‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 115 sur 134 · ABRÉGÉ DE GONFES^ON · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE GONFES^ON

Puisque sept pechez de nos yeux Ferment la barrière des Cieux, Reverend Pere, je vous jure De les abhorer en tout poinct, Pourveu que je ne trouve point L’impatience et la luxure.

Ces deux sont naturels en moy : Il n’y a ny rigueur ny loy Ny beau discours qui m’en retire; Et quand un simple repentir M’en voudroit enfin divertir,

Mon humeur les feroit desdire.

J’ay taché de les éviter Tous deux en disant mon Pater Et lisant la Sainte Escriture;

Mais au milieu de mes combas Des flatteurs me disent tout bas Qu’ils sont enfans de la nature.

Tiré de l'édition de 1616.

POÉSIES DIVERSES

Ce n'est point Dieu qui les a mis Au nombre de nos ennemis;

C'est quelque Pandore seconde, Qui, pour afliger les humains,

A semé de ses propres mains Ceste mensonge par le monde.

Car je ne sçay point d'Augustin, De Carme ny de Celestin,

Tant soit-il ferme et plein de zele.

Si remply de dévotion.

Qui puisse, entrant en action*.

Tenir une loy si cruelle.

Faictes donc, ainsi que j'ay dict, Que je puisse avoir ce crédit,

Pour estre net de conscience.

Comme les vieux Saincts l'ont esté, D'oster de ce nombre arresté La luxure et l'impatience.

POÉSIES DIVERSES

STANCES

Ma foy, je fus bien de la feste Quand je fis chez vous ce repas;

Je trouvay la poudre à la teste.

Mais le poivre estoit vers le bas.

Vous me montrez un Dieu propice,

Portant avecq’ l’arc un brandon :

Appelez-vous la chaudepisse Une flesche de Cupidon?

Mon cas, qui se leve et se hausse.

Bave d’une estrange façon;

Belle, vous fournistes la sausse Lors que je fournis le poisson.

Las ! si ce membre eut l’arrogance De fouiller trop les lieux sacrez.

Qu’on luy pardonne son offense.

Car il pleure assez ses péchez.

1. Tiré du Cabinet satyrique et joint pour la première fois atPK œuvres de Regnier en 1733.

ÉPIGRAMMES

L’amour est une affection Qui par les yeux dans le cœur entre, Et par forme de fluxion S’escoule par le bas du ventre.

Hier la langue me fourcha, Devisant avecq’ Antoinette;

Je dis f..., et ceste finette Me fit la mine et se fascha.

Je deschus de tout mon crédit.

Et vis, à sa couleur vermeille.

Qu’elle aymoit ce que j’avois dit.

Mais en autre part qu’en Foreille.

1. Les épigrammes I à VI, tirées du Cabinet satyrique, ont été comprises dans toutes les éditions de Regnier depuis 1733. La septième nous a été conservée par Tallemant. Celles qui portent les n®s VII à XVII sont tirées de l’édition de 1617. La XII° est incomplète d’un vers.

La XVIII® (Le violet tant estimé) a été découverte par M. Ed. Tricotel dans le Recueil des plus excellents vers satyriques de ce temps, Paris, 1617. Je l’ai trouvée moi-même dans le manuscrit 844, fonds français, fol. 251, où elle est signée Renier.

figure dans le Parnasse satyrique, )§

La XIX® et la XX® ont été découvertes par M. Tricotel dans les Delices satyriques, Paris, 1620. |

La XXI® est tirée de l’Anti-Baillet. I

J’ai trouvé la XXII® dans le mss. 884 fonds français, fol. 307 vf où elle est signée Regnier. Elle n’a pas encore été publiée. J La XXIII® est tirée de l’édition de 1616. *

ÉPIGRAMMES

Magdelon n’est point difficile Gomme un tas de mignardes sont :

Bourgeois et gens sans domicile San» beaucoup marchander luy font; Un chacun qui veut la recoustre.

Pour raison elle dit un point :

Qu’il faut estre putain tout outre,

Ou bien du tout ne l’estre pqint.

Dans un chemin un pays traversant,

Perrot tenoit sa Jeannette accollée :

Sur ce de loing advisant un passant.

Il fut d’avis de quitter la meslée.

« Pourquoy fais-tu, dict la garce affollée, Trefve du cul ? — Ha ! dit-il, laisse-moy :

Je vois quelqu’un; c’est le chemin du Roy. — Ma foy, Perrot, peu de cas te desbauche ; Il n'est pas fait plustost, comme je croy. Pour un piéton que pour un qui chevauche

Lizette, à qui l’on faisoit tort.

Vint à Robin tout esplorée,

Et luy dit : « Donne-moy la mort,

Que j’ay tant de fois desirée ».

Luy, qui ne la refuse en rien.

EPIGRAMMES

Tire son... vous m’entendez bien,

Puis dedans le ventre la frappe.

Elle, qui veut finir ses jours,

Luy dit : <a Mon cœur, pousse toujours. De crainte que je n’en reschappe ».

Robin, las de la secourir.

Craignant une nouvelle plainte,

Luy dit : « Haste-toy de mourir,

Car mon poignard n’a plus de pointe ».

Lors que j’estois comme inutile Au plus doux passe-temps d’amour, J’avois un mary si habile Qu’il me caressoit nuict et jour.

Ores celuy qui me commande Comme un tronc gist dedans le lict.

Et maintenant que je suis grande.

Il se repose jour et nuict.

L’un fut trop vaillant en courage.

Et l’autre est trop alangotry.

Amour, rens-moy mon premier âge,

Ou me rens mon premier mary !

Faut avoir le cerveau bien vide Pour brider des Muses le Roy;

Les Dieux ne portent point de bride.

Mais bien les asnes comme toy.

ÉPIGRAMMES

Jeunes esprits qui ne pouvez comprendre Gomme il vous faut gaigner le jeu d’aymer,

Le jeu de paulme à tous vous peut apprendre Qu’amour se doit pour la belle estimer.

Le premier coup, que quinze il faut nommer, C’est le devis, puis le baiser le trente.

Et puis toucher du tetin à la fente Quarante cinq doit compter Famoureux;

Mais pour gaigner le jeu qui tant contente,

Il faut frapper tout droit dans Fentre-deux.

Quelque moine de par le monde Preschoit un jour dans une pippe.

Et par le pertuis de la bonde Paroissoit un bout de sa trippe.

(( Gardons-nous bien qu’il ne nous pippe », Dirent les Dames en riant.

Lors dit le prescheur en criant,

Tous remply de courroux et dhre :

« Tout beau! Paix là! Laissez-moy dire.

Ou, par Dieu, vous irez dehors ;

Que le diable qui vous faire rire Vous puisse entrer dedans le corps » !

Hélas! ma sœur, m’amie, j’en mourrois », Disoit Alix, qu’on vouloit marier :

ÉPIGRAMMES

« Au premier coup vaincue je serois;

Rien n’en feray ; ma mere a beau crier ». Sa sœur respond : « Alix, ne te courousse, Et de cela ne prends aucun esmoy;

Car si tu veux que j’ayde à la rescousse,

Les premiers coups j’endureray pour toy ».

Ce disoit une jeune dame A un vieillard : « Vous me faschez,

Et vous tuez le corps et Pâme Pour néant à ce que taschez.

Allez faire ailleurs vos marchez ;

Mal vous sied ceste mignardise ;

Car quand à moy je suis promise;

Pas n’y voyez clair à demy.

Pour vous rien n’est sous ma chemise Cela n’est deu qu’a mon amy ».

Margot s’endormit sur un lict Une nuict toute descouverte

Voyant sa lanterne estre ouverte Mit sa chandelle au plus profond.

« Robin, ta chandelle se fond.

— Non fait, dict-il, c’est une goütte Qu’en l’allumant elle dégoutté,

Ce qui la fait ainsi fumer.

— Vien, Robin, quand on ne voit goutte Souvent ta chandelle allumer ».

ÉPIGRAMMES

Par un matin une fille escoutoit Un Cordelier qui decrotoit sa mere ;

La decrotant si fort la tourmentoit Que la fillette en eut douleur amere,

Qui s’escria : « Holà ! holà ! beau pere.

Que faites-vous! La voulez-vous tuer?

Las! je vous pry' autant qu’on peut prier Que pour le coup vostre ire se desporte,

Car quand j’entends ma mere ainsi crier, SoufPrir voudrois la douleur qu’elle porte ».

Un bon vieillard qui n’avoit que le bec.

Se treuvant court prés d’une jeune dame Du désir prou, mais de cela à sec,

« Ne suis-je pas, ce dit-il, bien infâme »?

Pour tout discours luy chante ceste game.

Il taste, il monte assez pour l’ecacher.

Dont se moquant dict la dame fascbée « L’esprit est prompt, mais infirme est la chair; Notre curé souvent m’en a preschée ».

Un gallant le fît et refit A une fille en s’esbatant.

Et puis après la satisfit D’un bel escu d’or tout contant

ÉPIGRAMMES

« Ma foy, je n’en auray point tant Dict la fillette; c’est beaucoup.

— Serrez cela, dict il à coup ».

Lors ce dict la fille au corps gent :

<( Faictes le donc encore un coup Pour le surplus de vostre argent ».

Vous pensez dire un friant mot,

Disant qu’elle vous fait la mine ;

Mais oyez que dit la Robine En vous estimant un peu sot :

« Il n’en est rien, ne luy desplaise : Jamais la mine ne luy fis ;

Car s’il estoit vray, je vous dis Qu’il ne l’auroit pas si mauvaise ».

Un médecin brusque et gaillard Fit à son fermier telle enqueste :

(( Vien ça : qui t’a mis en la teste Ce gentil chappeau de cornart »?

De ce le manant estonné Respondit : « Monsieur, par mon ame.

C’est un de vos vieux, que Madame M’a de vostre grâce donné ».

Le violet tant estimé

Entre vos couleurs singulières,

ÉPIGRAMMES

Vous ne Pavez jamais aimé,

Que pour les deux lettres premières.

L’argent, les beaux jours et ta femme T’ont fait ensemble un mauvais tour :

Car tu pensois au premier jour Que Jeanneton deust rendre l’âme.

Estant jeune et bien advenant,

Tu tromperois incontinent Pour son argent une autre dame.

Mais, Jean, il va bien autrement :

Ta jeunesse s’est retirée;

To^ïi bien s’en va doucement.

Et ta vieille t’est demeurée.

Page 1