pompone demandoit un jour à M. Nicole : « Tout do bon, croyez-vous que ma sœur ait autant d'esprit que madame du Plessis-Guénégaud ? » M. Nicole traita d'un grand mépris une pareille question.

On subsistoit comme on pouvoit des livres et des écrits qu'on faisoit. Les Apologies des religieuses valurent cinq mille francs; les Imaginaires, cinq cents écus. Bien des gens croyoient que M. Nicole, en tirant quelque profit de la Perpétuité, s'onrichissoit du travail de M. Arnauld, et il soutlroit tout cela. On tira

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de Traitt'is de piété seize cents francs. M. Nicole les fit donner ù M. (iiielplie; et cclui-ei, y ayant joint quelqne trois ou quatre mille francs de M. Vrnauld, les prêta l'i un nouimè Marliu, (|ui leur a fait banqueroute.

Lorsque les relif;ienses étoient renfermées au Port-Royal de Paris, elles trouvoient moyen de faire tenir tous les jours de leurs nouvelles à M. Arnauld, et d'en recevoir. M. Nicole dit que c'étoienl des lettres merveilleuses et toutes pleines d'esprit. La sœur Briquet y avoit la principale part. La sœur de Brégy vouloit aussi s'en mêler : elle avoit quelque vivacité, mais son tour d'esprit étoit faux, et n'avoit rien de solide.

tUcs confièrent deu.x ou trois coffres de papiers à M. Arnauld, lorsqu'elles furent dispersées. C'est par ce moyen qu'on a eu les Constitutions de Port-Royal, et d'autres traités qu'on a imprimés.

M. Nicole a travaillé seul aux préfaces de la Logique et à toutes les additions. La première, la deuxième et la troisième partie ont été composées en commun. M. Arnauld a fait toute la quatrième.

ET

Le pensionnaire AVil j)ieis.soit avec impatience ia conclusion de ce traité. C'étoit sur lui que louioit alors la principale conduite des alTaires des états : homme zélé pour sa république , et ennemi de la maison d'Orange, ([u'il tenoit le plus bas qu'il pouvoit. (1 avoit hérité ces sentiments de son père, vieux magistrat de Dort, qu'on regardoit autrefois comme le chef du parti opposé au prince Guillaume. Ce prince, jeune et entreprenant, fier de l'alliance tlu roi d'Angleterre, qui lui avoil donné sa fille, regardoit le titre de gouverneur et de capitaine général des états comme trop au-dessous de lui, et aspiroit assez ouvertement à la monarchie. Il fit arrêter ^Vit dans son hôtel il la Haye, et l'envoya prisonnier, avec cinq des principaux de ce parti, dans son château de Louvestein. En même temps il marcha vers Amsterdam, qu'il avoit fait investir, et ne manqua ([ue de quelques heures la prise de celte grande ville. On peut dire avec assez de certitude qu'il n'y avoit plus de république de Hollande, si la mort

de ce prince, qu'on croit même avoir élé avancée par quelque breuvage, n'eût interrompu tous ses desseins. Il laissa sa femme enceinte du prince qui vit aujourd'hui, dont elle accoucha deux mois après la mort de son mari. La Zélande et quelques autres provinces vouloient qu'il succédât à toutes les dignités de son père ; mais la province de Hollande, où la faction d'Wit étoit la plus forte, empêcha que cette bonne volonté n'eût aucun eiïet. La charge de gouverneiu' et de capitaine général ne fut point remplie; et les états s'emparèrent et de la nomination des magistrats et de tous les autres privilèges attachés à celle charge. On prétend que le vieil AVit, avant que mourir, ne cessoit d'encourager son fils à l'abaissement de cette maison, dont il regardoit l'élévation comme la ruine de la liberté, et qu'il répétoit sou\ ent ces paroles : « Souvienstoi, mon llls, de la prison de Louvestein. »

Pendant que les armes du Roi prospéroient ainsi en Allemagne, ses forces maritimes s'accroissoient considérablement, jusqu'à donner déjà de l'inquiétude à ses alliés. Ils s'étoieut moqués de tous les projets qu'on faisoit en France pour se rendi'e puissant sur la mer, s'imaginant qu'on se rebuteroit bientôt par les difficultés qui se rencontreroicnt dans l'exécution et par les horribles dépenses qu'il falloit faire. Ils ne voyoient dans les ports que deux galères et une douzaine de vaisseaux de guerre, dont plus de la moitié tomboient, pour ainsi dire, par pièces; les arsenaux et les magasins entièrement dégarnis.

Calherine de Médicis étoit fille dv Laurent de Mcdicis, duc dT'rbiu, et de Madeleine de la Tour, de la maison de Boulogne. Le pape Clément YII% son oncle, la dota, en la mariant, d'une .somme de cent mille écus comptant, et Magdeleine de la Tour déclara dans le contrat de mariage qu'elle lui donnoit et subslituoit son droit de succession aux comtés d'Auvergne et de Lauraguais, baronnie de la Tour, et autres terres possédées alors par Anne de la Tour, sa sœur aînée, laquelle n'avoit point d'enl'ants.

En efl'et, après la mort d'Anne de la Tour, Catherine, ■comme unique héritière de la maison de Boulogne, entra en possession de toutes ses terres. En l'année 1559, le •roi Henri II, son mari, étant mort, le duché de Valois lui fut assigné. En 1582, elle détacha de cette duché la terre de la Ferté-Milon, et l'engagea à madame de Sauve, depuis marquise de iNoirmoustier, pour une somme de dix mille «eus d'or, que la reine Catherine lui avoit accordée pour récoin])ense de services. Le roi Henri III, son fils, continua depuis et la donation et l'engagement. Catherine mourut en 1589, et le roi Henri III lui survécut de huit ou neuf mois. Ainsi ce prince a été, ou a dû être son héritier. Il est vrai que Catherine fit don, par son testament, des comtés d'Auvergne et de Lauraguais, etc., à feu M. le duc d'Angoulénie, qui en prit même alors le nom de comte d'Auvergne. Mais, en 1606, la fameuse reine Marguerite, restée seule des enfants, fit déclarer ce testament nul; et, en vertu de la donation par forme de substitution stipulée

dans le contrat de mariage de Catherine , se fit adjuger par le parlement de Paris et par le parlement de Toulouse toutes les terres que la reine sa mère avoit possédées, et aussitôt en fit présent au dauphin, qui depuis a été Louis XIII, père de Sa Majesté; de telle façon que ces comtés et cette baronnie ont été réunis à la couronne.

Le cardinal de Richelieu se fit donner la commission de chef et surintendant de la marine, parce que le duc de Guise , comme gouverneur de Provence , iirétendoit être amiral de Levant, et ne point céder à l'amiral dans la Méditerranée. II y a même encore des ancres à la porte de l'hôtel de Guise. Le gouverneur de Bretagne a aussi des droits de naufrage, etc.; mais le cardinal de Richelieu avoit ce gouvernement.

Le cardinal Mazarin avoit recommandé au Roi trois hommes : Golbert, Lescot, joaillier, et Ratabon des bâtiments.

Deux jours avant sa mort, il vit Monsieur le Prince, M..., leur parla fort longtemps et fort affectueusement, et ils recommrent après qu'il ne leur avoit pas dit un mot de vrai.

La Reine mère dit un jour à la Chastre, qui revenoit

d'Anet, et qui disoit qu'il avoit vu M. de Beaufort : « Vous

avez vu le plus galant honmie du monde. » Beaufort se

donna à M'"' de Monhnzou , et de là les haines contre lui.

Le Roi, peu avant le jugement de M. Foucquet, dit à

la Reine, dans son oratoire, f[ii'il vouioit qu'elle lui promît une chose qu'il lui demandoit : c'étoit, si Foucquet étoit rondamné, de ne point \ni demander sa grâce. Le jour de l'arrtM, il dit chez M"'' de la Valière : « S'il eût été condannié à mort, je l'aurois laissé mourir. »

Il dit aussi à M. de Turenne très-fortement de ne plus se mêler de cette affaire. M. de Turenne espéroit gagner à la disgrâce de Foucquet, et^-se flattoit d'être chef du conseil des affaires étrangères, comme Villeroi des finances; et, voyant qu'il n'en étoit rien, ne le pardonna jamais à M. le Tellier.

Un peu avant la guerre de Lille ', on ôta à la charge de colonel général de la cavalerie légère la nomination de toutes les charges; et Turenne n'osa souiller, de peur de dégoûter le Roi de lui, et qu'on ne fit point la guerre. Un peu après la revue de Mouchy, le Roi dit à Turenne: « On « compte à Paris que voilà la soixantième (ou la soixante- « deuxième) revue. »

On pensa commencer la guerre dès le commencement de 1666, mais il n'y avoit rien de prêt. Le Roi en avoit fort envie. Lorsqu'on la commença, l'artillerie n'étoit pas prête, et ce fut une des raisons qui fit qu'on s'arrêta à réparer Charleroi, où les Espagnols avoient laissé des demi-lunes entières. De là le Roi alla à Avesnes, où on fit venir la Reine et M'"' de Montespan. Feu Madame persuada à M"' de la Valière, qui étoit à Mouchy, de suivre la Reine, et lui prêta un carrosse. Monsieur l'amiral étoit de cette année-là. On auroit pu prendre Gand et Ypres; mais M. de Turenne eut peur d'attirer les Anglois et les Ilollandois, et que la guerre ne finît. Il étoit haï de tout

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