‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 205 sur 249 · Lettre du 21 in.irs IG · texte numérisé non relu

Lettre du 21 in.irs IG

3. Le privilège, date du i février 1GS9, est .ucordé aux dames de Saint-

une tragédie faite pour Saint-Cyr. De pareils sujets ne conviennent point à de pareils acteurs : il falloit, comme dit M"" de Sévigné, lettre 533, ' « des personnes innocentes pour chanter les malheurs de Sion; la Chanipmeslé nous eût fait mal au cœur ».

Madame la comtesse de Caylus a pensé de même; et on lira avec plaisir ce qu'elle écrit sur Alliai ie. dans ses Souvcnù's, recueil dont j'ai parlé :

(I Le grand succès d'Eslher mit Racine en goût : il voulut composer une autre pièce; et le sujet d'Athalie c'est-à-dire de lu mort de cette reine, et la reconnoissance de Joas) lui parut le plus beau de tous ceux qu'il pouvoit tirer de l'Écriture sainte. 11 y travailla sans perdre de temps ; et l'hiver suivant, cette nouvelle pièce se trouva en état d'être représentée; mais M"" de Maintenon reçut de tous cùtés tant d'avis et tant de représentations des dévots, qui agissoient en cela de bonne foi, et de la part des poètes jaloux de Racine, qui, non contents de faire parler les gens de bien, écrivirent plusieurs lettres anonymes, qu'ils empêchèrent enfin Allialie d'être représentée sur le théâtre de Saint-Cyr. On disoit à M"" de Maintenon qu'il étoit honteux à elle de faire monter sur un théâtre des demoiselles rassemblées de toutes les parties du royaume pour recevoir une éducation chrétienne, et que c'étoit mal répondre à l'idée que l'établissement de Saint-Cyr avoit fait concevoir. J'avois part aussi à ces discours, et on trouvoit encore qu'il étoit indécent à elle de me faire voir à toute la cour sur un théâtre.

« Le lieu, le sujet des pièces, et la manière dont les spectateurs s'étoient introduits à Saint-Cyr, dévoient justifier M""' de Maintenon, et elle auroit pu ne pas s'embarrasser de discours qui n'étoient fondés que sur l'envie et la malignité: mais elle pensa différemment, et arrêta ces spectacles dans le temps que tout étoit prêt pour jouer Alhalie. Elle fit seulement venir à Versailles, une fois ou deux, les actrices pour jouer dans sa chambre devant

Cyr, et non pas à fauteur; et il y est dit : « Ayant vu nous-mêmes plusieurs représentatious dudit ouvrage, dont nous avons vit satisfait, nous avons donné par ces présentes aux dames de Saint-Cyr, avec défense à tous acteurs et autres montant sur les théâtres publics, dy représenter ni chanter ledit ouvrage, etc. n (L. R.)

1. Édition de Perrin. C'est la lettre citée à la page précédente.

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le roi, avec leurs habits ordinaires. Cette pièce est si belle que l'action non parut pas refroidie; il me semble môme qu'elle produisit alors plus d'elVet qu'elle n'en a produit sur le théâtre de Paris. Oui, je crois que M. Ilacine auroit été fâché de la voir aussi défigurée qu'elle m'a paru l'être par une Josabeth fardée, par une -Athalie outrée,' et par un grand-prètre plus capable d'imiter les capuc-inades du petit P. Honoré que la majesté d'un prophète divin. Il faut ajouter encore que les chœurs, qui manquoient aux représentations faites à Paris, ajoutoient une grande beauté à la pièce, et que les spectateurs, mêlés et confondus avec les acteurs, refroidissent infiniment l'action; mais, malgré ces défauts et ces inconvénients, elle a été admirée, et le sera toujours.

« On fit après, à l'envi de M. Racine, plusieurs pièces pour Saint-Cyr, mais elles y sont ensevelies. La ,1ml ilh. pièce que M. l'abbé Testu fit faire par Boyer, à laquelle il travailla lui-même, fut jouée ensuite - sui- le théâtre de Paris avec le succès marqué dans l'épigranniie :

i( A su Judith, Boyer, par aventure, etc. "

Athalie fut exécutée deux fois devant Louis XIV et devant M""" de Mainlenon, dans une chambre sans théâtre, par les demoiselles de Saint-Cyr, vêtues de ces habits modestes et uniformes qu'elles portent dans la maison. De pareilles représentations étoient bien différentes de celles A'EHkcr, qui se faisoient avec une grande dépense pour les habits, les décorations et la musique.

M"'" de Caylus fait peut-être une prédiction véritable lorsqu'elle dit (\n\\lli<iliti sera toujours admirée ; mais elle ne le fut pas d'abord du public; et lorsqu'elle parut imprimée en 1091, elle fut très-peu recherchée. On avoit entendu dire qu'elle étoit faite pour Saint-Cyr, et qu'un enfant y faisoit un princi|)al personnage: on se persuada que c'étoit une pièce (|ui ii'étoit ((ue pour des enfants, et les gens du monde furent peu empressés delalire. Ceux qui la lurent parurent froids d'abord; et M. Arnauld, en la trou-

I. Elle parle de la Duclos, du la Desmares et do Beaubourg. Le vieux Baron fit après lui le rôle du graad-prètre bien différemment. (L. R.) i. En 1095.

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