DE MADAME DE VILLETTE A BOILEAU
Monsieur le marquis d'Aubeterre, qui a passé ici, m'a dit, Monsieur, que vous lui aviez parlé de notre ancienne amitié, et il m'arappelé des souvenirs qui vous vaudront un carteau de fenouillette : - c'est le présent le plus magnifique que je vous puisse faire d'un ermitage comme celui-ci.' J'avais résolu, l'hiver passé, d'aller vous surprendre dans le vôtre, et d'y rendre M. de Villette témoin de notre tendresse. Ma mauvaise santé m'empêcha d'exécuter ce projet : j'espère qu'il ne sera que différé. En attendant, si vous nous jugiez dignes de lire vos derniers ouvrages, et que vous voulussiez nous les envoyer, je trouverais mon pauvre petit présent plus que payé. Notre ami M. Racine sait notre adresse, quoiqu'il ne s'en serve point; mais vous êtes tous si dévots que je ne suis point étonnée de vous perdre de vue. Cependant je ne vous estime et ne vous honore pas moins. *
1. Publiée dans le recueil de Louis Racine, p. 257, avec cette note :
« Je rapporte cette lettre à cause du témoignage rendu à la piété des deux poètes. Elle est écrite par M°" de Villette, depuis M""" de Boulimbrok. Cette daine était encore fort jeune, puisqu'elle avait fait il Saint-Cyr une personnage dans Esther. u
Cette M»" de Villette était fille de M. Marsilly, et, p.ir sa mère, petitefille de Thomas Corneille. Elle avait été élevée à Saint-Cyr et y avait joué, dans Eslher. le personnage de Zarès. Elle épousa le marquis de Villette, cousin de M"'" de Maintenon, et en secondes noces milord Bolingbruke. Elle est morte en .Angleterre en 17.J0.
2. La fenouillette dont il s'agit ici était de l'eau-de-vie dans laquelle on faisait macérer l'herbe appelée fenouil ; elle était alors fort à la mode. (G.)