DE REGNIER ET DE BERTELOT
Inspire-moy, Muse fantasque, j
Décrivant un combat falot,
Sur la peau d’un tambour de Basque,
A la gloire de Bertelot 2,
Et permets que d’un pied de grive Avec les orteils je l’escrive.
En la saison que les cerises Combattent la liqueur des vins,
Regnier et luy vindrent aux prises Vers le quartier des Quinze Vingts,
Pour vuider une noise antique Vaillamment en place publique.
Regnier, ayant sur les espaules ‘Satin, velours et taffetas,
Meditoit pour le bien des Gaules D’estre envoyé dans les Estats^,
Et mériter de la Couronne
La pension qu’elle luy donne ; ;
1. Le combat de Regnier et de Berthelot est tiré de l’édition Qe 1616.
1 compositions tiennent une grande place dans
le CaUnet satyrique et autres recueils du même genre 3. Probablement les Etats de Hollande. ,
ET DE BERTELOT
Il voit d^un œil plein de rudesse, Semblable à celui d'un jaloux Regardant Tamant qui caresse La femme dont il est espoux,
Bertelot, de qui Tequipage Est moindre que celuy d'un page.
Sur luy de fureur il s’advance Ainsi qu'un Pan vers un Oyson,
Ayant beaucoup plus de fiance En sa valeur qu'en sa raison,
Et d'abort luy dict plus d'injures Qu'un Greffier ne faict d'escritures.
Bertelot avec patience Souffre ce discours effronté,
Soit qu'il le fit par conscience Ou de crainte d'estre frotté :
Mais à la fin Regnier se joue D'approcher la main de sa joue.
Aussitost, de colere blesme,
Bertelot le charge en ce lieu D'aussi bon cœur comme en caresme, Sortant du service de Dieu,
Un petit Gordelier se rue Sur une piece de morue.
De fureur son ame bouillonne;
Ses yeux sont de feu tous ardens ;
A chaque gourmade qu'il donne De despit il grince les dents.
Comme un magot à qui l'on jette Un charbon pour une noisette.