ODE
Jamais ne pourray-je bannir Hors de moy l’ingrat souvenir De ma gloire si tost passée?
Tousjours, pour nourrir mon soucy,
Amour, cet enfant sans mercy,
L’offrira-t-il à ma pensée ?
Tyran implacable des cœurs,
De combien d’ameres langueurs As-tu touché ma fantasie ?
De quels maux m’as-tu tourmenté,
Et dans mon esprit agité Que n’a point fait la jalousie ?
Mes yeux, aux pleurs accoutumez,
Du sommeil n’estoient plus fermez ;
Mon cœur frémissoit sous la peine ;
A veu’ d’œil mon teint jaunissoit,
Et ma bouche, qui gémissoit.
De souspirs estoit toujours pleine.
1. Tiré du Temple d'Apollon et compris dans l’édition de 164^
STANCES
Aux ca^)rices abandonné,
Terrois d'un esprit forcené ;
La raison cedant à la rage,
Mes sens, des désirs emportez, Flottoient confus de tous costez.
Comme un vaisseau parmy Forage.
Blasphémant la terre et les deux, Mesmes je m’estois odieux,
Tant la fureur troubloit mon ame :
Et bien que mon sang amassé Autour de mon cœur fust glacé,
Mes propos n'estoient que de flame.
Pensif, frenetique et resvant,* L'esprit troublé, la teste au vent.
L'œil hagard, le visage blesme.
Tu me fis tous maux éprouver.
Et, sans jamais me retrouver.
Je m'allois cherchant en moy-mesme.
Cependant, lorsque je voulois,
Par raison enfraindre tes loix.
Rendant ma flame refroidie,
Pleurant, j'accusay ma raison.
Et trouvay que la guérison Est pire que la maladie.
Un regret pensif et confus D’avoir esté et n'estre plus Rend mon ame aux douleurs ouverte ; A mes despens, las ! je voy bien Qu'un bon-heur comme estoit le mien Ne se connoist que par la perte.
STANCES