M. Boileau, clumoine de la Sainte-Chapelle
3. Publiée dans le recueil de Louis Racine, qui y attache la note suivante : 1' Je mets ici cette lettre, non-seulement parce qu'elle apprend l'effet que produisirent deux vers de Dritannicus, mais parce qu'elle contient la tlièse que Boileau soutint devant M. Arnaud, comme je l'ai rapporté dans la vie de mon père. Il avait soutenu la même tliùse, en présence du P. Massillon, contre M. de Monchesnai, auteur du Bolœana, qui lui envoya ensuite une dissertation sur cette matière, et le paquet fut porté par un ramoneur. Boileau, surpris du messager, en fit quelques railleries. M. de Monchesnai, en étant informé, lui écrivit une lettre que je ne rapporte point, parce qu'elle ne contient que des plaisanteries sur le ramoneur, et que ces plaisanteries n'ont rien d'agréable. La plume de l'auteur du Bolœana n'était pas légère. »
4. M. de Monchesnai avait fait des satires, et dans sa lettre de plainte à
de moi pour avoir écrit que je ne pouvois juger à la hâte d'ouvrages comme les vôtres, et surtout à l'égard de la question que vous entamez sur la tragédie et sur la comédie, que je vous ai avoué néanmoins que vous traitiez avec beaucoup d'esprit. Car, puisqu'il faut vous dire le vrai, autant que je puis me ressouvenir de votre dernière pièce, vous prenez le cliange, et vous y confondez la comédienne avec la comédie, que, dans mes raisonnements avec le P. Massillon, j'ai, comme vous savez, exactement séparées. Du reste, vous y avancez une maxime qui n'est pas, ce me semble, soutenable : c'est à savoir qu'une cliose qui peut produire quelquefois de mauvais effets dans des esprits vicieux, quoique non vicieuse d'elle-même, doit être absolument défendue, quoiqu'elle puisse d'ailleurs servir au délassement et à l'instruction des hommes. Si cela est, il ne sera plus permis de peindre dans les églises des Vierges Maries, ni des Suzannes, ni des Magdelaines agréables de visage, puisqu'il peut fort bien arriver que leur aspect excite la concupiscence d'un esprit corrompu. La vertu convertit tout en bien, et le vice tout en mal. Si votre maxime est reçue, il ne faudra plus non-seulement voir représenter ni comédie, ni tragédie, mais il n'en faudra plus lire aucune, il ne faudra plus lire ni Virgile, ni Théocrite, ni Térence, ni Sophocle, ni Homère; et voilà ce que demandoit Julien l'Apostat, et qui lui attira cette épouvantable diffamation de la part des Pères de l'Église. Croyez-moi, Monsieur, attaquez nos tragédies et nos comédies, puisqu'elles sont ordinairement fort vicieuses, mais n'attaquez point la tragédie et la comédie en général, puisqu'elles sont d'elles-mêmes indifférentes, comme le sonnet et les odes, et qu'elles ont quelquefois rectifié l'homme plus que les meilleures prédications ; et pour vous en donner un exemple admirable, je vous dirai qu'un grand prince, qui avoit dansé à plusieurs ballets, ayant vu jouer le Uritaimiciis de M. Racine, où la fureur de Néron à monter sur le théâtre est si bien attaquée, il ne dansa plus ;'i aucun ballet, non pas même au temps du carnaval. 11 n'est pas concevable de combien de mauvaises choses la
Boileau sur les plaisanteries qu'il avait faites à l'occasion du ramoneur, il lui rappelait que, dans ses satires, son nom se trouvait souvent avec éloge. Sa longue réponse à cette lettre de Boileau se trouve dans les Mémoires de littérature donnés par le R. P. Desmolets. (Louis Racine.)
comtktie a guéri les liomnies capables d'être giUM'is, car j'avoue qu'il yen a que tout rend malades. Enfin, Monsieur, je vous soutiens, quoi qu'en dise le P. Massillon, que le poëme dramatique est une poésie indifTérente de soi-même, et qui n'est mauvaise que par le mauvais usage qu'on en fait. Je soutiens que l'amour, e.xprimé chastement dans cette poésie, non-seulement n'inspire point l'amour, mais peut beaucoup contribuer à guérir de l'amour les esprits biiMi faits, pourvu qu'on n'y répande point d'images ni de sentiments voluptueux. Que s'il y a quelqu'un qui ne laisse pas, malgré cette précaution, de s'y corrompre, la faute vient de lui et non pas de la comédie. Du reste, je vous abandonne le comédien et la plupart de nos poètes, et même M. Racine en plusieurs de ses pièces. Enfin, Monsieur, souvenez-vous que l'amour d'Hérode pour Mariamne dans Josèphe est peint avec tous les traits les plus sensibles de la vérité. Cependant quel est le fou qui a jamais, pour cela, défendu la lecture de Josèphe? Je vous débarbouille tout ce canevas de dissertation, afin de vous montrer que ce n'est pas sans raison que j'ai trouvé à redire à votre raisonnement. J'avoue cependant que votre satire est pleine de vers bien trouvés. Si vous voulez répondre à mes objections, prenez la peine de le faire de bouche, parce qu'autrement cela traîneroit à l'infini ; mais surtout trêve aux louanges; je ne les mérite point, et n'en veux point; j'aime qu'on me lise, et non qn'on me loue. Je suis, etc.