Oeuvres complètes de Régnier
, sette Ta dit il y a plus d'un siècle ^ Je pourrais, comme çd'autres l'ont fait, grouper à ma manière les renseigne- ’ ments qu'il nous a laissés ; en les délayant convenable- , ment, en les modifiant quelque peu, je pourrais les faire '•accepter aux lecteurs superficiels comme le fruit de plongues et laborieuses recherches; mais les lecteurs I sérieux n'y seraient pas trompés, et personne n'y gagnetrait rien. Le plus sage est donc, à mon avis, de présenter
- 1. Brossette rapporte, à la suite de son Avertissement, les Jugements sur Regnier qu’il a trouvés dans les ouvrages de Rapin, Garasse, d’Esternod, M'i« de Scudéry, Ménage, Racan (dans la Vie de Malherbe qu’on lui attribue). Despréaux, Ros- ^'teau, de Valincour, Massillon. A cette liste, l’abbé Goujet ajoute jj.-B. Rousseau et M. de Callières; d’autres ont cité Baillet, I^Titon du Tillet, Moreri, Niceron, Colletet, Moptesquieu, Violletj-^le-Duc, Alfred de Musset, Sainte-Beuve, M. J. Levallois, M. Demo- I ^geot, M. Lucien Merlet. Je dois à M. Ed. Tricotel l’indication de v^quelques autres écrivains qui se sont occupés de Regnier : L’Espjpile dans son Journal et dans ses notes, Du Lorens dans ses Satyres, Le Gorlier dans le Juvénal français, Tallemant dans ses Historiettes.
PRÉB^AGE
ces renseignements tels qu’ils nous ont été transmis par | celui qui les avait puisés aux sources. )
Voici comment s’exprime Brossette : |
«... Il me reste à rapporter ce que j’ai pu recueillir j' touchant la vie de notre poète.
« Inutilement on chercherait le détail de ses actions j dans les Auteurs contemporains : ils se sont contentés ji de louer son talent et de citer ses ouvrages, sans parler ' de sa personne. C’en était bien assez pour son temps ; c’en serait même encore assez pour le nôtre, sans une ' sorte de curiosité que l’on a pour savoir qui était l’Auteur \ ou le poète dont on lit et dont on admire les ouvrages, f Ainsi ce que j’en vais dire est tiré des papiers journaux | de sa famille, dont on m’a communiqué des extraits. j
« Mathurin Regnier naquit à Chartres le 21 décern- j bre 1573, et fut baptisé dans l’église paroissiale de Saint- ! Saturnin ^ Il était fils aîné de Jacques Regnier, bourgeois / de la même ville, et de Simone Desportes, sœur de l’Abbé i Desportes, fameux poète, tous deux enfants de Philippe; Desportes et de Marie Edeline. Jacques Regnier, dans son| contrat de mariage passé le 5 de janvier 1573, fut qualifié’ honorable homme, titre qui dans ce temps-là ne se don-| nait qu’aux plus notables bourgeois 2. \
1. Le lendemain du jour de sa naissance; il eut pour mar- j raine sa grand’mère Marie-Edeline Desportes, mère du poète ^ Philippe Desportes.
2. On verra plus loin qu’il était un des échevins de la ville. 11 (
devait même jouir d’une certaine influence, car, s’étant jeté imprudemment dans le parti des Ligueurs chartrains, il fut mis ' en prison et frappé d’une contribution assez forte, seize cents, écus, qu’il trouva, d’ailleurs, le moyen de ne pas payer. Cesî faits se passaient en 1591. On en doit la connaissance à M. Lu- ' cien Merlet, archiviste du département d’Eure-et-Loir. Voy. Le\ Beauceron, année 1857. 1(
PRÉFACE
« Il eut trois enfants de ce mariage : Mathurin, qui est notre Poète; Antoine, qui épousa Anne Godier; et Marie Regnier, qui fut mariée à Abdenago de la Palme, officier de la Maison du Roi.
« Antoine Regnier fut Conseiller élu dans Félection de Chartres, et madame de Nemours (Anne d’Est), duchesse de Chartres, le gratifia de la remise du quart denier de sa charge.
(( Jacques Regnier leur père, qui était un homme de plaisir, fit bâtir en 1573, dans la place des Halles, un jeu de paume des démolitions de la citadelle de Chartres, qui lui furent données par le crédit de fabbé Desportes son beau-frère ; et comme ce Tripot a porté le nom de Tripot Regnier tant qu’il a subsisté, c’est apparemment ce qui a donné lieu de dire que Regnier le Satirique était fils d’un Tripotier,
« Jacques Regnier et Simone Desportes moururent de la contagion, mais non pas en même temps ni en même lieu. Le mari mourut le 14 de février 1597 à Paris, où il avait été député pour les intérêts de la ville de Chartres, dont il était actuellement échevin, et fut enterré dans l’église de Saint-Hilaire. Simone Desportes sa femme, morte le 28 de septembre 1629, fut enterrée au cimetière de Saint-Saturnin, hors de la ville de Chartres.
« Mathurin Regnier, leur fils aîné, fut tonsuré le 31 de mars 1582 par Nicolas de Thou, évêque de Chartres. Quelques années après, il obtint par dévolut un canonicat dans l’Église de Notre-Dame de la même ville, ayant
1. Ou plutôt le 31 mars 1581, d’après les recherches de M. Lucien Merlet. Peut-être Brossette avait-il mal lu la date de l’année. On remarquera que celle du mois est la même des deux côtés.
PRÉFACE
prouvé que le résignataire de ce bénéfice, pour avoir le temps de faire admettre sa résignation à Rome, avait caché pendant plus de quinze jours la mort du dernier titulaire, dans le lit duquel on avait mis une bûche, qui fut depuis portée en terre, à la place du corps, qu’on avait fait enterrer secrètement. Regnier prit possession de ce canonicat le 30 de juillet 1604 h
« Il eut encore d’autres bénéfices^, et une pension de deux mille livres sur l’Abbaye des Vaux-de-Gernay, après la mort de l’Abbé Desportes, qui en était revêtu 3.
« La tradition à Chartres est que Regnier, dès sa première jeunesse, marqua son inclination à la satire.. Les vers qu’il faisait contre divers particuliers obligèrent son père à l’en châtier plus d’une fois, en lui recommandant de ne point écrire, ou du moins d’imiter son oncle, et de fuir la médisance.
(( Le dérèglement dans lequel il vécut ne le laissa pas jouir d’une longue vie. Il mourut à Rouen, dans sa quarantième année, le 22 d’octobre 1613, en l’hôtellerie de l’Ecu d’Orléans, où il était logé^. Ses entrailles furent
1. D’après une pièce que M. Lucien Merlet a découverte dans le registre des professions de foi des chanoines de Chartres, Regnier n’aurait pris possession de son canonicat que le 30 juillet 1609. Probablement encore une date mal lue.
2. Ceci n’est pas certain. Tallemant {Historiettes, 1854, in-8, t. I, p. 95) parle d’une abbaye de 5000 livres de rente que lui aurait fait donner le maréchal d’Estrées; mais ce témoignage n’est pas d’un grand poids.