COMMENCEMENT D’UN POEME SACRÉ
J’ay le cœur tout ravy d’une fureur nouvelle,
Or’ qu’en un saint ouvrage un saint démon m’appelle, Qui me donne l’audace et me fait essayer,
Un sujet qui n’a peû ma jeunesse efPrayer.
Toy, dont la Providence en merveilles profonde. Planta dessus un rien les fondemens du monde,
Et, baillant à chaque estre et corps et mouvemens. Sans matière donnas la forme aux elemens.
Donne forme à ma verve, inspire mon courage :
A ta gloire, ô Seigneur, j’entreprens cet ouvrage.
Avant que le soleil eust enfanté les ans.
Que tout n’estoit qu’un rien, et que mesme le temps. Confus, n’estoit distinct en trois diverses faces ;
Que les deux ne tournoyent un chacun en leurs places. Mais seulement sans temps, sans mesure et sans lieu; Que seul parfait en soy regnoit l’Esprit de Dieu,
Et que dans ce grand vuide, en majesté superbe,
Estoit l’Estre de l’Estre en la vertu du Verbe ;
Dieu, qui forma dans soy de tout temps l’univers, Parla, quand à sa voix un mélange divers...
POÉSIES DIVERSES