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de son esprit et de son tempérament portoit à plusieurs passions dangereuses dans !a société, pour soi-même et pour les autres, avoit toujours pu en modérer la violence : ce qu'il attribuoit aux sentiments de religion qu'il avoit eus gravés dans le cœur dès l'enfance, et qui le retinrent contre ses penchants dans les temps même les plus impétueux de sa jeunesse. Sur quoi il disoit : « La raison conduit ordinairement les autres à la foi ; c'est la foi qui a conduit M. Racine à la raison.' »
Boileau avoit reçu de la nature un caractère plus propre à la tranquillité et au bonheur. Exempt de toutes passions, il n'eut jamais à combattre contre lui-même. Il n'étoit point satirique dans la conversation; ce qui faisoit dire à M"" de Sévigné qu'il n'étoit cruel qu'en vers. Sans être ce qu'on appelle dévot, il fut exact, dans tous les temps de sa vie, à remplir les principaux devoirs de la religion. Se trouvant, à Pâques, dans la terre d'un ami, ilallaàconfesseaucuré, quine le connoissoit pas, et qui étoit un homme fort simple. Avant que d'entendre sa confession, il lui demanda quelles étoient ses occupations ordinaires. « De faire des vers, répondit Boileau. — Tant pis, dit le curé. Et quels vers? — Des satires, ajouta le pénitent. — Encore pis, répondit le confesseur. Et contre qui? — Contre ceux, dit Boileau, qui font mal des vers ; contre les vices du temps, contre les ouvrages pernicieux, contre les romans, contre les opéras. — Ah! dit le curé, il n'y a donc pas de mal, et je n'ai plus rien à vous dire. »
On peut bien assurer que ces deux poètes n'ont jamais rougi de l'Évangile. Mon père, comme chef de famille, se croyoit obligé à une plus grande régularité : il n'alloit jamais aux spectacles, et ne parloit devant ses enfants ni de comédie ni de tragédie profane. A la prière qu'il faisoit tous les soirs au milieu d'eux et de ses domestiques, quand il étoit à Paris, il ajoutoit la lecture de l'Évangile du jour, que souvent il expliquoit lui-même par une courte exhortation proportionnée à la portée de ses auditeurs et prononcée avec cette ûme qu'il donnoit à tout ce qu'il disoit.
1. Ce mot n'est pas exactenipiit rapporté dans le Bolœana. (L. R.) Voici la version du llvlwaiia : « M. De-ipréaus nous disoit que M. Racine étoit venu Ji la vertu par la religion, sou tempérament le portant à être railleur, inquiet, jaluux et voluptueux, u
Pour occupor de lectures pieuses M. de Seignelay, malade, il alloit lui lire les Psaumes. Cette lecture le mettoit dans une espèce d'enthousiasme, dans lequel il faisoit sur-le-champ une paraphrase du psaume. J'ai entendu dire à M. l'abbé Renaudot, qui étoit un des auditeurs, que cette paraphrase leur faisoit sentir toute la beauté du psaume, et les enlevoit.
Un autre exemple de cet enthousiasme qui le saisissoit dans la lecture des choses qu'il admiroit, est rapporté par M. de Valincour. 11 étoit avec lui à Auteuil, chez lloileau, avec M. Nicole et quelques autres amis distingués. On vint à parler de Sophocle, dont il étoit si grand admirateur qu'il n'avoit jamais osé prendre un de ses sujets de tragédie. Plein de cette pensée, il prend un Sophocle grec, et lit la tragédie à'OEdipe, en la traduisant sur-lechamp. Il s'émut à tel point, dit M. de Valincour ', que tous les auditeurs éprouvèrent les sentiments de terreur et de pitié dont cette pièce est pleine, i J'ai vu, ajoute-t-il, nos meilleures pièces représentées par nos meilleurs acteurs : rien n'a jamais approché du trouble où me jeta ce récit ; et, au moment que j'écris, je m'imagine voir encore Racine le livre à la main, et nous tous consternés autour de lui. » Voilà sans doute ce qui a fait croire qu'il avoit dessein de composer un Œdipe.
Un morceau d'éloquence qui le mottoit dans l'enthousiasme, étoit la prière à Dieu qui termine le livre contre M. Mallet.- Il aimoit à la lire; et lorsqu'il se trouvoit avec des personnes disposées à l'entendre, il les attendrissoit, suivant ce que m'a raconté M. Rollin, qui avoit été présenta une de ces lectures.
Dans l'écrit intitulé le Xouvel Absalon,'* etc., qui fut imprimé par ordre de Louis XIV, il reconnoissoit l'éloquence de Démosthènes contre Philippe; et l'on sait quelle admiration il avoit pour Démosthènes. « Ce bourreau fera tant qu'il lui donnera de l'esprit, » dit-il un jour, en entendant M. de Tourreil, qui proposoit différentes manières d'en traduire une phrase. Boileau avoit la même admiration pour Démosthènes. « Toutes les fois,
1. Lettre à M. l"al)bé d'Olivot. Hhtoire de l'Académie française. (L. R.)
2. Nouvelle défense de la traduction du Xouveau Testament imprimé à Mens... 16S0 par Antoine Arnauld, livre XII, chap. \n. Sainte-Beuve, Port- Ilnyat. tome V, pp. 2'.n-'200, a cité une partie de cette invocation.