‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 191 sur 249 · Voy. tome II, p · texte numérisé non relu

Voy. tome II, p

Ce sonnet avoit éti5 fait par niadaine Deshoulièrss, qui protégeoit Pradon, non par adiiiiralioii pour lui, mais parce qu'elle étoit amie de tous les poètes qu'elle ne regardoit pas comme capables de lui disputer le grand talent qu'elle croyoit avoir pour la poésie. On ne s'avisa pas de soupçonner madame Deshoulières du sonnet : on se persuada fort mal à propos que l'auteur étoit M. le duc de Nevers, parce qu'il faisoit des vers et qu'il étoit du parti de l'hôtel de Bouillon. On répondit à ce sonnet par une parodie sur les mêmes rimes; et on ne respecta dans cette parodie ni le duc de Nevers, ni sa sœur la duchesse de Mazarin, retirée en Angleterre. Quand les auteurs de la parodie n'eussent fait que plaisanter M. le duc de Nevers sur sa passion pour rimer, ils avoient tort, puisqu'ils attaquoient un homme qui n'avoit cherché querelle à personne; mais dans leurs plaisanteries ils passoient les bornes d'une (|uerelle littéraire, en quoi ils n'étoient pas excusables. Je ne rapporte ni leur parodie, ni le sonnet : on trouve ces pièces dans les longs commentateurs de Boileau, et dans plusieurs recueils. On ne douta point d'abord que cette parodie ne fût l'ouvrage du poëte offensé, et que son ami Boileau n'y eût part. Le soupçon étoit naturel. Le duc irrité annonça une vengeance éclatante. Ils désavouèrent la parodie, dont en effet ils n'étoient point les auteurs; et M. le duc Henri-Jules ' les prit tous deux sous sa protection, en leur offrant l'hôtel de Condé pour retraite. « Si vous êtes innocents, leur dit-il, venez-y ; et si vous êtes coupables, venez-y encore. » La querelle fut apaisée quand on sut que quelques jeunes seigneurs très- distingués avoient fait dans un repas la parodie du sonnet.

La. Phèdre resta victorieuse de tant d'ennemis; et Boileau, pour relever le courage de son ami, lui adressa sa septième Épitre sur l'utilité qu'on retire de la jalousie des envieux. L'auteur de Phèdre étoit flatté du succès de sa tragédie, moins pour lui que pour l'intérêt du théâtre. 11 se félicitoit d'y avoir fait goûter une pièce où la vertu avoit été mise dans tout son Jour, où la seule pensée du crime étoit regardée avec autant d'horreur que le crime même ; et il espéroit par cette pièce réconcilier la tragédie « avec quantité de personnes célèbres par leur piété et

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