‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 2 sur 134 · Philippe Desportes mourut le 5 octobre · texte numérisé non relu

Philippe Desportes mourut le 5 octobre

4. M. Lucien Merlet donne à cette hôtellerie le nom de l’Ecu de France.

Voici le récit de Tallemant (t. I, p. 96) : « Regnier mourut à trente-neuf ans à Rouen, où il était allé pour se faire traiter de la vérole par un nommé Le Sonneur. Quand il fut guéri, il voulut donner à manger à ses médecins. Il y avait du vin d’Espagne nouveau. Ils lui en laissèrent boire par complaisance ; il en eut une pleurésie qui l’emporta en trois jours ».

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portées en FÉglise paroissiale de Sainte-Marie de Rouen, et son corps, ayant été mis dans un cercueil de plomb, fut transporté à Fabbaye de Royaumont, lieu qu’il aimait beaucoup, et où il voulut être enterré ».

La biographie d’un grand homme ne consiste pas précisément dans le récit de sa naissance et de ses funérailles; mais deux choses doivent nous rendre indulgents pour Brossette : l’une, c’est que nous ne sommes guère en état nous-mêmes de combler la lacune qu’il a laissée dans la vie de Regnier ; l’autre, c’est le parti que nous pouvons tirer du peu de renseignements qu’il nous a transmis.

Regnier appartenait à une famille considérable de la bourgeoisie. Il était neveu de Philippe Desportes, le poète le mieux renté du temps. Son père rêva dès le premier jour pour le jeune Mathurin la fortune de l’abbé de Tiron, et le fit tonsurer à l’àge de onze ans. Si plus tard il cherche à le détourner du culte des muses, c’est que « l’homme de plaisir » veut la fin sans les moyens. Regnier, tout poète qu’il était, fut plus conséquent. Comptant sur la protection de son oncle, il comprit qu’il devait suivre la même voie que lui, et s’adonna à la culture des lettres. Dans sa position, un homme vulgaire eût probablement bien fait son chemin. Regnier ne réussit pas. A vingt ans, affolé par la pauvreté, se voyant méprisé du peuple et des grands, il cherche un protecteur. 11 part pour Rome à la suite du cardinal de Joyeuse; il y passe huit ans, puis, après un court séjour en France, il y retourne à la suite du duc de Béthune. Deux ans après, il était de retour à Paris, aussi pauvre, aussi mécontent qu’avant son départ. Le diplomate n’avait pas mieux réussi que le poète.

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Rentré en France, Regnier s’attacha à son oncle Desportes, qui l’aimait beaucoup, assure-t-on, mais dont la tendresse, toutefois, ne paraît pas avoir été fort active. Il ne fit rien obtenir à son neveu, et ne lui laissa rien par son testament. Peut-être croyait-il, comme on l’a conjecturé, qu’un homme d’un tel mérite ne pouvait manquer d’être bientôt largement pourvu.

Dans la maison de son oncle, qui avait su « rimer une bonne table » et recevait beaucoup de monde, Regnier se lia plus ou moins avec les beaux esprits du temps, de même qu’il y trouva, grâce à son humeur satirique et à son admiration un peu trop enthousiaste pour le talent et la brillante position de Desportes, l’occasion de se mettre quelques mauvaises affaires sur les bras. Tallemant en rapporte trois.

« Desportes, dit-iH, était en si grande réputation, que tout le monde lui apportait des ouvrages, pour en avoir son sentiment. Un avocat lui apporta un jour un gros poème qu’il donna à lire à Regnier, afin de se délivrer de cette fatigue ; en un endroit, cet avocat disait :

Je bride icy mon Apollon»

Regnier écrivit à la marge :

Faut avoir le cerveau bien vide

Pour brider des Muses le Roy;

Les Dieux ne portent point de bride,

Mais bien les asnes comme toy.

Cet avocat vint à quelque temps de là, et Desportes lui rendit son livre, après lui avoir dit qu’il y avait de bien belles choses. L’avocat revint le lendemain, tout

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bouffi de colère, et, lui montrant ce quatrain, lui dit qu’on ne se moquait pas ainsi des gens. Desportes reconnaît l’écriture de Regnier, et il fut contraint d’avouer à l’avocat comme la chose s’était passée, et le pria de ne lui point imputer l’extravagance de son neveu )).

On a raconté bien des fois la querelle de Regnier avec Malherbe. Voici comment la rapporte Tallemant (I, 274) : (( Sa conversation (de Malherbe) était brusque : il parlait peu, mais il ne disait mot qui ne portât. Quelquefois même il était rustre et incivil, témoin ce qu’il fit à Desportes. Regnier l’avait mené dîner chez son oncle ; ils trouvèrent qu’on avait déjà servi. Desportes le reçut avec toute la civilité imaginable, et lui dit qu’il lui voulait donner un exemplaire de ses Psaumes^ qu’il venait de faire imprimer. En disant cela, il se met en devoir de monter à son cabinet pour l’aller quérir. Malherbe lui dit rustiquement qu’il les avait déjà vues, que cela ne méritait pas qu’il prît la peine de remonter, et que son potage valait mieux que ses Psaumes. Il ne laissa pas de dîner, mais sans dire mot, et après dîner ils se séparèrent et ne se sont pas vus depuis. Cela le brouilla avec tous les amis de Desportes, et Regnier, qui était son ami, et qu’il estimait pour le genre satirique à l’égal des anciens, fit une satire contre lui qui commence ainsi :

(( Rapiïiy le favory, etc. ^ ».

1. Cette anecdote, comme la plupart de celles que Tallemant rapporte dans son Historiette sur Malherbe, est tirée presque mot pour mot des Mémoires pour la vie de Malherbe, attribués à Kacan. M. Tenant de Latour, le dernier éditeur de Racan, s’est attaché à démontrer que ces Mémoires sont bien l’œuvre du poète à qui on les attribue, et il me paraît y avoir réussi.

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M. James de Rothschild ne trouve pas dans cette grossièreté de Malherbe une explication suffisante de sa rupture avec Regnier. « S’il est vrai, dit-il avec raison *, que cette malencontreuse boutade ait eu réellement quelque influence sur la rupture des deux poètes, l’on conviendra du moins qu’elle en a été plutôt l’occasion que, la cause. La véritable raison de la querelle, je la trouve, non pas dans une insulte particulière, mais dans l’opposition, je dirai même dans l’incompatibilité de nature et de talent des deux poètes. Une amitié établie entre deux esprits si différents ne pouvait être ni solide ni durable. « Les qua- (( lités et les défauts de Regnier, dit M. Sainte-Beuve, <( étaient tout l’opposé des défauts et des qualités de Mal- (( herbe ». Rien de plus vrai. La richesse de l’expression, quelquefois même surabondante, la hardiesse des images et des prosopopées de Regnier, faisaient un étrange contraste avec cette froide et sèche correction, cette réserve exagérée qu’affectait Malherbe dans tout ce qu’il écrivait. Regnier, poète joyeux, doué d’une facilité de composition surprenante, mais profondément insouciant, livrant au public ses vers tels qu’ils sortaient de sa plume, sans les retoucher jamais, ressemblait peu à ce scrupuleux versificateur qui limait et relimait pendant trois ans la même pièce, pesant chaque substantif, étudiant chaque épithète ; « ce tyran des mots et des syllabes », comme l’appelle spirituellement ce vieux Balzac, « qui traitait l’affaire des (( participes et des gérondifs comme si c’était celle de « deux peuples voisins et jaloux de leurs frontières; qui (( dogmatisait jusqu’au dernier moment de l’usage et la (( vertu des particules, gourmandant sa garde sur les

1. Essai sur les Satires de Mathurin Regnier. Paris, A. Aubry, 18G3, in-8, p. 17.

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« solécismes qu’elle commettait, et que la mort devait sur- « prendre délibérant si erreur et doute sont masculins ou « féminins ». J’ajouterai que Regnier, disciple et admirateur de Ronsard et de Du Bellay, souffrait de voir ces dieux naguère adorés de tous, maintenant brisés et traînés dans la boue. Nourri de la lecture de ces maîtres, professant pour leurs théories un culte véritable, Mathurin Regnier s’emporta contre l’audacieux novateur qui voulait restreindre la littérature en des limites si étroites, et réduire la poésie, cet élan de l’âme vers l’idéal, à un simple jeu de patience; il écrivit la IX® Satire ».

C’est peut-être à cette querelle qu’il faut rattacher le duel de Regnier avec Maynard, le disciple aimé de Malherbe, raconté par Tallemant (VII, 409), dans les termes suivants : <c ... Voici un duel un peu moins sanglant : Regnier le satirique, mal satisfait de Maynard, le vient appeler en duel qu’il était encore au lit; Maynard en fut si surpris et si éperdu qu’il ne pouvait trouver par où mettre son haut-de-chausses. Il a avoué depuis qu’il fut trois heures à s’habiller. Durant ce temps-là, Maynard • avertit le comte de Clermont-Lodève de les venir séparer quand ils seraient sur le pré. Les voilà au rendez-vous. Le comte s’était caché. Maynard allongeait tant qu’il pouvait; tantôt il soutenait qu’une épée était plus courte que l’autre; il fut une heure à tirer ses bottes; les chaussons étaient trop étroits. Le comte riait comme un fou. Enfin le comte paraît. Maynard pourtant ne put dissimuler : il dit à Regnier qu’il lui demandait pardon; mais au comte il lui fit des reproches, et lui dit que pour peu qu’ils eussent été gens de cœur, ils eussent eu le loisir de se couper cent fois la gorge ».

Ici tout l’avantage est du côté de Regnier. Il n’en est

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pas de même de son combat avec Berthelot, dont la relation, attribuée à Sigognes, se trouve à la fin de ce volume. Le sujet de la querelle des deux satiriques n’est pas connu. Ce qu’il y a de certain, c’est que cette pièce, intéressante en ce qu’elle donne sur la personne de Regnier des renseignements qu’on ne trouve pas ailleurs, est postérieure à la mort de Desportes, puisqu’elle reproche à Regnier la pension qu’il tient de la cour.

Cette pièce présente notre poète comme un homme de grande taille et fortement constitué. Regnier lui-même parle en plus d’un endroit de la fougue de son tempérament. S’il nous dit quelque part qu’il est mélancolique y que sa façon est rustique, qu’il n’a même pas l’esprit d’être méchant, il ne faut pas le prendre au mot. Il n’était pas ennemi de l’élégance ; il portait volontiers satin^ velours et taffetas, et il ne laissait pas d’être un joyeux compagnon L Ce qui lui manqua pour réussir dans le monde, c’est la souplesse et peut-être un peu d’hypocrisie, à défaut d’une conduite régulière.

Regnier mourut trop tôt. Il mourut au moment où sa pension de deux mille livres, son canonicat de Chartres^ et trois ou quatre éditions de ses satyres avaient plus que réalisé son modeste rêve :

Un simple bénéfice et quelque peu de nom^.

1. Dans la Satyre XV, il dit à Philippe Hurault de Chiverny qu’il veut aller à Royaumont

D'un bon mot faire rire, en si belle saison,

Lui, ses chiens et ses chats et toute la maison.

Un sixain gravé sous le portrait de Gros-Guillaume dit que Son minois et sa rhétorique Valent les bons mots de Regnier Contre V humeur mélancolique.

2. Au XVI* siècle et au xvii«, un écrivain pouvait avoir de la

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Il mourut au moment où Tavenir lui souriait, où le roi le pensionnait, où le comte de Cramail et le marquis de Gœuvres le protégeaient, où Tabbé de Royaumont Taccueillait familièrement ; au moment où les passions qu'expliquent, sans les justifier, sa puissante constitution, son tempérament ardent, commençaient à se calmer; au moment où ce feu qu’il n'avait pas toujours su maîtriser allait passer tout entier dans ses œuvres; il mourut au moment où son talent venait d'atteindre son complet développement. Lisez les premières satyres de Regnier, puis lisez Macette, et comparez :

Regnier mourut en 1613 : Macette est de 1612!

Il serait intéressant de ranger les œuvres de Regnier dans l'ordre chronologique, pour se rendre un compte exact de ses progrès. Je l'ai tenté sans grand succès^

réputation avant d’avoir rien publié. Les œuvres nouvelles circulaient en manuscrit. Elles étaient lues à la cour et chez les grands seigneurs ; un public lettré les recherchait et les jugeait. Ce fut le cas pour Regnier, qui était connu et convenablement apprécié avant l’impression de ses œuvres. On lit dans le Registrejournal de Henri IV, par l’Estoile, édition Champollion, t. II, p. 494, sous la date du 15 janvier 1609 :

« Le jeudi 15, M. D. P. (Du Puy) m’a presté deux satyres de Reynier, plaisantes et bien faites, comme aussi ce poète excelle en ceste maniéré d’escrire, mais que je me suis contenté de lire, pour çe qu’il est après à les faire imprimer ».

Et plus loin :

(♦ Le lundi 26, j’achetai les Satyres du sieur Renier, dont chacun fait cas comme d’un des bons livres de ce temps, avec une autre bagatelle intitulée : Le Meurtre de la Fidelité, espagnol et françois. Elles m’ont cousté les deux, reliées en parchemin, un quart d’escu ».

Il s’agit là, ou de la première édition, qui, bien que datée de 1608, n’aurait paru que dans les premiers jours de 1609, ou de la seconde, qui contient deux Satires de plus que la première, les deux Satires que Du Puy aurait montrées à l’Estoile en manuscrit. Dans tous les cas, on voit que la réputation de Regnier était faite.

1. Ses premiers essais n’ont pas été conservés. La Satire VI fut composée à Rome. Les Satires II, III, IV, VIII et IX ont été

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Pai (lit que Regnier avait été attiré vers le culte de la poésie par Fexemple de la fortune de son oncle. Mais quelque chose de plus puissant décida sa vocation. C’est ce qu’il appelle son ver-coquin, Regnier était certainement né poète; mais il n’atteignit pas à la perfection du premier coup. Il commença de bonne heure à faire des vers, et la première de ses pièces qui lui ait paru digne de voir le jour fut composée lorsqu’il avait près de trente ans. C’est la satire VI, qui est loin d’être un chef-d’œuvre. Elle est mal conçue et mal conduite, et ce qu’on y trouve de bien est imité des Capitoli du Mauro. Ce n’est que dans les pièces composées après son retour à Paris qu’on voit sa personnalité se dégager peu à peu, son plan se dessiner, sa marche s’assurer, son vers s’éclairer et s’affermir.

Ce que voulait Regnier, c’était faire de la satire à la façon antique. Il se proposait pour modèles Horace et surtout Juvénal. Mais il n’avait pas lu les anciens seulement : outre les poètes italiens, outre Ronsard et la pléiade, il avait lu quelques vieux auteurs français qui devaient faire une vive impression sur son esprit, un esprit de la nature du leur. Il possédait à fond Marot, Rabelais, Villon, le Roman de la Rose, On s’en aperçoit à chaque instant en lisant ses œuvres.

N’exagérons pas, cependant : on a voulu ftiire un crime à Regnier de ses emprunts. Cela n’est peut-être ni juste, ni bien entendu, ni prudent.

Cela peut n’être pas juste, car, au xvii® siècle, il y avait

écrites après le retour de Rome et avant la mort de Desportes 11 est plus difficile d’assigner une date aux Satires V, VII, X et XI Bien que ces deux dernières n’aient paru qu’en 1609, je serais tenté de croire qu’elles sont plus anciennes que la Satire IX. Toutes les autres Satires ont dû être composées après 1606. J’aimerais à regarder Macette comme la dernière en date.

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des poètes fort estimables qui s’ingéniaient à faire entrer sournoisement dans leurs œuvres, ici un vers d’Horace, là un hémistiche de Virgile, pour donner à des critiques non moins estimables le plaisir de découvrir ces heureuses intercalations et de louer l’adresse merveilleuse de l’ouvrier qui en était l’auteur. C’étaient jeux d’honnêtes gens, et si Brossette a blâmé chez Regnier ce qu’il avait approuvé chez Boileau, je ne crois pas pour cela que Regnier ait songé à s’approprier le bien d’autrui.

Cela peut n’être pas bien entendu, car nous sommes naturellement les héritiers de ceux qui nous ont précédés : dès lors nous ne devons pas blâmer ceux qui nous transmettent, même après s’en être servis, mais surtout s’ils l’ont amélioré, ce qu’ils ont trouvé de bon dans l’héritage de leurs prédécesseurs. Emprunter à la manière de Virgile, de Regnier ou de Molière, c’est faire acte de bon père de famille. Molière, lorsqu’il écrivit le Tartuffe, connaissait la Lena des Amours d’Ovide ; mais il ne connaissait peut-être ni le Roman de la Rose, ni le Discours de Charles de L’EspineS sans parler des autres sources ou Regnier peut avoir puisé, et le Tartuffe ne serait pas ce qu’il est si Molière n’avait eu la Macette sous les yeux.

Enfin, cela peut n’être pas prudent. Que Brossette se soit donné le plaisir de signaler les emprunts de Regnier, c’est bien ; mais celui qui, maintenant, vient dénoncer ces emprunts, celui-là ne doit-il rien â personne ? N’a-t-il pas un peu... imité Brossette?

1. Dans les Delices de la poesie française (recueil publié par F. de Rosset), Pa/ris, Toussaint du Bray, 1615, in-8, p. 789. Il résulte de la lecture de cette pièce qu’elle fut composée du vivant de Desportes, et M. Tricotel indique un recueil de 1609 où elle figure. Regnier a donc pu la connaître. Mais qu’il y a loin de cette œuvre à Macette!

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Il est facile, d^ailleurs, de démontrer que ces emprunts qu'on reproche à Reynier n'ont pas la gravité qu'on leur prête. M. James de Rothschild, dans son Essai sur les Satires de Mathurin Regnier\ l'a fait dans de très bons termes, et je ne puis mieux faire que de le citer.

(( Selon moi, Regnier est parfaitement original, aussi original du moins que peut l'être un satirique, l'homme qui s'attache à peindre des ridicules et des vices qui sont et demeureront les mêmes partout et toujours. ^

« Imbu fortement de la lecture d'Horace, de Juvénàl et de Perse, avec cette facilité qu’ont les hommes de génie de s’assimiler les grandes idées, il a souvent transporté dans ses poésies quelques traits des satiriques latins ; mais ces imitations, le poète ne les a point faites à dessein. Quand Regnier écrivait :

Puis souvent la colère engendre de bons vers,

peut-être songeait-il au facit indignatio versum de Juvénal ; mais certainement il ne cherchait pas à traduire les vers du satirique. L'on n'a pas seulement reproché à Regnier d'avoir emprunté aux Latins quelques idées générales, quelques pensées saillantes. Certains critiques l'accusent d'avoir pris aux Anciens des caractères. Que Regnier ait songé à l'importun d'Horace quand il a composé son Fâcheux, et que la Lena des Amours d'Ovide soit le prototype de sa Macette, cela me paraît incontestable. Mais ces caractères si vraiment romains, comme il les a transformés, comme il les a rajeunis ! C'étaient des Romains du temps d’Auguste ; ce sont des Parisiens du XVI® siècle. « Il les a dépouillés, comme l'a très bien dit

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