‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 114 sur 134 · Enseigne d’un hôtel ou d’un mauvais lieu · texte numérisé non relu

Enseigne d’un hôtel ou d’un mauvais lieu

POÉSIES DIVERSES

O le grand homme que Virgille !

Il me souvient de TEvangile Que le prestre a dit aujourd’huy.

Mais vous prenez beaucoup d^ennuy !

Ma servante est un peu tardive ;

Si faut-il vrayment qu’elle arrive Dans un bon quart d’heure d’icy :

Elle m’en fait tousjours ainsi.

En attendant prenez un siège ;

Vos escarpins n’ont point de liège!

Vostre collet fait un beau tour!

A la guerre de Montcontour On ne portoit point de rotonde.

Vous ne voulez pas qu’on vous tonde?

Les choses grands sont de saison.

Je fus autrefois de maison,

Docte, bien parlante et habille Autant que fille de la ville ;

Je me faisois bien decroter,

Et nul ne m’entendoii peter

Que ce ne fust dedans ma chambre.

J’avois tousjours un collier d’ambre,

Des gands neufs, mes soulliers noircis : J’eusse peu captiver Narcis.

Mais hélas! estant ainsi belle.

Je ne fus pas longtemps pucelle.

Un chevalier d’autorité Achepta ma virginité ;

Et depuis, avec une drogue.

Ma mere, qui faisoit la rogue Quand on me parloit de cela.

En trois jours me renpucela.

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Pestois faicte à son badinage.

Après, pour servir au ménage Un prélat me voulut avoir :

Son argent me mit en devoir De le servir et de luy plaire :

Toute chose requiert salaire.

Puis après, voyant en effect Mon pucelage tout refait.

Ma mere, en son mestier sçavante, Me mit une autre fois en vente ;

Si bien qu'un jeune trésorier Fut le troisième adventurier Qui fit bouillir nostre marmite.

J'appris autrefois d'un hermite Tenu pour un sçavant parleur Qu'on peut desrober un voleur Sans se charger la conscience.

Dieu m'a donné ceste science,

Cest homme, aussi riche que laid.

Me fitespouser son vallet.

Un homme qui se nommoit Biaise.

Je ne fus onc tant à mon aise Qu’à l'heure que ce gros manant Alloit les restes butinant.

Non pas seulement de son maistre, Mais du chevalier et du prestre.

De ce costé j'eus mille frans;

Et j'avois jà, depuis deux ans.

Avec ma petite pratique,

Gagné de quoy lever boutique Da tavernier à Montlhéry,

Où nasquit mon pauvre mary.

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Hélas! que c’estoit un bon homme !

II avoit esté jusqu’à Rome ;

II cliantoit comme un rossignol;

II sçavoit parler espagnol.

Il ne recevoit point d’escornes,

Car il ne portoit pas les cornes Depuis qu’avecques lui je fus.

Il avoit les membres touffus :

Le poil est un signe de force.

Et ce signe a beaucoup d’amorce Parmy les femmes du mestier.

Il estoit bon arbalestier;

Sa cuisse estoit de belle marge ;

Il avoit l’espaule bien large ;

Il estoit ferme de roignons,

Non comme ces petits mignons Qui font de la saincte Nitouche Aussi-tost que leur doigt vous touche ; Ils n’osent pousser qu’à demy.

Celui-là poussoit en amy,

Et n’avoit ny muscle ny veine

Qui ne poussast sans prendre haleine.

Mais tant et tant il a poussé,

Qu’en poussant il est trépassé.

Soudain que son corps fut en terre.

L’enfant Amour me fit la guerre.

De façon que, pour mon amant.

Je pris un bateleur normant,

Lequel me donna la verole ;

Puis luy pretay, sur sa parole.

Avant que je cogneusse rien A son mal, presque tout mon bien.

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Maintenant nul de moy n’a cure;

Je fleschy aux lois de nature;

Je suis aussi seiche qu’un os ;

Je ferois peur aux huguenos En me voyant ainsi ridée.

Sans dents, et la gorge bridée,

S’ils ne mettoient nos visions Au rang de leurs dérisions.

Je suis vendeuse de chandelles :

Il ne s’en voit point de fîdelles En leur estât, comme je suis ;

Je cognois bien ce que je puis.

Je ne puis aymer la jeunesse Qui veut avoir trop de finesse;

Car les plus fines de la cour Ne me cachent point leur amour.

Telle va souvent à l’eglise,

De qui je cognois la feintise ;

Telle qui veut son fait nier Dit que c’est pour communier;

Mais la chose m’est indiquée :

C’est pour estre communiquée A ses amys par mon moyen,

Comme Heleine fut au Troyen K Quand la vieille, sans nulle honte, M’eut achevé son petit conte,

Un commissaire illec passa ;

Un sergent la porte poussa ;

Sans attendre la chambrière.

Je sortis par l’huis de derrière,

i. Paris.

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Et m’en allay chez le voisin, Moitié figue moitié raisin, N’ayant ny tristesse nyjoye De n’avoir point trouvé la proye.

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