‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 40 sur 154 · En 1GC · texte numérisé non relu

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le monde, surtout des ministres, qu'il insultoit tous les jours. M. leTellier envoyoit toujours demander à Ilumii'res où on alloit camper. Il avoit décrié dans l'esprit du Roi tous les maréchaux, surtout le maréchal de Gramont, qui étoit au désespoir, et qui monta la tranchée à la tète des gardes. 11 poussoit Duras, et le favorisoit en toutes rencontres ; [il] voulut faire attaquer le château de Tournay par Lauzun, déjà favori, quoique Humières fût de jour. Bellefonds étoit aussi fort favorisé du Roi et de M. de Turenne. Bellefonds ne voulut point du gouvernement de Lille, pour ne pas quitter la cour ; et Turenne le fit donner à Humières, qui se remit en grâce avec lui. Humières se plaignoit aussi de Duras, à qui, au siège de Tournay, on avoit donné une brigade fort bonne qui étoit au quartier d'Humières, et qui ne voulut pas laisser aller la brigade de la Vallette, et les garda toutes deux.

Pradelle servoit aussi de lieutenant gcniéral , brave homme, mais pas plus capable qu'il est aujourd'hui. Le Roi l'aimoit assez.

Après la ])aix, Turenne eut bien du dessous. Il demanda quartier au comte de Gramont, qui l'accabloil de plaisanteries. In jour le Roi pen.sa dire des rudesses là-dessus à ce comte, à ce que disoit Turenne.

Monsieur le Prince entend bien mieux les sièges que M. de Turenne.

Le marquis de Créqui ne parut que sur la fin de la campagne, à l'aflaire de Marsin. On ne forlilia point Aiost, place importante, et qui auroit coupé tous les Pays-Bas, parce qu'on avoit trop peu de troupes pour en mettre dans tant de places. M. de Turenne auroit bien voulu aller reconnoître Tcrmonde, avant que de l'attaquer; mais le Roi vouloit être partout. On y alla donc avec l'armée.

La Reine mère savoit ([u'on arrèteroil M. Foucquet. On l'avoit dit à Laigue, pour le dire à M""' de Chevreuse, afin qu'elle y disposât la Reine : ce qui se fit à Dampierre. Viileroy le sut aussi. Le Roi vouloit l'arrêter dans Vaux, mais la Reine dit : « Voulez-vous l'arrêter au milieu d'une fête qu'il vous donne? »

On n'a jamais conçu l'état des places du Pays-Bas aussi pitoyable qu'il éloil, même à ce dernier voyage.

En Hongrie', Coligni écrivoit en cour tous les jeudis, et donnoit ses lettres au courrier ordinaire de l'armée, pour les porter à Vienne. La Feuillade écrivoit tous les samedis, et les faisoit porter par un homme exprès. Il feignoit de prévoir tout ce que les Turcs avoient fait depuis le jeudi jusqu'au .samedi.

Si-, avant la guerre de Flandres, on eût donné au Roi Cambray ou même Bergue, il se seroit peut-être contenté. Lionne surtout étoit au désespoir de la guerre.

Le' cardinal Mazarin avoit connu le Tellier en Piémont, et le mit à. la place de des Koyers. Le Tellier devoit donner deux cent mille francs, le Roi cent mille. Des Noyers voulut un évéché pour sa démission, et mourut. Le Tellier eut les cent mille écus.

Le cardinal de Richelieu avoit des traits de folie. Un jour, Schoniberg dit à Viileroy, au sortir de sa chambre : « Le Cardinal voudroit pour cent mille écus que nous ne l'eussions pas vu ce matin. » Il s'étoit fort emporté.

Le cardinal Mazarin dit à Viileroy, quatre jours avant sa mort : « On fait bien des choses en cet état , qu'on ne fait pas se portant bien. »

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