M. Nicole. (L. R
2. On eut, peu de jours après, la nouvelle de la fameuse victoire remportée à La Marsaille par Catiiiat sur le duc de Savoie, le 4 octobre 1003.
loG CORRESPONDANCE.
Fontainebleau, 14 octobre [1693].
Je ne saurais m'empêcher de vous dire, mon cher fils, que je suis très-content de tout ce que votre mère m'écrit de vous. Je vois par ces lettres que vous êtes fort attaché à bien faire, et surtout que vous craignez Dieu, et que vous prenez du plaisir à le servir. C'est la plus grande satisfaction que je puisse recevoir, et en même temps la meilleure fortune que je vous puisse souhaiter. J'espère que plus vous irez en avant, plus vous trouverez qu'il n'y a de véritable bonheur que celui-là. J'approuve la manière dont vous distribuez votre temps et vos études ; je voudrois seulement qu'aux jours que vous n'allez point au collège, vous pussiez relire de votre Cicéron, et vous rafraîchir la mémoire des plus beaux endroits, ou d'Horace ou de Virgile, ces auteurs étant fort propres à vous accoutumer à penser et à écrire avec justesse et avec netteté.
Vous direz à votre mère que le pauvre M. de Sigur' a eu la jambe coupée, ayant eu le pied emporté d'un coup de canon. Sa pauvre femme, qui l'avoit épousé pour sa bonne mine, a employé la meilleure partie de son bien à lui acheter une charge ; et dès la première année il lui en coûte une janîbe. 11 a eu un fort grand nombre de ses camarades qui ont été tués ou blessés, je dis des officiers de la gendarmerie ; mais en récompense la victoire a été
1. llenri-Josepli, marquis de Scgur, dont il est fait mention dans \'Ilistt}ire militaire de Louis le Grand par le marquis de Quincy, et dans Vllisioirc de l'Ordre de Saint-Louis par M. d'Aspect. Sa femme était fille d'un fermier général. Uacine a écrit Siyur.
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fort grande , et on en apprend tous les jours de nouvelles circonstances très-avantageuses. On fait monter la perte des einiemis à près de dix mille morts, et à plus de deux mille prisonniers. Il reste à souhaiter que cette victoire soit suivie de la prise de queliiue place f[ui nous mette en état de prendre des quartiers en Italie, comme la victoire de Flandre est suivie de la prise de Gharleroi, qui terme et assure entièrement nos frontières de ce côté-là. L'impuissance où s'est trouva monsieur le prince d'Orange de secourir une place si importante marque bien la grandeur de sa défaite et de la perte qu'y firent les alliés. Le roi reçut hier nouvelle que les assiégés avoient battu la chamade dimanche dernier, à sept heures du matin. Ils auroient pu se défendre encore huit ou dix jours à cause de la dilliculté qu'on trouvoit à faire des mines sous les bastions et sous la courtine; mais ils étoient réduits à dix-huit cents hommes, de près de quatre mille qu'ils étoient. M. de Castille même, ([u'oii avoit mis au-dessus du gouverneur pour commander dans la place, étoit blessé. Ainsi ils se sont rendus, et ont fait grand plaisir à notre cavalerie, qui commençoit à patir beaucoup. Vous pourrez lire ces nouvelles à M. Despréaux, au cas que vous l'alliez voir, car je ne sais si je pourrai lui écrire aujourd'hui, à cause de la quantité de lettres que j'ai ici à écrire.
J'ai vu les drapeaux et les étendards qu'a envoyés M. de Gatinat, et je vous conseille de les aller voir avec votre mère quand on les portera à INotre-Dame. Il y a cent deux drapeaux et quatre étendards seulement ; ce qui marque que la cavalerie ennemie n'a pas fait beaucoup de résistance, et a de bonne heure abandonné leur infanterie, laquelle a presque été toute taillée en pièces. Il y avoit des bataillons entiers d'Espagnols qui se jetoient
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à genoux pour demander quartier, et on l'accordoit à quelques-uns d'eux; au lieu qu'on n'en faisoit point du tout aux Allemands, parce qu'ils avoiejit menacé de n'en point faire.
Il me semble que, dans une de vos letti'es, vous me demandiez la permission de faire présent d'une AtluiUe à un chartreux. Vous le pouvez faire sans difficulté. Je suis seulement fâché de ne m'être pas souvenu plus tôt de vous en parler.
Le roi partira de demain en huit jours pour aller à Choisy, ot'i il doit coucher deux nuits. Pour moi, j'irai ce jour-là tout droit à Paris; et j'espère que ce sera avec M. de Cavoie, qui commence à se mieux porter, et à qui M. Félix promet une prochaine guérison. Madame sa femme' dit que c'est votre mère qui l'a guéri avec le remède de tête [de] mouton qu'elle lui a enseigné, et dont madame de Cavoie, qui avoit aussi un commencement de dyssenterie, s'est fort bien trouvée. Je viens d'apprendre que M. du Tartre avoit une grosse fièvre. 11 a eu en tète de tlemander la chambre où M. Moreau est mort d'une fièvre maligne. Je fis ce que je pus pour l'empêcher d'y mettre son lit, mais je ne le persuadai point. Je craindrois (ju'il n'eût gagné sa même fièvre. Faites bien des amitiés pour moi à votre mère, et dites-lui que cette lettre est pour elle aussi bien que pour vous. Faites aussi mes compliments à vos sœurs. Monsieur l'archevêque de Sens a perdu monsiem* son frère à la bataille, et je crois que M. Chapelier vous l'aura dit.
1. Louise-Philippe de Coëtlogon. Elle avait été fille d'honneur de la reiue, et mourut à Paris en 1729, à l'âge de quatre-vingt-liuit ans.
A Foiitaiiicl loan, le 2i septembre [IGOl].
Je vous suis obligé du soiu que vous avez pris de faire toutes les choses que je vous avois recommandées. Je suis eu peine de la santé de M. Nicole sur ce que vous m'en écrivez, et vous me ferez plaisir d'y envoyer de ma part, et de me mander de ses nouvelles. J'espère retourner àllelun lundi ou mardi avec monsieur l'archexèque de Sens, en attendant que j'y aille avec M. Félix. Je croyois avoir fait mettre dans mon colTre un livre que j'ai été fâché de n'y avoir point trouvé. Ce sont les Pstiuimx lutins de Valable, à deux colonnes et avec des notes, iu-S", qui sont à la tablette où je mets d'ordinaire mon diurnal. Je vous prie de les chercher et de les empaqueter bien proprement dans du papier, et d'envoyer savoir par le cocher si monsieur l'abbé de Saillaus vient à Fontainebleau bientôt. Au cas qu'il y vienne, il faudrait l'envoyer prier de vouloir mettre ce livre dans son paquet ; sinon il faudra prier M. Sconin de le donner au valet de chambre de monsieur le duc de Chevreuse, qui viendra peut-être ici dans peu de jours.
On a eu aujourd'hui nouvelles (]ue les Anglois avoient voulu faire jouer quelques machines contre le port de Dunquerque', mais fju'on avoit fait sauter en l'air ces machines avec une partie des hommes qui étoient dessus. Les Allemands ont passé le Rhin, et font quelques ravages en Alsace; mais il y a apparence qu'on les fera bientôt