SUR LA MORT DE M. RAPIN
Passant, cy gist Rapin, la gloire de son âge.
Superbe honneur de Pinde et de ses beaux secrets,
Qui, vivant, surpassa les Latins et les Grecs,
Soit en profond sçavoir ou douceur de langage.
1 Cette pièce, publiée par M. E. de Barthélémy d’après le ms 12.491, est attribuée à Regnier par l’Estoile.
2. Tiré des Œuvres de Rapin, 1610, in-4<>, vers la fin (le volui? n’est pas paginé). Ce sonnet, dans cet ouvrage, est suivi de i signature : Reignier.
STANCES
* Eternisant son nom avecq’ maint haut ouvrage, iu futur il laissa mille poignants regrets be ne pouvoir attaindre, o^à de loin ou de prés, ku but où le porta Testude et le courage.
1 On dit, et je le croy, qu’Apollon fut jaloux.
Le voyant comme un Dieu révéré parmi nous.
Et qu’il mist de rancœur si-tost fin à sa vie.
Considéré, passant, quel il fust icy-bas,
Puisque sur sa vertu les dieux eurent envie.
Et que tous les humains y pleurent son trespas. ,
DIALOGUE
GLORIS ET PHILIS
GLORIS.
Philis, œil de mon cœur et moitié de moy-mesme,
Mon amour, qui te rend le visage si blesme ?
Quels sanglots, quels soupirs, quelles nouvelles pleurs, Noyent de tes beautez les grâces et les fleurs ?
PHILIS
Ma douleur est si grande, et si grand mon martyre, Qufll ne se peut, Gloris, ny comprendre ny dire.
GLORIS.
Ces maintiens égarez, ces pensers esperdus.
Ces regrets et ces cris par ces bois espandus.
Ces regards languissans, en leurs flammes discrettes,
Me sont de ton amour les paroles secrettes.
PHILIS
Ha! Dieu, qu’un divers mal diversement me point! J’ayme, hélas ! Non, Gloris, non, non, je n’ayme point.
GLORIS.
La honte ainsi dément ce que Tamour décelle :
La flame de ton cœur par tes yeux estincelle,
Et ton silence mesme, en ce profond malheur,
N’est que trop éloquent à dire ta douleur.