‹ Œuvres complètes de Raphaël SanzioChapitre 2 sur 18 · DIT RAPHAEL D'URBIN · texte numérisé non relu

DIT RAPHAEL D'URBIN

Le tableau qui est en face de celui-ci rappelle un miracle arrivé à Bolsene (1), et que l’on raconte ainsi : « Un prêtre, qui doutait de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eu- « charistie, vit l’hostie qu'il consacrait répandre du sang, etc. » Jules II est introduit dans celte composition : l'expression de ce pontife est admirable. A la vue du miracle, il n’est point étonné de cet acte de la toute-puissance divine, et l’impassibilité de ses traits annonce la persuasion. Ce calme, si convenable au chef de l'Église, contraste heureusement avec la surprise et l’effroi des femmes, des enfants, et des soldats de la garde, qui occupent le reste de la scène.

Deux grands tableaux décorent les murailles latérales. Dans l'un, on voit Héliodore, officier de Séleucus Philopator, roi de Syrie, qui, étant entré dans le Temple de Jérusalem pour en enlever les trésors, est renversé par deux anges et un homme à cheval qui lui impriment la terreur et les remords. Ce groupe sublime offre une des plus belles conceptions de la peinture. Dans le fond, le grand prêtre Onias lève les yeux et les mains vers le ciel. Près des colonnes sont deux femmes effrayées, dont la forte expression ne détruit point la beauté. On regrette que Raphaël ait affaibli intérêt de sa composition en y faisant paraître Jules If porté sur un brancard. Ce pape, qui se glorifiait d’avoir expulsé les usurpateurs de l'État ecclésiastique, voulut être placé de cette manière dans le tableau.

Le quatrième représente un trait de l’histoire d’Attila. Ce prince, qui se faisait appeler le Fléau de Dieu, s'avançait vers Rome à la tête de son armée , et répandait sur ses traces le malheur et la désolation, lorsque S. Pierre et S. Paul lui apparaissent dans les airs, et le menacent de la mort s’il ose rien entreprendre contre la ville qu’ils protégent. On voit le pape S. Léon, qui alla au-devant du roi des Huns pour l'engager à abandonner sa funeste entreprise. Le peintre lui a donné les traits de Léon X. Les autres figures sont pour la plupart des portraits, parmi lesquels on remarque celui du Pérugin, maitre de Raphaël (2). On peut s’assurer par le magnifique dessin de cette composition, que S. Léon devait être placé sur un plan très-éloigné, mais le pape désira être représenté sur le devant du tableau.

Dans la salle suivante, Raphaël peignit encore quatre sujets. Le plus remarquable est celui de l’Incendie du quartier de Rome appelé il Borgo, du temps de Léon IV. On voit dans le fond ce pape qui, par le signe de la croix, arrête la fureur des flammes. Il y a de fort beaux groupes dans cette composition entre autres celui d’un fils qui porte son père sur ses épaules. On admire la science avec laquelle l'artiste a traité le dessin de ces deux figures. Il les peignit presque entièrement lui-même, pour démontrer aux partisans de Michel-Ange qu'il possédait aussi bien que ce grand maitre la connaissance de l’anatomie.

Les trois autres tableaux de cette salle représentent la Descente des Sarrasins au port d’Ostie ; leur défaite par le pape Léon IV ; le Couronnement de Charlemagne par le pape

(1) Petite ville de l'État de l’Église, près Orviette.

(2) C'est le massier qui tient les rênes de la mule du pape.

Léon Il, dans la basilique de Saint-Pierre; et ce même pape se justifiant devant l’empereur des calomnies dont on avait voulu le rendre victime. Charlemagne est peint sous les traits de Francois I", et le pape sous ceux de Léon X. Il faut avouer que ces trois derniers tableaux, exécutés en grand par les élèves de Raphaël, n’ont pas, à beaucoup pres, la beauté des premiers, et qu'on les excepte communément lorsqu'on fait mention des chefs-d’ceuyre de peinture du Vatican.

La voûte de cette salle est peinte par le Pérugin ; Raphaël, par respect pour son maitre, ne permit pas qu’on abattit cet ouvrage.

On entre dans toutes ces salles par une autre plus vaste encore, où Raphaël se disposait à peindre à l'huile, sur le mur, divers traits de l'histoire de Constantin, lorsque la mort le surprit. Jules-Romain, le plus habile de ses élèves, fut depuis chargé de mettre à exécution les idées de son maitre; mais il travailla à fresque. Il n’y a dans cette salle que deux figures de la main de Raphaël : /a Justice et la Douceur.

La Bataille de Constantin contre Maxence, près du pont Emilius, est le plus considérable de ces tableaux. Dans un autre, la Croix apparaît dans les airs à Constantin, avec une inscription en caracteres grecs, dont le sens est: Zu vaincras par ce signe. La composition est pleine de mouvement, mais on est fiché que Jules-Romain ait placé sur le devant la figure contrefaite d’un nain, qui, à tous égards, est indigne d’un sujet historique.

Le tableau de la Donation de Constantin fut également exécuté par Jules-Romain, qui ya placé, fort mal à propos, et dans le lieu le plus apparent, un enfant qui joue avec un chien; mais du moins cette charmante figure ne repousse pas le spectateur. Le Baptême de l'empereur a été peint par F. Penny, dit il Fattore, autre élève de Raphael (1

Tant de travaux n’empéchaient point ce maitre célèbre d'étendre au loin sa réputation par des tableaux d’autel ou de chevalet, qu’il envoyait en différentes villes d'Italie. On rapporte à cette époque deux des plus beaux qu'il ait peints, la Vierge au Donataire, et sainte Cécile.

Le premier fut fait pour orner l’autel de l’église du Capitole, dite Ara Coeli. Au milieu

» est assise sur un nuage, et lient dans

dune gloire et d’un cercle de chérubins, la Viers ses bras l'Enfant Jésus. On voit au-dessous d’eux S. Francois, S. Jean-Baptiste, un petit ange lenant une tablette, S. JérOme en habits pontilicaux, et le donataire du tableau. On admire également dans cet ouvrage la grâce du dessin, la force des expressions et la vigueur du coloris.

Dans l’autre tableau, sainte Cécile est représentée debout. Elle écoute avec une attention réfléchie un concert d’anges placés sur des nuages au-dessus de sa tête; et, ravie

en extase, elle laisse échapper de ses mains un instrument de musique. Pres d’elle on

1) On ne parle ici de cette salle que pour donner les details de toute la suite des peintures du Vatican, car il est constant qu'elle ne fut peinte que longtemps après les autres, puisque la mort de Raphaël en suspendit

l'exécution.

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