Ce musicien s'appelait Moreau
3. Le P. Quosnel. Voy. Lettres de divers à diiers, p. 262 et p. 203.
rcfiarile l'auteur comme l'apôtre des Muses et le prédicateur du Parnasse, dont il semble n'avoir appris le langage que pour leur prêcher en leur langue l'Évangile , et leur annoncer le Dieu inconnu. Je prie Dieu qu'il bénisse sa mission, et qu'il daigne le remplir de plus en plus des vérités qu'il fait passer si agréablement dans les esprits des gens du monde. »
Le même homme écrivit encore une lettre fort belle lorsqu'il apprit qu'une de mes sœurs se faisoit religieuse , et l'heureuse apiilication qu'il y fait de quelques vers de ces cantiques m'engage il la rapporter ici.
Du 14 février 1097. i
« Je prends, en vérité, beaucoup de part à la douleur et à la joie de l'illustre ami. Car il y a en cette occasion obligation d'unir ce que saint Paul sépare, flere cum flenlibus, gaudere cum gaudenlibus. La nature s'afflige, et la foi se réjouit dans le même cœur. Mais je m'assure que la foi l'emportera bientôt, et que sa joie, se répandant sur la nature, en noiera tous les sentiments humains. Il est impossible qu'une telle séparation n'ait fait d'abord une grande plaie dans ce cœur paternel ; mais le remède est dans la plaie ; et cette affliction est la source de consolations infinies pour l'avenir, et dès à présent. Je ne doute point qu'il ne conçoive combien il a d'obligation à la bonté de Dieu, d'avoir daigné choisir dans son petit troupeau une victime qui lui sera consacrée et immolée toute sa vie en un holocauste d'amour et d'adoration, et de l'avoir cachée dans le secret de sa face, pour y mettre à couvert de la corruption du siècle toutes les bonnes qualités qui ne lui ont été données que pour Dieu. Au bout du contpte, il s'en doit prendre un peu à lui-même. La bonne éducation qu'il lui a donnée et les sentiments de religion qu'il lui a inspirés l'ont conduite à l'autel du sacrifice. Elle a cru ce qu'il lui a dit, que de ces deu.x hommes qui sont en nous.
L'un, tout esprit et tout céleste.
Veut qu'au ciel sans cesse attaché, Et des biens éternels touché, On compte pour rien tout le reste.
\. Marie-Catherine, la fille aînée de Racine, était entrée aux Carmélites le 20 déctmbre 1690.
« Elle l'a de bonne foi compté pour rien sur sa parole, et plus encore sur celle de Dieu, et s'est résolue d'être sans cesse attachée au ciel et aux biens éternels. Il n'y a donc qu'à louer et à bénir Dieu, et à profiter de cet exemple de détachement des choses du monde que Dieu nous met à tous devant les yeux dans cette généreuse retraite.
(I Je vous prie d'assurer cet heureux père que j'ai offert sa victime à l'autel, et que je suis, avec beaucoup de respect, tout à lui. »
Ce père si tendre fut présent au sacrifice de sa fille, et pleuroit encore quand il en écrivit le récit dans une lettre qu'on trouvera la dernière de toutes ses lettres. ' 11 n'est pas étonnant qu'une victime qui étoit de son troupeau lui ait coûté beaucoup de larmes, puisqu'il n'assistoit jamais à une pareille cérémonie sans pleurer, quoique la victime lui fût indififérente : c'est ce qu'on apprendra par une des lettres de M"" de Maintenon, qui écrivoit à Saint-Cyr pour demander le jour de la profession d'une jeune personne, où elle vouloit assister. « Racine, qui veut pleurer, dit-elle, viendra à la profession de la sœur Lalie.- » La tendresse de son caractère paroissoit en toute occasion. Dans une représentation à'Eslher devant le roi, la jeune actrice qui faisoit le rôle d'Élise manqua de mémoire : « K\\ ! mademoiselle, s'écriat-il, quel tort vous faites à ma pièce ! » La demoiselle, consternée de la réprimande, se mit à pleurer. .Aussitôt il courut à elle, prit son mouchoir, essuya ses pleurs et en répandit lui-même. Je ne crains point d'écrire de si petites choses, parce que cette facilité
1. Cette lettre à la mère .Agnès de Sainte-Tliècle, du 9 novembre 109S, est relative à l'entrée en religion d'Anne Racine.
2. La première des quatre lettres de M"" de Maintenon publiées par Louis Racine, adressée à .M"" de Brinon, et datée de Chantilly, 28 mars, commence comme il suit : " Vous avez raison de tout disposer pour la prise d'Iialiii de notre fille la sœur Lallie; mais comment pouvez-vous être incertaine du jour? N'est-il pas arrête avec celui qui prêche et avec celui qui fait la cérémonie? Pour moi, je serai également prête jeudi ou vendredi. M. Racine, qui veut pleurer, aimeroit mieux que ce fût vendredi, ce qui ne doit pourtant pas vous obliger à rien changer. Avertissez-moi seulement le plus tôt que vous pourrez. »
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à verser des larmes fait connoitn; la bonh; d'un caractère, suivant cette maxime des anciens : àfaôct S' «piSàxjue? âvSpEç. '
Les applaudissements que sa tragédie avoit reçus ne l'empêchoient pas de roconnoître qu'elle n'étoit pas dans toute la grandeur du poëine dramatique. L'unité de lieu n'y étoit pas observée, et elle n'étoit qu'en trois actes : c'est mal à propos que dans quelques éditions on l'a partagée en cinq. Il avoit trouvé l'art d'y lier, eomuie les anciens, les clireurs avec l'action; mais il terminoit l'action par un cliieur : chose inconnue aux anciens, et contraire à la nature du poëme dramatique qui ne doit pas finir par des chants.
Il entreprit de traiter un autre sujet de l'Kcriture sainte, et de faire une tragédie plus parfaite. M""' de Sévigné doutoit qu'il y pût réussir, et disoit dans une de ses lettres : 2 i. H aura de la peine à faire mieux qu'Cs//ipr; il n'y a plus d'histoire comme celle-là. C'étoit un hasard, et un assortiment de toutes choses; car Judith, Booz et Ruth ne sauroient rien faire de beau. Racine a pourtant bien de l'esprit; il faut espérer. « Elle n'avoit point tort de penser ainsi. Elle ne s'attendoit pas que, dans un chapitre du quatrième livre des Rois, il dût trouver le plus grand sujet qu'un poète eût encore traité et en faire une tragédie, qui, sans amour, sans épisodes, sans confidents, intéresseroit toujours dans laquelle le trouble iroit croissant de scène en scène jusqu'au dernier moment, et qui seroit dans toute l'exactitude des règles.
Le mérite cependant de cette tragédie fut longtemps ignoré. Elle n'eut point le secours des représentations, qui font pour un temps la fortune des pièces médiocres. On avoit fait un scrupule à M"" de Mainteoon des représentations AT.slher, en lui disant que ces spectacles, où de jeunes demoiselles, parées magnifiquement, paroissoient devant toute la cour, étoient dan gereux pour les spectateurs et pour les actrices mêmes. On ne songeoit point à faire exécuter AUiatie sur le théâtre des comédiens ; l'auteur y avoit mis ordre, en faisant insérer dans le privilège ' (VEslIicr la défense faite aux comédiens de représenter