Sa surdité
i. Dans le système de tlicologie suivi par le P. do La ('.baise, l'amour f/fecd/ désigne le simple accomplissement des commandements de Dieu, et l'amour affectif le même accomplissement joint à une affection de Dieu. Note de .M. l'abbé de L..., vicaire général. (B.-S.-P.)
Enfin il nous a débité en assez bons termes et fort longuement tout ce ([ue beaucoup d'auteurs scolastiques ont écrit sur ce sujet, sans pourtant oser dire, comme eux, que l'amour de Dieu, absolument parlant, n'est point nécessaire pour la justification du pécheur. Mon frère le chanoine applaudissoit des yeux et du geste à chaque mot qu'il disoit, ténioignoit être ravi de sa doctrine et de son énonciation. Pour moi, je suis demeuré assez froid et assez immobile. Et enfin, lorsqu'il a été las de parler, je lui ai dit que J'avois été fort snrpris qu'on m'eût prêté des charités auprès de lui , et qu'on lui eût donné à entendre que j'avois fait un ouvrage contre les jésuites ; (pie ce seroit une chose bien étrange si soutenir qu'on doit aimer Dieu s'appeloit écrire contrit les jésuites; que mon frère avoit apporté avec lui vingt passages de dix ou douze de leurs plus fameux écrivains, qui soutenoient qu'on doit nécessairement aimer Dieu, et en des termes beaucoup plus forts que ceux qui étoient dans mes vers ; que j'avois si peu songé à écrire contre sa société, que les premiers à qui j'avois lu mon ouvrage, c'étoit six jésuites des plus célèbres, qui m'avoient tous dit unanimement qu'un chrétien ne pouvoit pas avoir d'autres sentiments sur l'amour de Dieu que ceux que j'avois mis en rimes; qu'ensuite j'avois brigué de le lire à monseigneur l'archevêque de Paris, qui en avoit paru transporté aussi bien que M. de Meaux; * que néanmoins, si Sa Révérence croj'oit mon ouvrage périlleux, je venois présentement pour le lui lire, afin qu'il m'instruisit de mes fautes; que je lui faisois donc le même compliment que j'avois fait à monseigneur l'archevêque, lorsque je le lui récitai, qui étoit que je ne venois point pour être loué, mais pour être approuvé; que je le priois donc de me prêter une vive attention , et de trouver bon même que je lui répétasse beaucoup d'endroits. Il a fort loué mon dessein, et je lui ai lu
I. .M. de Noaillcs et Bossuet. La tourmiro de cette phrase et de la suivante annonce que la lettre actuelle est postérieure de quelque temps à celle du 8 octobre, où l'on a tu que l'entrevue de Boileau avec Noaillcs est présentée comme tout à fait récente. D'ailleurs l'entrevue avec le P. de La Chaise que l'on raconte ici fut sollicitée d'après le conseil de Racine, et Racine n'en parlant point dans la lettre du 8 octobre, il est probable qu'il donna ce conseil plus tard à Boileau. Les éditeurs n'auraient donc pas dû placer la même lettre après celle-ci. (8.-S.-P.)
mon épître avec toute la force et toute riiarmonie que j'ai pu. J'oubliois que je lui ai dit auparavant une chose qui l'a assez étonné; c'est à savoir que je prétendois n'avoir proprement fait autre chose dans mon ouvrage que de mettre en rimes la doctrine qu'il venoit de nous débiter; et que je croyois que luimême n'en pourroit pas disconvenir. Mais pour en venir au récit de ma pièce, croiriez-vous, monsieur, que j'ai tenu parole au bon père, et qu'à la réserve des deux objections qu'il vous a déjà faites, il n'a fait que s'écrier : « Pulchre! bene! recte! Cela est vrai, cela est indubitable; voilà qui est merveilleux; il faut lire cela au roi; répétez-moi encore cet endroit. Est-ce là ce que iM. Racine m'a lu? » 11 a été surtout extrêmement frappé de ces vers que vous lui aviez passés, et que je lui ai récités avec toute l'énergie dont je suis capable :
Cependant on ne voit que docteurs, même austères, > Qui, les semant partout, s'en vont pieusement, De toute piété, etc.
11 est vrai que je me suis heureusement avisé d'insérer dans mon épitre huit vers que vous n'avez pas approuvés, et que mon frère juge très à propos d'j' rétablir. Les voici : c'est en suite de ce vers :
Oiu, dites-vous. Allez, vous l'aimez, croiiez-moi. n Écoutez la leçon que lui-même il nous donne, II Qui m'aime? C'est celui qui fait ce que j'ordonne, s „ Faites-le donc; et, sur qu'il nous veut sauver tous, Ne vous alarmez point pour quelques vains dégoûts Qu'en sa ferveur souvent la plus sainte âme éprouve. Courez toujours à lui; ' qui le cherche le trouve;
t. Ce vers a été changé :
On voit, pourtant on voit des docteurs même austères.
Épitre XII, vers 50.
'2. Ces deux vers ont été changés :
Qui fait exactement ce que ma loi commande
A pour moi, dit ce Dieu, l'amour que je demande.
Vers 99-100.