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2. Réflexions sur la Poésie, cli. v. (L. R.) Voici l'aneciiote telle qu'elle y est rapportée. <i II étoit bien éloigné de l'esprit d'impiété; mais, quoique dans sa jeunesse il eût été quelque temps de l'Oratoire, il étoit tombé pour la religion dans la même indolence que pour tout le reste. Il eut, longtemps avant sa mort, une grande maladie, rendant laquelle Boileau et mon père allèrent le voir. La femme qui le gardoit leur dit de ne point entrer, parce que son malade dormoit. « Kous venions, lui répondirent-ils. Il pour l'exhorter à songer à sa conscience; il a de grandes fautes à se rcpro- « cher. » La garde, qui ne connoissoit ni ceux à qui elle parloit ni son malade, répondit : «i Lui, messieurs! il est simple comme un enfant. S'il n a fait des fautes, c'est donc par bêtise plutôt que par malice. « Il lit en elTpt venir un confesseur, qui l'exhorta à dos prières ou à des aumônes. « Pour des .aumônes, dit La Fontaine, je n'en puis faire, je n'ai rien; mais Il on fait une nouvelle édilioii de mes Contes, et le libraire m'en doit donner Il cent exemplaires. Je vous les donne, vous les ferez vendre pour les Il pauvres. « D. Jérôme, le célèbre prédicateur, qui m'a raconté ce fait, m'a assuré que le confesseur, presque aussi simple que son pénitent, étoit venu le consulter pour savoir s'il pouvoir recevoir cette aumoue. »
jour à Ténèbres; et, s'apercevant que Tolfice lui paroissoit long, il lui donna, pour l'occuper, un volume de la Bible, qui contenoit les Petits Prophètes. Il tombe sur la prière des Juifs dans Baruch; et, ne pouvant se lasser de l'admirer, il disoit à mon père : « C'étoit un beau génie que Baruch : qui étoit-il? » Le lendemain, et plusieurs jours suivants, lorsqu'il rencontroit dans la rue quelque personne de saconnoissance, après les compliments ordinaires, il élevoit sa voix pour dire: « Avez-vous lu Baruch? C'étoit un beau génie. »
Après avoir mangé son bien, il conserva toujours son caractère de désintéressement. Il e ntroit à l'Académie, et la barre étant tirée au bas des noms, il ne devoit pas, suivant l'usage, avoir part aux jetons de cette séance. Les académiciens, qui l'aimoient tous, dirent, d'un commun accord, qu'il falloit, en sa faveur, faire une exception à la règle : « .Non, messieurs, leur dit-il, cela ne seroit pas juste. Je suis venu trop tard, c'est ma faute. » Ce qui fut d'autant mieux remarqué, qu'un moment auparavant, un académici"n extrêmement riche et qui, logé au Louvre, n'avoit que la peine de descendre de son appartement pour venir à l'Académie, on avoit entr'ouvert la porte, et, ayant vu qu'il arrivoit trop tard, avoit refermé la porte et étoit remonté chez lui. Une autre fois, La Fontaine alla de trop bonne heure à l'Académie pour une raison diflérente. Étant à table chez M. Le Verrier, il s'ennuie de la conversation, et se lève. On lui demande où il va; il répond : « A l'Académie. » On lui représente qu'il n'est encore que deux heures : « Je le sais bien, dit-il ; aussi je prendrai le plus long. «
Si je voulois rapporter plusieurs traits de son inconcevable simplicité, je m'écarterois dans une digression qui ne seroit pas ennuyeuse, mais qui deviendroit trop longue. Je n'en rapporterai que deux.
Le fait de M. Poignan, que M. l'abbé d'Olivet raconte dans son Histoire de l'Académie française, est très-véritable. Ce M. Poignan, ancien capitaine de dragons, étoit de la Ferté-Milon, et, ami de mon père dès l'enfance, le fit son héritier en partant pour sa première campagne.* Il lui laissoit, par son testament, un petit