‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 49 sur 134 · Ce vers a été reproduit par Racine, dans Athalie · texte numérisé non relu

Ce vers a été reproduit par Racine, dans Athalie

SATYRE IX

L’amant juge sa dame un chef d’œuvre icy bas. Encore qu’elle n’ait sur soy rien qui soit d’elle ;

Que le rouge et le blanc par art la fasse belle, Qu’elle ante en son palais ses dents tous les matins. Qu’elle doive sa taille au bois de ses patins;

Que son poil, dés le soir frisé ^ dans la boutique. Gomme un casque au matin sur sa teste s’aplique; Qu’elle ait comme un piquier le corselet au dos, Qu’à grand peine sa peau puisse couvrir ses os.

Et tout ce qui de jour la fait voir si doucette,

La nuit comme en depost soit dessous la toillette;

Son esprit ulcéré juge en sa passion

Que son teint fait la nique à la perfection.

Le soldat tout ainsi pour la guerre souspire ;

Jour et nuit il y pense ettousjours la desire;

Il ne resve la nuict que carnage et que sang :

La pique dans le poing et l’estoc sur le flanc,

Il pense mettre à chef quelque belle entreprise ; Que, forçant un chasteau, tout est de bonne prise;

Il se plaist aux trésors qu’il cuide ravager.

Et que l’honneur luy rie au milieu du danger.

L’avare, d’autre part, n’aime que la richesse ;

C’est son Roy, sa faveur, sa Cour et sa maistresse ; Nul object ne lui plaist sinon l’or et l’argent,

Et tant plus il en a, plus il est indigent.

Le paysant d’autre soin se sent l’ame embrasée. Ainsi l’humanité, sottement abusée.

Court à ses appetis, qui l’aveuglent si bien,

Qu’encor qu’elle ait des yeux si ne voit elle rien. Nul chois hors de son goust ne réglé son envie.

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