‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 33 sur 134 · L’auteur de la Batrachomyomachie · texte numérisé non relu

L’auteur de la Batrachomyomachie

SATYRE VI

Ou que Tautre qui fit en vers un sopiquet ^ !

Je ferois^, esloigné de toute raillerie,

Un poëme grand et beau de la poltronnerie,

En despit de Thonneur, et des femmes qui Font,

D’effect souz la chemise, ou d'apparence au front;

Et m'asseure, pour moy, qu'en ayant leu l'histoire.

Elles ne seroient plus si sottes que d'y croire.

Mais quand je considéré où l'ingrat nous réduit. Gomme il nous ensorcelle et comme il nous séduit;

Qu'il assemble en festin au renard la cigoigne.

Et que son plus beau jeu ne gist rien qu'en sa troigne ; Celui le peut bien dire, à qui dés le berceau Ce malheureux honneur a tins le bec en l'eau;

Qui le traine à tastons, quelque part qu'il puisse estre, Ainsi que fait un chien un aveugle son maistre.

Qui s'en va doucement après luy pas à pas.

Et librement se fie à ce qu'il ne voit pas.

S'il veut que plus long-temps à ces^ discours je croye, Qu'il m'offre à tout le moins quelque chose qu'on voye Et qu'on savoure, afin qu'il se puisse sçavoir Si le goust desment point ce que l'œil en peut voir. Autrement, quant à moy, je lui fay banqueroute.

Estant imperceptible, il est comme la goutte.

Et le mal qui caché nous oste l'embonpoint,

Qui nous tue aveu d'œil et que l'on ne voit point.

On a beau se charger de telle marchandise :

A peine en auroit-on un catrin à Venise,

Encor qu'on voye après courir certains cerveaux,

1. Virgile, dans le Moretum, traduit par Du Bellay. Le saupiquet est un ragoût dans lequel il n’entre pas moins de huit ingrédients.

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