‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 111 sur 134 · LOUANGES DE MACETTE · texte numérisé non relu

LOUANGES DE MACETTE

Belle et savoureuse Macette,

Vous estes si gente et doucette,

Et avez si doux le regard.

Que si vos vertus et mérités N'estoyent en mes œuvres décrites,

Je croirois mériter la hard.

Oui, je croirois qu'on me deût pendre.

Si je ne m'efforçois de rendre,

Avec de doubles interests,

Vostre nom autant en estime Au mont des Muses, par ma rime,

Comme il Test dans les cabarets.

Puis vostre amour, qui s'abandonne.

Ne refusa jamais personne.

Tant elle est douce à l'amitié.

Aucun respect ne vous retarde :

Et fût-il crieur de moutarde.

Vous en avez toujours pitié.

1. Cette pièce a été jointe pour la première fois aux œuvres de Regnier en d652. .

POÉSIES DIVERSES

Vostre poil, que le temps ne change, Est aussi doré qu’une orange Et plus qu’un chardon frisotté ;

Et vostre tresse non confuse Semble à ces mesches d’arquebuse Qu’un cadet porte à son costé.

Vostre face est plus reluisante Que n’est une table d’attente Où l’on assiet de la couleur ;

Et vostre œil a telle étincelie,’

Que le soleil n’est, auprès d’elle, Qu’un cierge de la Chandeleur.

La Muse, autour de vostre bouche Volant ainsi comme une mouche.

De miel vous embrene le bec.

Et vos paroles nompareilles Resonnent doux à nos oreilles Comme les cordes d’un rebec.

Les Grâces, d’amour eschauffées, Nuds pieds, sans juppes, décoiffées.

Se tiennent toutes par la main,

Et d’une façon sadinette Se branslent à l’escarpolette.

Sur les ondes de vostre sein.

Venus autour de vos œillades En cotte fait mille gambades.

Et les Amours,, comme poussins.

Ou comme oysons hors de la mue Qui ont mangé de la ciguë.

Semblent dancer les matassins.

POÉSIES DIVERSES

Vostre œil, chaud à la picorée, L’esbat de Venus la dorée,

Ne laisse rien passer sans jflus ;

Et vostre mine de poupée Prend les esprits à la pipée Et les appetis à la glus.

Je ne m’étonne donc, Macette,

Estant si gente et si doucette,

Vostre œil si saint et si divin.

Si vous avez tant de pratique,

Et s’il n’est courtaut de boutique Qui chez vous ne prenne du vin.

Car, sans nulle miséricorde.

Je serois digne de la corde,

Si d’un caprice fantastic Je n’allois chantant vos louanges.

Priant Dieu, les saints, et les anges.

Qu’ils vous conservent au public.

Ce n’est pas pourtant qu’il me chaille, Que chez vous la vendange faille;

Mais je craindrois d’oresnavant Que vostre vin, qui se disperse,

Veu le long temps qu’il est en perce.

Se sentist un peu de l’évent.

POÉSIES DIVERSES

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