‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 49 sur 249 · Uacino écrit : « s'en dessus dessous · texte numérisé non relu

Uacino écrit : « s'en dessus dessous

o8 CORRESPONDANCE.

(lemi-lune, malgré la défense expresse de M. de Vauban et de M. de Maupertuis,' croyant faire sans doute la même chose qu'à Valenciennes. Ils furent obligés de revenir fort vile sur leurs pas; et c'est là que la plupart furent tués ou blessés. Les grenadiers, à ce que dit M. de Maupertuis lui-même, ont été aussi braves que les mousquetaires. De huit capitaines, il y en a eu sept tués ou blessés. J'ai retenu cinq ou six actions ou paroles de simples grenadiers, dignes d'avoir place dans l'histoire, et je vous les dirai f[uand nous nous reverrons. M. de Chasteauvillain. lils (le M. le grand trésorier de Pologne,- étoitàtout, et est un des hommes de l'armée le plus estimé. La Chesnaye ' a aussi fort bien fait. Je vous les nomme tous deux, parce que vous les connoissez particulièrement; mais je ne vous puis dire assez de bien du premier, qui joint beaucoup d"es])rit à une fort grande valeur. Je voyois toute l'attaque fort à mon aise, d'un peu loin à la vérité; mais j'avois de fort bonnes lunettes, que je ne pouvois ' piesque tenir fermes, tant le cœur me battoit à voir tant de braves gens dans le péril ! On fit une suspension pour retirer les morts de part et d'autre. Ou trouva de nos mousquetaires morts dans le chemin couvert de la demilune. Deux mousquetaires blessés s'étoient tenus couchés parmi ces morts, de peur d'être achevés : ils se levèrent tout à coup sur leurs pieds, pour s'en revenir avec les

1. Louis de Melun, marquis de Maupeituis, capitaine -lieutenant de la première compagnie des mousquetaires, mort sans postérité, en 1721, âgé de quatre-vingt-six ans.

'2. Le comte de IMorstein, grand trésorier de Pologne, s'était établi en France, où il avait acheté le comté de Cliâteauvillain.

3. Aide de camp du Dauphin. Il eut un cheval tué sous lui, près de ce prince, suivant \a Gazette de France: entre le roi et le comte de Toulouse, suivant le Journal de Dangeau. (IL Chéron, d'après Berriat-Saint-Prix et de Saint-Surin.)

morts qu'on rcmportoii ; iiuiis les ennemis prétendirent qu'ayant été trouvés sur leur tiMraiu. ils dévoient demeurer prisonniers. Notre olVicier ne put pas en disconvenir: mais il voulut au moins donner de l'argent aux Espagnols, afin de faire traiter ces deux mousquetaires. Les Espagnols répondirent : « Ils seront mieux traités parmi nous que parmi vous, et nous avons de l'argent plus qu'il n'en faut pour nous et pour eux. » Le gouverneur fut un peu plus incivil: car AL de Luxembourg lui ayant envoyé une lettre par un lamhoui' pour s'informer si le chevalier d'Estrade,' qui s'est trouvé perdu, n'étoit point du nombre des prisonniers qui ont été faits dans ces deux actions, le gouverneur- ne voulut ni lire la lettre ni voir le tambour.

On a pris aujourd'hui deux manières de paysans, qui étoient sortis de la ville avec des lettres pour M. de Castanaga. ' Ces lettres portoient que la place ne pouvoit plus tenir que cinq ou six jours. En récompense, comme le roi regardoit de la tranchée tirer nos batteries cette aprèsdînée, un honmie, qui apparemment étoit quelque officier ennemi déguisé en soldat avec un simple habit gris, est sorti, à la vue du roi, de notre tranchée, et, traversant jusqu'à une demi-lune des ennemis, s'est jeté dedans, et on a vu deux des ennemis venir au-devant de lui pour le recevoir. J'étois aussi dans la tranchée dans ce tempslà, et je l'ai conduit de l'œil jusque dans la demi-lune. Tout le monde a été surpris au dernier point de son impudence; mais vraisemblablement il n'empêchera pas la

1. Second fils du niarcclial ; il fut tiiij en 1G92, à Steinkerque.

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