‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 104 sur 134 · Joint pour la première fois aux œuvres de Regnier en I6ô · texte numérisé non relu

Joint pour la première fois aux œuvres de Regnier en I6ô

STANCES

Du berceau courant au cercueil,

Le jour se dérobe à mon œil,

Mes sens troublez s’évanouissent.

Les hommes sont comme des fleurs.

Qui naissent et vivent en pleurs.

Et d’heure en heure se fanissent.

Leur âge à l’instant écoulé.

Comme un trait qui s’est envolé.

Ne laisse après soy nulle marque ;

Et leur nom si fameux icy,

Si-tost qu’ils sont morts meurt aussi,

Du pauvre autant que du monarque.

N’agueres, verd, sain et puissant.

Comme un aubespin florissant.

Mon printemps estoit délectable.

Les plaisirs logeoient en mon sein;

Et lors estoit tout mon dessein Du jeu d’Amour et de la table.

Mais, las ! mon sort est bien tourné ; Mon âge en un rien s’est borné,

Foible languit mon esperance :

En une nuit, à mon malheur.

De la joye et de la douleur J’ay bien appris la différence !

La douleur aux traits veneneux, Comme d’un habit epineux Me ceint d’une horrible torture.

Mes beaux jours sont changés en nuits; Et mon cœur tout flestri d’ennuis N’attend plus que la sépulture.

STANCES

Enyvré de cent maux divers,

Je chancelle et vay de travers,

Tant mon ame en regorge pleine.

J’en ay l’esprit tout hébété.

Et si peu qui m’en est resté.

Encor me fait-il de la peine.

La mémoire du temps passé.

Que j’ay folement depencé,

Espand du fiel en mes ulcérés :

Si peu que j’ay de jugement,

Semble animer mon sentiment.

Me rendant plus vif aux miseras.

Ha ! pitoyable souvenir î Enfin, que dois-je devenir?

Où se réduira ma constance?

Estant ja defailly de cœur,

Qui me donra de la vigueur,

Pour durer en la penitence?

Qu’est-ce de moy ! foible est ma main.

Mon courage, hélas ! est humain,

Je ne suis de fer ny de pierre.

En mes maux monstre-toy plus doux ; Seigneur ; aux traits de ton couroux Je suis plus fragile que verrec

Je ne suis à tes yeux sinon Qu’un festu sans force et sans nom.

Qu’un hibou qui n’ose paroistre ;

Qu’un fantosme icy bas errant.

Qu’une orde escume de torrent.

Qui semble fondre avant que naistre,

STANCES

Où toy, tu peux faire trembler L’uDivers, et desassembler Du firmament le riche ouvrage •

Tarir les flots audacieux,

Ou, les élevant jusqu’aux deux.

Faire de la terre un naufrage.

Le soleil fléchit devant toy.

De toy les astres prennent loy.

Tout fait joug dessous ta parole.

Et cependant tu vas dardant Dessus moy ton courroux ardent,

Qui ne suis qu’un bourrier qui vole.

Mais quoy ! si je suis imparfait,

Pour me défaire m’as-tu lait?

Ne sois aux pécheurs si severe.

Je suis homme, et toy Dieu clement:

Sois donc plus doux au châtiment.

Et punis les tiens comme pere.

J’ai 1 œil scellé d’un sceau de fer ;

Et déjà les portes d’enfer Semblent s’entr'ouvrir pour me prendre : Mais encore, par ta bontés Si tu m’as osté la santé,

O seigneur ! tu me la peux rendre.

Le tronc de branches devestu.

Par une secrette vertu Se rendant fertile en sa perte.

De remettons espere un jour Ombrager les lieux d’alentour.

Reprenant sa perruque verte.

STANCES

Où rhomme, en la fosse couché, Apres que la mort Ta touché Le cœur est mort comme Tescorce; Encor Teau reverdit le bois,

Mais, rhomme estant mort une fois.

Les pleurs pour luy n’ont plus de force.

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