‹ Œuvres complètes de Raphaël SanzioChapitre 1 sur 18 · RAPHAEL D’URBIN · texte numérisé non relu

RAPHAEL D’URBIN

C'est une opinion assez générale, que les hommes qui se sont distingués par leurs talents ont recu du ciel une destination particulière, et qu’aidés de leur génie, ils ont créé des chefs-d'œuvre dignes d’étonner la postérité. Quelques écrivains d’un sentiment contraire ont essayé de prouver que tous les hommes naissent avec une égale aptitude aux sciences et aux arts; que le concours des circonstances développe le germe des talents, et que le travail les mürit et les perfectionne.

Mais, de quelques raisons que l’on appuie deux systèmes si opposés, l’experience démontre que, sans l'exercice habituel de leurs facultés, sans une étude constante des grands maîtres, le poéte ou l'artiste doué de l'imagination la plus brillante n’offrira que des ouvrages incorrects, et souvent bizarres ; et que l’homme privé des dons de la nature n’obtiendra du travail le plus opiniätre que des productions dénuées de chaleur, de gräce et d'énergie.

Il est done certain que la nature et l’étude concourent également à former, non-seulement ces génies supérieurs qu’immortalisent de sublimes découvertes, mais encore ces écrivains purs et féconds, et ces artistes ingénieux, dont les conceptions présentent sans cesse aux gens de bon goût un charme inexprimable.

Si cette proposition pouvait être mise en doute, le seul exemple de RAPHAEL Sanzıo en donnerait la preuve. Aucun homme ne fut plus libéralement comblé des dons de la nature, aucun peintre ne se livra avec plus d’ardeur aux travaux de son art. On pourrait ajouter qu’il ne manqua rien à ses désirs ni à sa gloire. Si Raphaël atteignit, jeune encore, cette perfection, la seule qui puisse être le partage de l’humanité , il avait eu l'avantage de naître sous le ciel le plus propice, et à l’époque la plus favorable à la renaissance des beaux-arts.

Les triomphes des Musulmans avaient plongé dans la barbarie la Grèce illustrée par le

beau siècle de Périclès et d'Alexandre. Echappés au ravage, et forcés de s’expatrier, quelques artistes trouvèrent en Italie un refuge et des consolations. Simples dans leurs idées, exacts dans leurs contours, Giotto et Cimabué parurent tracer une route nouvelle ; et, s'ils ne purent s’élever jusqu'aux beautés idéales, du moins leur doctrine fut exempte de ces méthodes pernicieuses, causes prochaines de la décadence des beaux-arts.

Les monuments qui avaient enrichi la Rome des Césars sortirent du sol qui les avait trop longtemps recelés. Alors parurent Léonard de Vinci et Michel-Ange, hommes d’une imagination vaste, qui donnèrent tout à coup aux beaux-arts une impulsion désormais invariable. Ils firent connaitre, l’un cette grâce qui séduit, l’autre cette force et cette élévation qui commandent l'admiration et le respect.

Éclairé par les chefs-d’ceuvre de ces artistes fameux, et bientôt leur emule, Raphaël enfin porta la peinture à un degré de perfection jusqu'alors inconnu. A l’âge où l’on s’instruil encore, il avaitobtenu le titre de premier peintre du monde : titre que lui accordèrent à l’envi ses contemporains, et qui ne lui a été disputé par aucun de ceux qui l'ont suivi.

Raprnazz naquit à Urbin (1), en 1483. Son père, Jean de Santi, ou Sanzio, était un peintre médiocre, mais il ne manquait ni de goût ni de jugement. Voulant donner à son

fils une éducation plus soignée que celle qu'il avait reçue lui-même, il ne se pressa pas

de le confier à des soins étrangers, et lui fit passer ses premières années dans la maison paternelle. Ce fut alors qu'il s’apercut des dispositions extraordinaires que cet enfant annoncait pour la peinture : il luien donna les principes, et ne tarda pas à le faire travailler à ses propres ouvrages; mais bientôt, se reconnaissant incapable de lui enseigner rien de plus, il pensa à lui choisir les plus habiles maîtres. Bartholomée Corradini, religieux dominicain , connu sous le nom de frère Carnevale, jouissait alors d’une sorte de réputation : après avoir passé quelque temps dans son école, Raphaël entra dans celle du

Pérugin, qui tenait parmi les peintres un rang distingué, et ce fut à Rome qu'il recut les

premières leçons de son nouveau maître. L’excellent caractère et les progrès étonnants du jeune élève lui concilièrent tellement l’amitié du Pérugin, que celui-ci résolut de l'emmener avec lui à Pérouse , où il était appelé pour différents travaux.

Raphaël commença par imiter si exactement la manière de son maitre, que les connaisseurs les plus exercés ne pouvaient distinguer les premiers onvrages qu'il exposa en public de ceux du Perugin. Ce fut dans ce goût qu'il peignit à l'huile la Vierge couronnée dans le ciel par Jésus-Christ, et entourée d’un chœur d’anges : les apôtres occupent la partie inférieure de la composition. Il fit encore trois petits tableaux représentant l’Annonciation, l’Adoration des mages, et la Présentation de Jésus-Christ au temple. Dans ces ouvrages, essais timides de sa jeunesse, on remarque déjà ce gout pur et gracieux, cette élégante simplicité qui le distinguent. Il peignit aussi pour Città di Castello, dans l'Ombrie, un S. Nicolas auquel la Vierge et S. Augustin présentent une couronne ; et

pour l’église de Saint-Dominique de la même ville, Jésus-Christ attaché à la croix, au

(1) Ville des Etats du pape à quarante-neuf lieues de Rome.

DIT RAPHAEL D’URBIN. 3 milieu de deux anges, accompagné dela Vierge, de S. Jean, de la Madeleine, et d’un autre saint. Ces tableaux, et quelques autres qu'il fit dans le même temps, eussent encore été attribués au Pérugin , siRaphaél n’y eût mis son nom.

L'ouvrage par lequel il commenca à se montrer supérieur au Pérugin fut une de ces compositions dont la singularité n’aurait pas d’excuse, si l’on ne savait que les artistes ne font alors que se conformer aux volontés des personnes qui leur demandent de pareils tableaux. Raphaël peignit les Fiançailles de la Vierge et de S. Francois. C'est ce que les Italiens appellent un Sposalizio. Il est inutile de s’appesantir sur l’inconvenance d’un tel sujet; mais, comme il n'avait rien que de très-recommandable pour les contemporains de l'artiste, ilsadmirèrent sans restriction la manière dont il était traité.

Le Pinturricchio, bien avant que Raphaël se fût fait connaître, avait exécuté à Rome des ouvrages qui lui avaient acquis une grande réputation, et venait d’être chargé de peindre la bibliothèque de Sienne. Il devait y représenter les principaux événements de la vie du pape Pie II. Ce peintre ne crut pas s’abaisser en sollicitant, pour terminer une si vaste entreprise, le jeune Raphaël, dont le secours lui fut extrêmement avantageux. Il obtint de lui plusieurs dessins et des cartons, et eût bien désiré qu'il lui en eût fait un plus grand nombre; mais ce travail fut interrompu par un voyage que Raphaël fit à Florence, où Léonard de Vinci et Michel-Ange étaient alors dans tout l'éclat de leur célébrité. Les éloges qu’il entendait faire chaque jour de ces artistes fameux excitèrent sa curiosité et son émulation. Il ne put résister au désir d’aller contempler leurs ouvrages, et d’y puiser de nouvelleslecons.

Arrivé à Florence, il fut tellement ravi des peintures qui l’y avaient attiré, et de la beauté de la ville, qu'il résolut d’y séjourner quelque temps (1). Il acquit bientôt l'amitié des artistes les plus considérés; et si la vue des tableaux de Léonard de Vinciet de Michel- Ange ne lui fit pas changer entièrement sa première manière , remarquable a la vérité par une naïveté et une simplicité précieuse, mais aussi par un peu de sécheresse et de timidité, du moins il apprit à donner à ses figures plus de force et de majesté; il en agrandit les formes, et porta dans les détails une attention minutieuse.

Il étudia surtout Masaccio, qui, dans un temps où l’art venait à peine de renaître, avait souvent imprimé à ses personnages de la force, de la noblesse, et une certaine élégance. Adam et Eve chassés du Paradis terrestre, que Raphaël peignit dans la suite au Vatican, sont imités de ce maitre, et ce ne fut pas la seule fois qu’il lui fit des emprunts qui tournèrent à l'avantage de l’art (2).

(1) Il existe dans le recueil de Carlo Babiellini, intitulé : Raccolta di Littere, une lettre de Jeanne Feltria de Rovère , duchesse de Soza, à Pierre Soderini, gonfalonier de Florence, par laquelle elle lui recommande Raphaël avec le plus vif intérêt,

(2) Reynolds, dans ses excellents discours sur la peinture, parle de trois autres figures de Raphael, imitées de Masaccio. Ces figures, perfectionnées par Raphaël, font partie des cartons qu’il composa pour être exécutés en tapisserie, et que l'on voit maintenant à Hamptoncourt, en Angleterre. Elles représentent S, Paul préchant à Athènes {dans le tableau connu sous ce titre), et un homme enveloppé dans son manteau, méditant sur les paroles de l’Apötre ; et le proconsul Sergius dans celui de $. Paul qui aveugle Élymas.

h VIE DE RAPHAEL SANZIO.

Il fit quelques tableaux à Florence; mais la mort de ses parents l’obligea de retourner à Urbin pour veiller à ses affaires. Il y fut chargé d’un grand nombre de tableaux, tant pour le duc et pour des personnes de distinction, que pour décorer des églises. La plupart de ces tableaux sont des sujets de dévotion. Comme ils ne sont pas au nombre de ses meilleurs ouvrages, leur énumération n’offrirait aucun intérêt particulier. Gene par les intentions des personnes qui occupaient son pinceau, Raphaël n’ayait pu donner encore un libre essor à son génie.

De retour à Pérouse, il peignit un Christ au tombeau. Cet ouvrage fut généralement admiré. On le voit maintenant dans la galerie Borghèse à Rome, et il est un des plus beaux de cette riche collection. Raphaël en avait composé le dessin lors de son premier voyage a Florence. Il alla une seconde fois dans cette ville, y passa quatre années, et ne la quitta qu’en 1508 pour revenir à Rome.

Cette époque est celle de la seconde manière de Raphaël. Il avait ardemment désiré de peindre une chambre publique a Florence, et avait même obtenu, par l'entremise d’un de ses oncles, la recommandation du due d’Urbin auprès du gonfalonier de cette ville, lorsque Bramante, son parent, et architecte du pape Jules Il, lui procura une occasion bien plus avantageuse de se faire connaitre, en le faisant choisir pour exécuter les peintures du Vatican. Il partit donc pour Rome, et s’y établit entièrement.

C'est ainsi que commencèrent à se manifester pour lui les faveurs de la fortune. Elles ne firent que s’accroitre de jour en jour, et concoururent, avec le plus heureux génie, à former le fondateur de cette école fameuse qui tient le premier rang dans l’histoire de la peinture.

Raphaël fut reçu à Rome avec un enthousiasme dont on peut prendre quelque idée par ce passage de Celio Calcagnini, savant estimé à la cour du souverain pontife « Raphaël a tellement excité admiration du saint-père et de tous les Romains, qu’ils le « regardent comme un homme envoyé du ciel pour rendre à la ville éternelle son « ancienne splendeur. »

Mais par quels moyens Raphaël, si jeune encore, parvint-il à mériter une si grande célébrité? Doué d’une facilité prodigieuse, et méditant sans cesse sur les plus beaux ouvrages de l'antiquité, il sut en pénétrer l'esprit, et saisir les principes d’après lesquels ils avaient été conçus et exécutés. Non content de ses études personnelles, il occupait des dessinateurs à copier les restes antiques à Pouzzoles, dans toute l’Italie, et jusque dans la Grèce. Il s’adonna même à l’architecture; et, en moins de six années de travail, il était si bien parvenu à posséder la théorie de cet art, et à s'approprier les connaissances des anciens, qu'après la mort de Bramante, qui l’avait aidé de ses conseils, il fut jugé capable de succéder à ce célèbre architecte dans la surintendance de l’église de Saint-Pierre.

Uniquement occupé de la perfection de son art, et supérieur aux faiblesses de l’amourpropre, dont tant de grands hommes n'ont pu se défendre, Raphaël consultait sur ses ouvrages, et avec une modestie qui n'avait rien d’affecté, tous ceux qui, par leurs lumières et leurs conseils, pouvaient le servir utilement; et tel était l'agrément de son

esprit et !aménité de son caractère, que les hommes de lettres les plus distingués de son

DIT RAPHAEL D’URBIN. 5 temps se firent un honneur d’être comptés au nombre de ses amis. Il suffit de citer le comte Balthasar Castiglione, le cardinal Bembo, et limmortel Arioste.

Michel-Ange seul resista aux qualités aimables de son émule. Non-seulement il ne rechercha point sa société, mais encore il lui témoignait dans toutes les occasions un éloignement invincible. Cette rivalité, loin de nuire à Raphaël, doit être regardée comme un nouvel avantage, puisqu'elle l’engagea à se surpasser pour mériler les éloges d'un si redoutable adversaire.

Dès l’arrivée de Raphaël à Rome, on lui donna à peindre la salle de la Signature, également appelée Salle des Sciences depuis qu'il l'a ornée de tableaux. A la voûte, il a représenté la Théologie, la Philosophie, la Poésie et la Jurisprudence. Chacune de ces figures, désignée par quelque emblème, est plus amplement caractérisée par un grand tableau placé au-dessous, et surmontant une frise, dont les sujets sont analogues aux sciences. Ces frises, ainsi que les cariatides qui les accompagnent, sont peintes de clair-obscur, et ont été exécutées par Polydore de Caravage, d’après les dessins de Raphaël.

Le premier tableau que peignit Raphaël fut celui de La Tutorocır, connu sous le nom de la Dispute du saint Sacrement. Quel que soit d’ailleurs le mérite de cette composition, on y trouve encore les traces de ce style symétrique qu’il tenait du Pérugin. La gloire qui environne J.-C. et quelques auréoles des saints sont représentées par des rayons d’or appliqués sur le fond, selon la méthode des peintres de ce temps; mais ce fut pour la dernière fois que Raphaël employa ce procédé gothique, alors trop généralement adopté pour qu'on puisse Ini en faire un reproche.

Le tableau semble composé de deux parties l'une au-dessus de l’autre : au milieu de la partie inférieure, on voit le saint-Sacrement posé sur un autel. De chaque côté, un grand nombre de docteurs ou Pères de l'Église expriment par leurs attitudes les sentiments de vénération et la foi dont ils sont pénétrés. Au-dessus d’eux, et sur la même ligne, sont placés les trois personnes de la Trinité, la Vierge, saint Jean-Baptiste, les quatre évangélistes , des anges, des martyrs, et plusieurs autres saints.

On a fait une remarque qui prouve les progrés rapides que fit Raphaël pendant l’execution de ce tableau. Il le commenea par la partie droite, et le termina par la gauche. Les dernières figures sont de beaucoup supérieures aux autres, et meme ne le cèdent en rien aux plus beaux ouvrages de l'artiste. Cette peinture trace graduellement une ligne de démarcation entre la première et la seconde manière de Raphaël.

La Jurisprupence offre deux sujets réunis dans le même tableau. Dans l’un, le jurisconsulte Tribonien présente à l’empereur Justinien le Code célèbre qui porte le nom de cet empereur. Dans l’autre, le pape Grégoire IV donne les Décrétales à un membre du consistoire. Ce pape est peint sous les traits de Jules II.

Pour caractériser La Poésie, le peintre a représenté le Parnasse. Apollon est assis au milieu des Muses et des poëtes les plus fameux, tant anciens que modernes. On est étonné que Raphaël ait mis un violon entre les mains du dieu de "Harmonie. Pouvait-il ignorer que cet instrument fut inconnu des anciens? Sans celte faute légère, et sans l’aspect mesquin du paysage, ce tableau n’obtiendrait que des éloges.

SN

6 VIE DE RAPHAEL SANZIO, Les hommes illustres qui ont honoré l’art divin de la poésie offrent une exacte ressem-

blance, que l'artiste a saisie, soit d’après des portraits antérieurement peints , soit d’après

leurs statues ou leurs médailles. On distingue, entre autres, Homère, Virgile, Sapho, Tibulle, Ovide, Properce, Catulle, Ennius, le Dante, Pétrarque, Boccace , parmi lesquels Vindulgente amitié a placé quelques poëtes italiens, contemporains de Raphaël : la postérité, plus severe, ne leur a pas marqué une place aussi honorable.

Le quatrième tableau est celui de ra Pairosopnte, ou de cette fameuse École d'Athènes, Justement regardé comme le chef-d'œuvre de la composition pittoresque, et même poétique. Sous ce double rapport, il mérite d’être placé au-dessus même de la Transfiguration.

Platon, et Aristote son disciple, occupent le milieu de la scene. Un nombreux auditoire entoure ces célèbres philosophes, et parait écouter avec un vif intérêt leurs sublimes lecons. Près de ce groupe, sur la gauche, Socrate explique sa doctrine au jeune Alcibiade. On reconnait ce guerrier à la beauté de ses traits et à son costume. Au-dessus d'eux, et sur le premier plan, un jeune homme présente à Pythagore une tablette où sont tracées les consonnances harmoniques trouvées par ce philosophe, qui les transcrit sur un livre. Ce dernier est assis, et est accompagné de ses disciples Empédocle, Épicharme, Archytas, etc. A droite, sur le devant, un autre groupe représente Archimède, tracant à terre des figures de géométrie qu'il explique à ses jeunes élèves. On voit, près de lui, Zoroastre debout, la tête ornée d’une couronne radiale, et tenant un globe céleste. Denx des figures placées près de Zoroastre offrent les portraits de Raphaël et du Pérugin. Seul, et assis sur l’un

des degrés, le chef des philosophes cyniques, Diogène, à demi nu, paraît méditer sur une

, la description de ce chef-d'œuvre, où

tablette qu’il tient à la main. Telle est, en abrégé l'artiste a rassemblé tout ce que peuvent offrir l'idéal et la correction du dessin, la noblesse et la force des caractères, la beauté des draperies, la précision des détails, et surtout la majesté de l'ensemble.

Vers ce même temps, Raphaël peignit à fresque, dans l’église de Saint-Augustin, le prophète Isaïe et les quatre Sibylles, persique, phrygienne, de Cumes, et de Tibur, que l’on suppose avoir prédit la venue de Jésus-Christ.

Dans une autre salle du Vatican, Raphaël peignit également quatre grands sujets, dont deux sont coupés par les croisées; ces derniers présentaient une forme désavantageuse , mais l'habileté avec laquelle le peintre a triomphé d’une difficulté qui eût arrêté tout autre que lui, prouve la fécondité de son génie. L’un de ces tableaux représente saint Pierre qu'un ange fait miraculeusement sortir de prison. On y admire la manière dont l’artiste a su faire briller, sans se détruire mutuellement, la clarté de la lune, et cette lumière céleste dont l'ange est environné. Raphaël a peint dans le même cadre deux circonstances du même sujet, en y plaçant, d’un côté l'ange et saint Pierre dans son cachot, et de autre les mêmes personnages sortant de la prison au milieu des gardes endormis; mais une semblable licence, habituelle aux artistes qui parurent à la renaissance de la peinture, est essentiellement vicieuse, parce quelle détruit cette précieuse unité, principe du beau dans les arts; et elle est d'autant plus répréhensible dans Raphaël, que l'exemple d’un si grand

maitre paraitrait l’autoriser.

Page 1