‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 170 sur 249 · DE JEAN-BAPTISTE RACINE A LOUIS RACINE · texte numérisé non relu

DE JEAN-BAPTISTE RACINE A LOUIS RACINE

Ce 3= septembre [1742].

Je ne suis pas moins surpris que vous de la nouvelle que vous me mandez : je savois que la première partie de l'ouvrage en

1. Ces cinq lettres de J.-B. Racine à son frère Louis sont intéressantes surtout comme expression du caractère du fils aîné de Racine, do ses sen-

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question étoit imprimée ; mais je ne savois pas que la seconde le fût,' et je doutois même qu'elle existât. On m'apporta, il y a environ trois mois, une copie de la première partie, pour savoir de moi si elle étoit de mou père : je répondis que je ne pouvois rien assurer là-dessus, n'ajant jamais eu aucune connoissance de cet ouvrage; qu'il étoit vrai que j'en avois souvent entendu parler à M. Despréaux, qui le vantoit fort comme un morceau parfaitement bien écrit, mais que c'étoit tout ce que j'en savois. J'étois extrêmement jeune quand je perdis mon père -, et il ne m'a jamais lâché le moindre mot de cela. Il est vrai que deux jours avant que de mourir, M. Dodart étant au chevet de son lit, il me dit d'aller chercher dans son cabinet une pelite cassette noire, que j'ai encore, et qu il en tira devant moi un manuscrit petit in-folio qu'il remit entre les mains de M. Dodart. Je me retirai, et ils furent longtemps à parler ensemble. M. Dodart emporta le manuscrit, en lui disant qu'il espéroit le lui rendre : voilà tout ce que j'entendis. On m'a dit depuis que ce même M. Dodart avoit remis le manuscrit entre les mains d'un de ses amis qui avoit actuellement quatre-vingts ans, mais qu'il n'avoit jamais voulu le communiquer à personne. Mais de quoi ne viennent point à bout les jansénistes, et surtout les jansénistes imprimeurs? Ils disent que cet ouvrage est de mon père : je le veux bien croire; mais où en est la preuve? à moins qu'ils ne disent d'où et de qui ils le tiennent. 11 est certain que mon père avoit eu le dessein d'écrire cette histoire, et cela en faveur de monsieur le cardinal de Noailles, qui le pria de vouloir bien le mettre au fait des affaires des religieuses de P.-R., dont il étoit fort peu instruit ; et c'est ce qui fit qu'après la mort de monsieur le cardi-

timents et de ses jugements, qui pouvaient avoir quelque empreinte, pour ainsi dire, de l'éducation paternelle.

Les deux premières ont été publiées dans l'édition de 1807. Les trois dernières avaient été résumées avec une singulière inexactitude par Louis Racine à la fin de son recueil. Elles ont été toutes cinq rétablies par M. Mesnard d'après les manuscrits originaux qui lui ont été communiqués par M. .\uguste de Naurois.

i. Cette seconde partie n'était pas imprimée. J.-B. Hacine avait été trompé sans doute par quelque faux bruit. Voyez l'Introduction du tome VI, pp. v-vi.

2, Il avait vingt et un ans à la mort de son père.

liai jo m'adressai au nian'chal de N'oaillos d'aujourd'hui, et lui demandai si parmi les papiers de luonsieur son oncle il n'en avoit rien trouvé. Il me répondit que non. J'en fis de même à la mort de M. Dodart, et j'en demandai des nouvelles au premier médecin sou lils, qui me dit qu'il n'en avoit jamais entendu parler à son père : si bien ([ue j'ai toujours cru l'ouvrage perdu, et ne puis deviu(M- par quelle voie il peut être tombé entre les mains des imprimeurs. Je m'en vais tâcher ;\ voir cette seconde partie, dont je suis fort curieux; car, entre nous, je doutois fort de son existence, et je croyois que ceux qui nous donnoient la première nous auroient sans doute donné la seconde, à moins que ce ne soit une finesse di> libraires pour faire acheter deux fois l'ouvr.age.

A l'occasion de cela ne pourriez-vous pas prier monsieur le chancelier ou M. d'Argenson de nous donner le privilège des œuvres de mou père, pour les purger de quantité de choses que les libraires y fourrent? Ils ont mis dans la dernière des épigrammes qui ne sont point de lui, les deux lettres contre M. Nicole avec les insipides réponses. Il est étonnant qu'ayant laissé des enfants qui savent lire, on abandonne un pareil livre à l'avidité et à l'impertinence des libraires et des éditeurs leurs adjoints. Pourvu qu'ils grossissent le livre, ils ne s'en soucient point, et y fourrent jusqu'aux sottises faites contre l'auteur.

Suscription : A Monsieur Monsieur Racine, directeur des fermes du Roi, à Soissons.

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