‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 83 sur 154 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Alexandre Mil n'étant encore que Monsignor Ottobon, et ayant grande envie d'élre cardinal sans qu'il lui en coûtât rien, avoit un jardin près duquel la dona Olympia venoit souvent. 11 avoit à la cour de cette dame un ami, par le moyen duquel il ol)liul d'elle qu'elle viendroit un jom" faire collation dans son jardin. Il l'attendit en efl'et avec une collation fort propre, et un très-beau bulTet tout aux armes d'Olympia. Elle s'aperçut bientôt de la chose, et compta déjà que le bulTet étoit à elle; car c'étoit la mode de lui envoyer des fleurs ou des fruits dans des bassins de vermeil doré, qui lui demeuroient aussi. Au sortir de chez Ottobon, l'ami commun dit à ce prélat qu'Olynq^ia étoit charmée, et qu'elle avoit bien compris le dessein galant d'Ottobon. Celui-ci mena son ami dans son cabinet, et lui montra un très-beau fil de perles, en disant : (( Ceci iia encore nvcc lu crcdciiza, » c'est-à-dire avec le budet. •Quinze jours après il y eut une promotion dans laquelle Ottobon fut nommé; et il renvoya le fil de perles chez l'orfèvre , avec la vaisselle , d'où il fit ôler les armes d'Olympia.

1. Racine a écrit en marge : le nonce, et en marge du paragraplie suivant : le tnéme nonce.

M. Pigiiatelli, maintenant pape, au retour de sa nonciature (le Pologne, n'otoit gut're mieux instruit des allaires de ce pays-là que s'il n'eût jamais sorti de Home. Un jour qu'on parloit du siège de Belgrade, le pape Innocent XI, qui avoit fort à cœur la guerre du Turc, dit à M. Pignatelli qu'il vînt l'après-dînée l'entretenir sur le siège et la situation de Belgrade. Le bon prélat, fort embarrassé, se confia à un capitaine suisse de la garde du Pape, qui avoit ser\ i i[U('l([ues années en Hongrie. Ce capitaine fit ce qu'il put pour lui faire comprendre la situation de cette place; et, lui ouvrant les deux tloigts de la main, lui disoit : Eccovi la Stiva, ecco il Ihiimbio; et dans la fourche des deux doigts, (TCO Bel fjnnlii. i'ignali'lli s'en alla à l'audience, tenant ses deux doigts ouverts, et répétant la leçon du Suisse; mais sur le point d'entrer, il oublia lequel de ses deux doigts étoit la Save ou le Danube, et revint au Suisse lui redemantler la position de ces deux ri\ières. Du reste, homme de grande piété, et aimant l'Église.

Le Parlement complimenta par députés le roi Henri IV sur la mort de M'"" Gabrielle. Le premier président de Ilarlay, rendant compte de sa députation, dit : Laqneus contritus est, cl nos libcni/i sioinis.

Plusieurs choses extravagantes trouvées après la mort de Mezerai dans son inventaire, entre autres ce billet :

« C'est ici le dernier argent que j'ai reçu du Roi; aussi, depuis ce temps-là, n'ai-je jamais dit de bien de lui. »

Dans un sac d'écus d'or il y avoit un écu d'or enveloppé seul dans un papier où étoit écrit : « Cet écu d'or est du bon roi Louis XII; et je l'ai gardé pour louer une place d'où je puisse voir pendre le plus fameux financier de notre siècle. » On lui trouva plus de cinquante mille francs en argent derrière des livres et de tous côtés. 11 fit un cabaretier de la Chapelle son légataire universel.

AI. Feuillet regardoit Monsieur faire collation en carême. Monsieur, en sortant de table, lui montra un petit biscuit qu'il prit encore sur la table en disant : « Cela n'est pas rompre le jeûne, n'est-il passai? » Feuillet lui répondit : (i Mangez un veau et soyez chrétien. »

Le nonce Roberti disoit : Bisognii infarinarsi di tcologia, c farsi un fonda di politica.

Le même nonce disoit à M. l'abbé le Tellier, depuis archevêque de Reims, qui lui soutenoit l'autorité du concile au-dessus du Pape : « Ou n'ayez qu'un bénéfice, ou croyez à l'autorité du Pape. » '

1. La pluralité des l)énéficcs, interdite par les conciles, n'était tolérée en France qu'en vertu des dispenses du pape.

ET NOTES IlISTORIOUES. 247

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