La Gazelle du 12 août tG93 écrit de Vacogne
battit encore à la tète de plusieurs escadrons de cavalerie. M. de Luxembourg étoil, dit-on, quelque chose de plus qu'humain, volant partout, et même s'opiniàtrant à continuer les attaques dans le temps que les plus braves étoient rebutés, nienoit en personne les bataillons et les escadrons à la charge. M. do Montmorency,' son fils ahié, après avoir combattu plusieurs fois à la tête de sa brigade de cavalerie, reçut un coup de mousquet dans le temps qu'il se meltoit au-devant de son père pour le couvrir d'une décharge horrible que les ennemis firent sur lui. Monsieur le comte de Luxe,- son frère, blessé à la jambe, monsieur de La Roche-Gu\ on,' au pied, et tous les autres que sait monsieur l'abbé; monsieur le maréchal de Joyeuse,' blessé aussi à la cuisse, et retournant au combat après sa blessure. Monsieur le maréchal de \'ilieroy entra dans les lignes ou retranchements à la tête de la maison du roi.
Nous avons quatorze cents prisonniers, entre lesquels cent soixante-cinq officiers, plusieurs officiers généraux, dont on aura sans doute donné les noms. On croit le pauvre Ruvigui^ tué : on a ses étendards; et ce fut à la tête de son régiment de François que le prince d'Orange chargea nos escadrons, en renversa quelques-uns, et enfin
i. Cliarles-Franrois-Frcdéric, gniulrc du dur de ChevTOUse.
2. Christian-Louis, comte de Luxe, f[uati'ième fils du maréchal de Luxembourg.
3. François de La Rochefoucauld, pi'tit-fils de l'auteur des Maximes, gendre de Louvois, i[ui resta estropié des suites de sa blessure. Il a été fait duc de la Rocho-Guyon en 1G81, duc et pair de La Rochefoucauld en 1714, et mourut en 1728.
i. Jean-Armand, marquis de Joyeuse, maréchal de France du 2ï mars précédent ; il commandait l'aile gauche. (Gazette de France.)
5. Henri de Massue, marquis de Ruvigny, excellent officier que la révocation de l'cdit de Nantes avait forcé de passer en Angleterre, où il servit sous le nom de lord Galloway. 11 ne mourut qu'en 1720.
fut renversé lui-même. Le lieutenant-colonel de ce régiment, qui fut pris, dit à ceux qui le prenoient, en leur montrant de loin le prince d'Orange : « Tenez, messieurs, voilà celui qu'il vous falloit prendre. » Je conjure monsieur l'abbé Renaudot,' quand il aura fait son usage de tout ceci, de bien recacheter et cette lettre et mes mémoires, et de les renvoyer chez moi.
Voici encore quel([ues particularités. Plusieurs généraux des ennemis étoient d'avis de repasser d'abord la rivière. Le prince d'Orange ne voulut pas; l'électeur de Bavière dit qu'il falloit au contraire rompre tous les ponts, et qu'ils tenoient à ce coup les François. Le lendemain du coml)at, M. de Luxembourg a envoyé à Tirlemont, où il éloii resté plusieurs officiers ennemis blessés, entre autres le comte de Solms,- général de l'infanterie, qui s'est fait couper la jambe. M. de Luxembourg, au lieu de les faire transporter en cet état, s'est contenté de leur parole, et leur a fait offrir toute sorte de ra''raîchissements. « Quelle nation est la vôtre ! s'écria le comte de Solms en parlant au chevalier du Rosel, vous vous battez connne des lions, et vous traitez les vaincus comme s'ils étoient vos meilleurs amis.' »
Les ennemis commencent à publier que la poudre leur manqua tout à coup, et veulent par là excuser leur défaite. Ils ont tiré plus de neuf mille coups de canon, et nous quelque cinq ou six mille.
1. Ke pas oublier que Renaudot rédigeait la Gazelle de France.
i. Henri do Maestrick, comte de Solms; il mourut à la suite de cette opL'ration, âgé de cinquante-six ans.
3. Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, cli. xvi. attrilmct le mot, en rarrangeant, b. un comte de Salm : « 11 n'y a point, lui fait-il dire, d'ennemis plus il craindre dans une bataille, ni d'amis plus généreux après la victoire. "
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Je fais mille romplinieiils à monsieur l'abbé Renaiulol, etj'exciterai ce malin M. de Cioissy' à empêcher, s'il peut, le malheureux Mercure f/iiliiiit'- de défigurer notre victoire.
Il y avoit sept lieues du camp dont M. de Luxembourg partit jusqu'à Nerw inde. Les eimemis avoient cinquante-cinq bataillons et cent soixante escadrons.
Siiscriplion : Pour Monsieur Desprcaux.