Nicolas de Sainctot, maître des cérémonies
CORRESPOXDANCli. 29
comme :\ Paris, que cela reviendra, et c'est ce qui me désespère, cela ne revenant point. Si je savois que je dusse être sans voix toute ma vie, je m'affligerois sans doute; mais je prendrois ma résolution, et je me trouverois peut-être moins malheureux que dans un état d'incertitude qui ne me pin-met pas de me fixer, et qui me laisse toujours comme un coupable qui attend le jugement de son procès. Je m'eflorce pourtant de traîner ici ma misérable vie du mieux que je puis, avec un abbé, très-honnète homme, qui est trésorier d'une Sainte-Chapelle, ' mon médecin et mon apothicaire. Je passe le temps avec eux à peu près comme D. Quichct - le passoit, en un luyar de la Mancha, avec son curé, son barbier et le bachelier Samson Carasco. J'ai aussi une servante : il me manque une nièce. Mais de tous ces gens-'à, celui qui joue le mieux son personnage, c'est moi, qui suis presque aussi fou que lui, et qui ne dirois guère moins de sottises, si je pouvois me faire entendre. Je n'ai point été surpris de ce que vous m'avez mandé de M. Hessein :
Xaturam expellas furca, tameii usque recurret. '
11 a d'ailleurs de très-bonnes qualités, mais, à mon avis, puisque je suis sur la citation de D. Quichot, il n'est pas mauvais de garder avec lui les mêmes mesures qu'avec Cardenio. * Comme il veut toujours contredire, il ne seroit pas mauvais de le mettre avec cet homme que vous savez de notre assemblée, qui ne dit jamais rien (pi'on ne doive contredire; ^ ils seroient merveilleux ensemble. Adieu, mon cher monsieur; conservez-moi toujours une amitié qui fait ma plus grande consolation.
J'ai déjà formé mon plan pour l'année 1667, ^ où Je vois de quoi ouvrir un beau champ à l'esprit; mais, à ne vous rien déguiser, il ne faut pas que vous fassiez un grand fonds sur moi