‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 149 sur 249 · Marsilly, près de Nogent-sur-Seine · texte numérisé non relu

Marsilly, près de Nogent-sur-Seine

4. Voyez la réponse de Boileau, OEuvres complètes de Boileau dans cette collection, tome IV, p. 196,

DE M. VL'II.LAIU) A M. DE P R liFOXT A INE.

31 décembre 1C08.

.... Mais voici uni; nouvelle particulière qui va vous faire un vrai plaisir. C'est le mariage de M"" Racine avec le fils du bonhomme M. de Moramber. Voici ce qui donna lieu à l'idée qui m'en vint. On me dit que M. Racine pensoit à marier sa fille. Moi qui savois qu'elle avoit passé six mois nouvellement auprès de sa grande-tante, l'abbesse de Port-Royal, je doutai d'abord. Pour ra'assurer du fait, je dis à M. Racine ce que j'apprenois, et le priai de former lui-même le langage que je tiendrois aux personnes qui m'en parleroient comme me croj'ant son ami. Alors il m'ouvrit son cœur, et m'expliqua confideiiiment ses idées sur le mariage et la qualité de l'alliance qu'il eherchoit pour sa fille, ajoutant que s'il trouvoit de quoi remplir solidement ces idées, comme seroit un jeune avocat de bon esprit, bien élevé, formé de bonne main, qui eût eu déjà quelque succès dans des coups d'essai et premiers plaidoyers, avec un bien raisonnable et légitimement acquis, il le préféreroit sans hésiter à un plus grand établissement, quoi que lui fissent entrevoir et espérer des gens fort qualifiés et fort accrédités qui vouloient marier sa fille. Il m'invita bonnement à y penser. M. de Moramber le fils, qu'on nomme Riberpré, du nom d'un fief qu'a le père à Éclaron,^ me vint voir quelques jours après, à son retour de la campagne. 11 y avoit passé deux mois, à un autre lieu près de Beauraont-sur- Oise, où ils ont aussi du bien, et me dit que, durant ces deux mois, il avoit étudié sept heures par jour avec son père. Outre que je lui savois tout ce que M. Racine désiroit, je le trouvai de plus si formé et plein de tant de raison, de bons sentiments et de bon goût, qu'après avoir pris langue du père et de la mère,

i.Port-ttoyal, do Sainte-Beuve, tome VI, p. 2ôl. 2. Bourg en Champagae.

qui m'applaudirent, je fis la proposition à M. Racine. Il Tagréa fort. On a fait ensuite toutes les démarches qu'il convient pour parvenir à ces bons comptes qui font les bons amis. Tout a cadré à souhait. On est très-content, de part et d'autre, et des personnes et des biens. M. Racine ne donne que vingt mille écus, mai.^ en très-bon bien. ' M. de Moramber ne veut pas qu'on le sache, en donnant plus de quinze mille à son fils, qui a de grandes espérances encore, de père, mère, et de sa sœur ainée, qui ne se veut point marier... La demoiselle a dix-huit à dix-neuf ans, et le cavalier vingt-cinq à vingt-six. Chacun les trouve assortis à souhait. M. Racine me nomme le Raphaël de cette alliance, et dit le dernier jour au pasteur et bon ami de Saint-Séverin* qu'il n'oublieroit jamais l'obligation qu'il a à l'entremetteur. Comme je suis témoin et charmé de la bonne éducation qu'ils ont eue tous deux, je n'ai qu'à souhaiter que le Raphaël valût prix pour prix la jeune Sara et le jeune Tobie. Ils seront mariés le 7 de janvier. Les articles furent signés le 23 de ce mois. On publie les bancs à trois fois, selon l'ordre, et selon l'inclination de si bons paroissiens de part et d'autre. L'alliance est tout à fait belle du côté de M""= de Moramber. Sa mère étoit cousine germaine du président de Perigiiy, père de M'"" Dagucsseau et de La Houssaye, et alliée des Montholon, Soguier, Le Picard, Le Coigneux, .\ngran, etc. Jl n'y aura que neuf ou dix conviés de part et d'autre, et M. Despréaux avec le Raphaël, les deux amis des époux et des deux familles. Cet article est un peu long; mais vous estimez M. Racine, et vous aimez M. de Moramber, et vous daignez avoir mille bontés pour moi. Je recommande cette alliance à vos prières. Monsieur.

1. Marie-Catherine Racine fut dotée de 30,000 livres. (P. M.)

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