‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 48 sur 134 · Var. : porter · texte numérisé non relu

Var. : porter

SATYRE IX

Sçacliez qui donne aux fleurs ceste aimable peinture Quelle main sur la terre en broyé la couleur,

Leurs secrettes vertus, leurs degrez de chaleur ;

Voyez germer à rœil les semences du monde ;

Allez mettre couver les poissons dedans Tonde; Deschiffrez les secrets de nature et des deux :

Vostre raison vous trompe, aussi bien que vos yeux.

Or ignorant de tout, de tout je me veux rire.

Faire de mon humeur moy-mesme une satyre. N’estimer rien de vray qu’au goust il ne soit tel. Vivre, et comme chrestien adorer TImmortel,

Où gist le seul repos, qui chasse Tignorance :

Ce qu’on void hors de luy n’est que sotte apparence, Piperie, artifice ; encore, 6 cruauté Des hommes et du temps ! nostre meschanceté S’en sert aux passions, et dessous une aumusse L’ambition, Tamour, l’avarice se musse.

L’on se couvre d’un froc pour tromper les jaloux;

Les temples aujourd’huy servent aux rendez-vous : Derrière les pilliers on oyt mainte sornette.

Et comme dans un bal tout le monde y caquette.

On doit rendre, suivant et le temps et le lieu.

Ce qu’on doit à César, et ce qu’on doit à Dieu.

Et quant aux appetis de la sotise humaine.

Gomme un homme sans goust je les ayme sans peine; Aussi bien rien n’est bon que par affection :

Nous jugeons, nous voyons selon la passion.

Le soldat aujourd’huy ne resve que la guerre ;

En paix le laboureur veut cultiver sa terre ;

L’avare n’a plaisir qu’en ses doubles ducas;

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