Ancienne tour de Rome qui servait de prison
SATYRE VI
Que Dieu donna selon les foiblesses humaines.
Mais ce traistre cruel, excedant tout pouvoir,
Nous fait suer le sang sous un pesant devoir,
De chimères nous pipe, et nous veut faire accroire Qu’au travail seulement doit consister la gloire ; Qu’il faut perdre et sommeil et repos et repas Pour tascher d’acquérir un suject qui n’est pas.
Ou, s’il est, qui jamais aux yeux ne se descouvre.
Et, perdu pour un coup, jamais ne se recouvre ;
Qui nous gonfle le cœur de vapeur et de vent.
Et d’excez par luy-mesme il se perd bien souvent.
Puis on adorera ceste menteuse idole !
Pour oracle on tiendra ceste croyance folle Qu’il n’est rien de si beau que tomber bataillant; Qu’aux despens de son sang il faut estre vaillant. Mourir d’un coup de lance ou du choc d’une picque, Gomme les paladins de la saison antique.
Et, respandant l’esprit, blessé par quelque endroit, Que nostre ame s’envoile en paradis tout droit !
Ha ! que c’est chose belle et fort bien ordonnée. Dormir dedans un lict la grasse matinée.
En dame de Paris, s’habiller chaudement,
A la table s’asseoir, ftianger humainement.
Se reposer un peu, puis monter en carrosse.
Aller à Gentilly caresser une rosse Pour escroquer sa fille, et, venant à effect,
Luy monstrer comme Jean à sa mere le faict!
Ha! Dieu, pourquoi faut-il que mon esprit ne vaille Autant que cil qui mist les souris en bataille ^
Qui sceut à la grenouille apprendre son caquet,