Ce mot est écrit ainsi dans l'autographe
2. Don François-Charles de Castro, fils de Pierre-Antoine Fernandez de Castro, comte do Lemos, vice-roi du Pérou.
li CORRESPONDANCE.
aussi les trente-ciaq pistoles qu'il avoit prises au mort, en disant : (c Tenez, voilà son argent, dont je ne veux point; les grenadiers ne mettent la main sur les gens que pour les tuer. »
Vous ne trouverez peut-être point ces détails dans les relations que vous lirez; et je m'assure que vous les aimerez bien autant qu'une supputation exacte du nom des bataillons et de chaque compagnie, des gens détachés, ce que M. l'abbé Dangeau' ne manqueroit pas de rechercher bien curieusement.
Je vous ai parlé du lieutenant de la compagnie des grenadiers qui fut tué, et dont Sans-Iiuison vengea la mort. Vous ne serez peut-être pas fâché de savoir qu'on lui trouva un cilice sur le corps. Il éloit d'une piété singulière, et avoit même fait ses dévotions le jour d'auparavant. Respecté de toute l'armée pour sa valeur accompagnée d'une douceur et d'une sagesse merveilleuses, le roi l'estimoit beaucoup, et a dit, après sa mort, que c'étoit un homme qui pouvoit prétendre à tout. Il s'appeloit Roquevert. - Croyez-vous que frère Roquevert ne valût pas bien frère Muce? Et si M. de la Trappe l'avoit connu, auroit-il mis dans la l'ic de frère Muce' que les grenadiers font profession d'être les plus grands scélérats du monde?
1. Louis d\i Courcillon, abbé de Dangeau, fi'ùru du luai-quU, de rAcadémio française, né à Paris en janvier 1643, mort le 4 janvier 1723. C'était surtout un grammairien, et il a laissé des ouvrages élémentaires de chronologie, de géographie et d'histoire. Cf. .son éloge par d'Alembert.
2. Germain Garnier dit qu'il s'appelait Flotte de Roquevaire. La Gn;e((e du 9 juillet le nomme de Roquevert.
3. Le Bouthilier de Rancé, abbé de la Trappe, a publié : Instruction sur la mort de tloiit Muce, religieux de l'abbaye de la Trappe, Paris. 1690, in-18, anonyme. C'est pages 4 et 5 que Rancé fait l'énumération des Il méchantes qualitez « qui caractérisent, suivant lui, les grenadiers, et dont aucune ne manquait à frère Muce avant sa conversion.
Eirectivenieiit. on dit (jne dans cette compagnie il y a des gens fort réglés, l'our moi, je n'entends guère de messe dans le camp qui ne soit servie par quelque mousquetaire, et où il n'y en ait quelf[u'un qui communie, et cela de la manière du monde la plus édifiante. *
Je ne vcus dis rien de la quantité de gens qui reçurent des coups de mousquet ou des contusions tout auprès du roi : tout le monde le sait, et je crois que tout le monde en frémit. M. le Duc' étoit lieutenant général de jour, et y fit à la Condé, c'est tout dire. M. le Prince, dès qu'il vit que l'action alloit commencer, ne put pas s'empêcher de courir à la tranchée et de se mettre à la tête de tout. En voilà bien assez pour un jour. Je ne puis pourtant finir sans vous dire un mot de M. de Luxembourg. 11 est toujours vis-à-vis des ennemis, la Méhaigne entre deux, qu'on ne croit pas qu'ils osent passer. On lui amena avant-hier un officier espagnol, qu'un de nos partis avoit pris, et qui .s'étoit fort bien battu. M. de Lu.xembourg, lui trouvant de l'esprit, lui dit : « Vous autres Espagnols, je sais que vous faites la guerre en honnêtes gens, et je veux la faire avec vous de môme. » Ensuite il le fit dîner avec lui, puis lui fil voir toute son armée. Après quoi il le congédia, en lui disant : « Je vous rends votre liberté; allez trouver M. le prince d'Orange, et dites-lui ce que vous avez vu. » On a su aussi, par un rendu, ^ qu'un de nos soldats s'étant allé rendre aux ennemis, le prince d'Orange lu: demanda pourquoi il avoit quitté l'armée de M. de Luxembourg : « C'est, dit le soldat, qu'on y meurt
1. Louis de Bourbon III, petit-fils ilu Grand Condé, et flls do M. le Pn'nee, Henri-Jules, et d'Anne de Bavière, né en IG08,mort Ie4 mars 1710.