‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 79 sur 154 · En marge : Hcrrera, tome I, p · texte numérisé non relu

En marge : Hcrrera, tome I, p

Les Castillans se rendirent maîtres du Brésil lorsque le Portugal tomba sous la puissance de Philippe II", et tuèrent lont ce (pii leur osa faire rcsisdmce.

Les Hollandois, vers l'an UV23 , non contents de faire la guerre en Kurope au roi (rKs|)agne, voulurent encore la lui faire dans le nouveau monde, lis passèrent la ligne, et, étant abordés au Brésil, s'emparèrent de Fernambouc, du lîècif, du cap de Saint-Augustin, en un mol, de toute la cote, depuis Ciara jusqu'à la ISaye de tous les Saints, qui demeura toujours aux Castillans. Cette conquête s'ètoit faite aux dépens de quelques particuliers, et non point de l'État. Ces particuliers, voyant les grandes richesses qu'ils pouvoieut tirer du Brésil , tant par le débit du sucre que par le débit du bois de Brésil, demandèrent aux états qu'il leur fût permis d'établir une compagnie, avec pouvoir de nommer des officiers de justice , guerre et marine , dans les Indes, pour trente ans; après quoi, tout ce pays qu'ils auroient conquis appartiendroit aux états, auxquels cependant la Compagnie préteroit serment de fidélité. Cela fut approuvé ; et ainsi fut établie la compagnie des Indes occidentales, en 162/i. Elle composa un conseil de directeurs, au nombre de dix-neuf, entre lesquels ils mirent par honneur le prince d'Orange.

Cette compagnie ne tarda guère à étendre ses conquêtes, et ils s'emparèrent de toute la côte qui est depuis la capitainerie de Siara jusqu'à la Baye de tous les Saints, c'est-à-dire de plus de trois cents lieues de côtes. Ils établirent un conseil politique, qui résidoit au Récif, qui jugeoit souverainement de toutes les affaires. Ils exigeoient de grands tributs des Portugais, leurs vassaux, qui travailloient à faire le sucre , descendus de ces premiers Portugais qui découvTirent le Brésil; et de crainte qu'ils

ne se révoltassent contre eux , ils leur ôtèrenl toutes les armes à feu.

En lOil, la Baye (le tous les Saints suivit la révolution de Portugal : les Castillans eu furent chassés, et on y reconnut don Jean IV=. Le gouverneur fit part de ce changement aux Ilollandois dans le Récif, avec promesse de bien vivre avec eux. Les Ilollandois furent bien aises de la perte que les Castillans faisoient, et cette même année ils firent un traité de trêve pour dix ans avec les Portugais; et la compagnie des Indes voulut que le Brésil fût compris dans ce traité. Dès qu'il fut signé, ils envoyèrent des vaisseaux dans le Brésil, qui, au lieu d'aller droit au Récif pour y faire publier la trêve, allèrent en Guinée, et se saisirent d'Angola,' de Loanda et de quelques autres places des Portugais. Ils crièrent contre cette mauvaise foi ; et, voyant qu'on ne leur en faisoit point de justice, ils résolurent de s'en venger à la première occasion.

Le vice-roi de la Baye de tous les Saints commença à fah'e des pratiques parmi ceux de sa nation qui étoient au Récif, à Feniambouc et aux autres places de la domination des Ilollandois. II gagna surtout Jean-Fernaudez Viera, Portugais, qui, de simple garçon boucher , s'étant mis au service des Ilollandois, s'étoit extrêmement enrichi, et qui avoit grand nombre d'esclaves sous lui , qu'il faisoit travailler au sucre, dans plusieurs ingénions- ou manufactures de sucre qui lui apparlenoient. Cet homme, ([ui avoit beaucoup d'esprit, consjiira avec ceux de sa nation pour

i. Mai lGi2. Angola est une forteresse et une grande province sur la côte d'Afrique, un peu au delà du Congo. {Noie de Racine.) 2. Moulins à sucre.

KT NOTKS HISTORIQUES. 235

secouer le joug des llullandoi.'s. Ils gardèrent longlemps ce dessein sans en rien faire ])aroître. Au contraire, ils flattoieiil plus i\[\v jamais les llullainldis par leur exlrème soumission, s'endetlant exprès envers eux de grosses sommes, achetant cher toutes les choses que les Ilollandois leur vendoieul, connue les viandes et l'eau-de-vie. Mnlin ils firent si bien, tpi'ils peisuadércul aux Ilollandois de leur donner des armes, (pi'ils acheloient bien cher, pour se détendre, disoient-ils, contre les Ta])oios et les Brésiliens, qui les haïssoient naturellement, parce qu'ils les avoient autrefois traités avec beaucoup de dureté. Les Ilollandois se laissent eiidoruur par k'urs belles paroles, et surtout par les artifices de ce Viera, qui se rendoit fort nécessaire à la Compagnie par son intelligence dans le commerce, et par les grands services qu'il leur rendoit.

Enfin, toutes choses étant préparées, et les Portugais étant convenus du jour qu'ils dévoient faire éclater leur conspiration, et assassiner les chefs du conseil , les Ilollandois en eurent avis de plusieurs endroits, et envoyèrent des gardes pour arrêter \iera, qui, s'étant sauvé dans les bois, amassa autour de lui grand nombre de Portugais, s'empara de quelques places qui n'étoient point en défense. Les Ilollandois, qui ne s'attendoient point à cette révolte, et aui, au contraire, pour s'épargner de la dépense, avoient renvoyé en Hollande la meilleure partie de leurs garnisons, avec les ofTiciers et le comte de Nassau, se trouvèrent fort embarrassés, ils envoyèrent à la Baye, se plaindre au Vice-Roi de la révolte de ceux de sa nation. Le Yice- Roi, feignant de la désapprouver, envoya un grand vaisseau, chargé de deux cents hommes qui mirent pied à terre, et se joignirent aux révoltés. Le fort Saint-Augustin leur fut rendu pour de l'argent; ils prirent aussi Fernam-

bouc, et il ne resloit presque plus que le Récif, qu'ils assiégèrent. Les Ilollandois, qui n'avoient que peu de vivres, envoyèrent porter ces tristes nouvelles à la Haye, et demander du secours.

Les états firent grand bruit , ne menaçant pas moins que d'exterminer le roi de Portugal. Le peuple de la Haye se voulut jeter sur l'ambassadeur de ce prince, et le prince d'Orange eut beaucoup de peine à le sauver de leurs mains. Les ministres de France voulurent s'entremettre d'accommodement, disant que les Hollandois et les Portugais ne dévoient point rompre pour cela, mais imiter les François et les Anglois , qui ne laissoient pas d'être en bonne intelligence en Europe, quoiqu'ils fussent presque toujours aux mains à Terre-Neuve en Amérique.

Les Hollandois envoient une flotte au Brésil, au commencement de i6li6, sous la conduite de Baucher, amiral de Zélande, qu'ils déclarèrent amiral des mers de Brésil et d'Angola. Celte flotte ne fit pas grand" chose, quoiqu'elle fût de cinquante-deux vaisseaux. La plupart de ceux qui éloient dessus périrent de chaud et de maladie sous la ligne, où ils furent retenus par un calme de six jours. Bauchci'. l'amii-al. fut contrcmandé peu de temps après son arrivée; et les états, voyant que la Compagnie étoit désormais trop foible pour soutenir cette grande guerre, entreprirenl eux-mêmes de la soutenir en leur nom et aux dépens du pidilic.

Cependant l'ambassadeur de Portugal lâchoit à la Haye, par ses négociations, de les amuser, et d'empêcher qu'une nouvelle flotte ne mît à la voile. Il faisoit plusieurs oflres, qui toutes furent rt-fusées. Cette guerre du Brésil fut une des principales raisons qui déterminèrent les états à faire leur paix avec l'Espagne. En effet, ils firent comprendre

dans leur Irailé avec les Espagnols toutes les places que les Portugais avoient prises sur eux dans le Brésil, parmi les places qui appartenoient aux états.

La flotte partit ; et les Hollandois, assiégés dans le Récif, pour faire diversion, envoyèrent le colonel Scop s'emparer de la Taparica, île à trois lieues de la Uaye. Il s'y fortifia, et s"y défendit longtemps; mais enfin il fut obligé de l'abandonner, sur la fin de ii>/i7, après y avoir perdu beaucoup de monde. La Hotte portugaise arriva en ce même temps à la Baye. La Hotte de Hollande, forte de trente-deux vaisseaux et de quatre mille soldats, arrive au Récif, le 18 mars id'iS. Après s'être rafraîchis un mois, les Hollandois se mettent en campagne, au nomlire de six mille hommes. Les Portugais révoltés, commandés par Jean Viera et André Vidal, les attendent de pied ferme, quoiqu'ils ne fussent que deux mille hommes. Le combat se donne le 19' avril; les Portugais gagnent la bataille , avec un grand buiin. Les Hollandois y perdent douze cents hommes; leur général Scop, autrement dit Sigismond, y est blessé d'un coup de mousquet à la cuisse. Les Portugais continuent à les tenir enfermés dans le Récif, étant maîtres de tous les forts qui étoient au-dessus et au-dessous. D'un autre côté, la flotte hollandoise, commandée par l'amiral Witten-Wittens, tenoit la flotte portugaise enfermée dans le port de la Baye ; mais, vers le mois d'août, cette flotte trouve moyen de sortir à l'insu des Hollandois.

Sur la fin de la même année 1648, les Portugais reprennent Angola sur les Hollandois, le roi de Portugal feignant de désapprouver le gouverneur de la rivière de Janeiro, dans le Brésil, qui a fait cette entreprise dans un temps où l'on négocioit un accommodement entre les

deux nations pour les affaires du Brésil;' car quelque sujet de plainte que les Hollandois eussent contre les Portugais, ils ne pouvoient pourtant se résoudre à une guerre ouverte, tant ils avoient peur de perdre les avantages que leur rapporloit leur commerce avec ce royaume. Surtout la province de Hollande insistoit à ne point rompre avec le Portugal, et ne vouloit point qu'on exerçât d'hostilités dans les ports de ce royaume, mais seulement en pleiue mer. Mais enfin, les affaires n'ayant pu s'accommoder, et la trêve de dix ans expirant l'onzième juin 1651, l'ambassadeur de Portugal s'en retourne, et on se prépare à la guerre des deux côtés.

Néanmoins toute l'année 1655 et celle de 1653 se passent sans aucune hostilité en Europe, et sans aucune expédition considérable dans le Brésil. Enfin, au mois de janvier de IGbli. François Beretto, qui commandoit les Portugais révoltés de Fernambouc, ayant reçu queU{ue petit renfort de la flotte de la compagnie de Lisboime, qui vint mouiller auprès du Récif, attaque l'un après l'autre tous les forts qui étoient au-devant du Récif, attaque enfin le Récif même, qui lui est rendu avec toutes les places que les Hollandois occupoient sur les côtes du Brésil ; et ils s'en retournent en Hollande avec les meubles et les autres choses que les Portugais leur avoient permis d'emporter, par la capitulation du 16 janvier 165/i.

1. Los Portugais gagnent encore une bataille eu 1649, près de Fernambouc, où plus de deux mille Hollandois restent sur la place. {Note de Racine.)

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