‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 180 sur 249 · Elle y mourut le 12 août 1GC · texte numérisé non relu

Elle y mourut le 12 août 1GC

3. Lorsqu'en 1038 le cardinal de Richelieu eut fait arrûtcr l'abbé de Saiut-Cyran, il envoya ordre à Antoine Le Maître et i Le Maître de Séricourt de quitter Port-Royal; et les deux Irères allèrent chercher une retraite à la Ferté-Milon, chez M""' Vitart, tante de Racine.

d'octobre IGjS il fut envoyé i Paris pour faire sa philosophie au collège d'Harcourt.

Quoiqu'il soit naturel de penser qu'un génie aussi vif que le sien, animé par une grande passion pour l'étude, et conduit par d'excellents maîtres, ait fait en peu de temps à Port-Uoyal de grands progrès, on a cependant peine i comprendre comment en trois ans ils ont pu être si rapides. Je juge de ces progrès par les extraits qu'il faisoit des auteurs grecs et latins qu'il lisoit.

J'ai ces extraits écrits de sa main. Ses facultés, qui étoient fort médiocres, ne lui permettant pas d'acheter les belles éditions des auteurs grecs, il les lisoit dans les éditions faites à Bille sans traduction latine. J'ai hérité de son Platon et de son Plutarque, dont les marges, chargées de ses apostilles, sont la preuve de l'attention avec laquelle il les lisoit ; et ces mêmes livres font connoître l'extrême attention qu'on avoit à Port-Royal pour la pureté des mœurs, puisque dans ces éditions mêmes, quoique toutes grecques, les endroits un peu libres, ou pour mieux dire trop naïfs, qui se trouvent dans les narrations de Plutarque, his torien d'ailleurs si grave, sont effacés avec un grand soin. On ne confioit jias à un jeune homme un livre tout grec sans précaution.

M. Le Maître, qui trouva dans mon père une grande vivacité d'esprit avec une étonnante facilité pour apprendre, voulut conduire ses études, dans l'intention de le rendre capable d'être un jour avocat. 11 le prit dans sa chambre, et avoit tant de tendresse pour lui, qu'il ne l'appeloit que son fils, comme on verra par ce billet, dont l'adresse est : Au petit Racine, et que je rapporte, quoique fort simple, à cause de sa simplicité même. M. Le Maître l'écrivit de Bourg-Fontaine, où il avoit été obligé de se retirer :

a. Mon (ils, je vous prie de m'envoyer au plus tôt VApotogie des SS. PP., qui est à moi, et qui est de la première impression. Elle est reliée en veau marbré, in-Zi". J'ai reçu les cinq volumes de mes Conciles, que vous aviez fort bien empaquetés. Je vous en remercie. Mandez-moi si tous mes livres sont bien arrangés sur des tablettes, et si mes onze volumes de saint Jean Chrysostome y sont ; et voyez-les de temps en temps pour les nettoyer. Il faudroit mettre de l'eau dans les écuelles de terre, où ils sont, afin que les souris ne les rongent pas. Faites mes recommandations à

votre bonne tante, et suivez bien mes conseils en tout. La jeunesse doit toujours se laisser conduire, et tâcher de ne point s'émanciper. Peut-être que Dieu nous fera revenir où vous êtes. Cependant 11 faut tâcher de profiter de cet événement, et faire en sorte qu'il nous serve à nous détacher du monde, qui nous paroît si ennemi de la piété. Bonjour, mon cher fils; aimez toujours votre papa comme il vous aime; écrivez-moi de temps en temps. Envoyez-moi aussi mon Tacite in-folio.' »

M. Le -Maître ne fut pas longtemps absent, il eut la permission de revenir; mais en arrivant il tomba dans la maladie dont il mourut; et après sa mort, M. Hanion prit soin des études de mon père - Entre les connoissances qu'il fit à Port-Rojal, je ne dois point oublier celle de monsieurle duc de Chevreuse, qui a conservé toujours pour lui une amitié très-vive, et qui, par les soins assidus qu'il lui rendit dans sa dernière maladie, a bien vérifié ce que dit Quintilien, que les amitiés qui commencent dans l'enfance, et que des études communes font naître, ne finissent qu'avec la vie.

On appliquoit mon père, quoique très-jeune, à des études fort sérieuses. 11 traduisit ' le commencement du tianquel de Platon, fit des extraits tout grecs de quelques traités de saint Basile, et quelques remarques sur Pindare et sur Homère. Au milieu de ses occupations, son génie l'entrainoit tout entier du coté de la poésie, et son plus grand plaisir étoit de s'aller enfoncer dans les bois de l'abbaye avec Sophocle et Euripide, qu'il savoit presque par cœur. 11 avoit une mémoire surprenante. Il trouva par hasard le

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